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A force de crier au loup, quelle crédibilité garde IATA ?


S’il est un thermomètre crédible en matière économique, c’est bien le secteur des transports. En tête le maritime, qui compte tenu des délais de ce type de fret, indique la confiance à moyen terme des industriels. En deux l’aérien, plus rapide, donnant une image presque en temps réel des échanges mondiaux. L’Assemblée générale de Iata qui débute à Pékin devient ainsi un thermomètre… du thermomètre.



Avec ses 242 compagnies membres, Iata est l’Association des compagnies aériennes, celle qui fait la couleur du temps et des airs de ce mode de transport. Il y a 20 ans, quand cette association éternuait, c’était comme Renault s’enrhumant dans l’automobile : toute l’économie toussait. Aujourd’hui, crise après crise, le transport aérien reste un indicateur sérieux. Nul doute que les pertes (500 millions d’euros) de Lufthansa au premier trimestre ou la chute très nette (- 8%) du trafic fret d’Air France en mai reflètent un tassement économique évident, accentué par les crises bancaires successives en Europe. A Pékin ce lundi, l’Assemblée générale de l’Association mondiale des compagnies aériennes devrait dire à nouveau son inquiétude. Entre ces crises et le baril qui fluctue, généralement à la hausse, Iata va une nouvelle fois émettre une alerte sur ses résultats. Une alerte justifiée, la plupart des compagnies mondiales sont sur le mode Restrictions. Est-ce à dire que le message sera audible ? Pas sûr. Certains transporteurs – en particulier dans le Golfe – font preuve d’une santé insolente tandis que d’autres sont tombées sur le tarmac. Et les cris d’orfraie de Iata n’y font rien, on a bien le sentiment que les compagnies ont du mal mais que certaines savent mieux réagir que d’autres !

Alors quel crédit apporter à Iata ? En son temps Giovanni Bisignanni, ancien directeur de l’association pendant 9 ans, accusait les gouvernements de tous les maux, réclamant liberté d’action et baisse des taxes de toutes natures. Aujourd’hui son successeur évoque le pétrole, le baril et encore le pétrole pour expliquer la crise. Et si au lieu de constater, l’Association trouvait son graal, la nouvelle recette qui permettra aux compagnies, comme un seul homme, de générer de nouvelles économies en s’appuyant les unes sur les autres ? C’est ainsi que le e-ticket leur a fait gagner à toutes des millions de dollars en gestion. Un projet commun de cette envergure serait de nature à les fédérer. Osons une suggestion : la mise en commun des études sur le carburant. Si les compagnies trouvaient le moyen de parler ensemble aux motoristes, ne gagneraient elles pas quelques années sur les mises au point ? Ce sont les entreprises et leur budget voyages qui en sortiraient gagnants !

Enfin, pour que les acheteurs voyages puissent se faire une idée réelle de l'avenir du transport aérien, IATA devra être plus terre à terre : quid des hausses tarifaires ? Comment faire baisser les taxes passagers ? Quelles visions technologiques des approches douces ? Bien des questions simples, aujourd'hui encore sans réponse !

Hélène Retout

Dimanche 10 Juin 2012


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