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Alitalia quitte à son tour l’AEA, la bataille ne fait que commencer


Il eût été naïf de penser que les compagnies satellites d’Etihad n’allaient pas s’engouffrer dans la brèche ouverte par le groupe IAG et quitter très rapidement l’AEA (Association Of European Airlines). C‘est chose faite avec Air Berlin aujourd’hui, et Alitalia devrait suivre rapidement. Dans cette bataille du ciel qui s’engage, les compagnies traditionnelles vont, contrairement aux idées reçues, conforter leurs positions.



En quittant l’AEA, une association dont l’utilité n’a jamais clairement été définie, British Airways confirme les propos de son patron, Willie Walsh qui a toujours pensé que «la politique ne règle jamais les problèmes économiques». Moins provocateur que Michael O’Leary de Ryanair, le boss de BA a néanmoins toujours pris des positions diamétralement opposées à celles d’Air France ou de Lufthansa. Son principe de base est toujours resté le même: les affaires d’abord. BA se développe dans le Golfe, s’ouvre à des nouvelles destinations et ne veut pas être confrontés à une guerre des prix qu’elle n’est pas certaine de gagner.
 
Contrairement aux idées reçues, la présence de Qatar au capital de British Airways n’a sans doute pas beaucoup joué sur la vision du groupe britannique. En revanche et clairement, Alitalia ou AirBerlin n’ont pas eu le choix et se sont pliées aux directives de leur principal financier, Etihad. Leur départ va sans aucun doute conforter la vision des autres membres de l’association qui affirment aujourd’hui que ces deux compagnies européennes... ne le sont plus, faute de décider elles-mêmes de leur avenir.
 
On peut aussi imaginer des conséquences plus techniques si l’Europe accepte cette vision des choses et demande à Air Berlin comme à Alitalia de se plier aux règles appliquées aux compagnies étrangères. Nous n’en sommes pas là. D’abord en raison de la structure capitalistique qui, officiellement, reste aux mains des Italiens ou des Allemands. Ensuite parce qu’il s’agirait d’une déclaration de guerre économique que l’Europe n’est pas certaine de gagner et que beaucoup ne veulent pas engager. Voilà donc une quadrature du cercle aux effets limités et à l’intérêt restreint.
 
Faute d’enjeux réels à l’AEA, toute cette affaire n’aura que peu de conséquences sur la poursuite des réflexions engagées par la Communauté européenne pour s’opposer au développement des compagnies du Golfe qu’elle considère, pour beaucoup, financées par les Etats eux-mêmes. Selon nos informations, la Commission transport de la CE devrait se prononcer avant la fin juin sur les différentes questions de concurrence déloyale posées par les compagnies aériennes. Sans doute conservera t-elle le frein déjà appliqué aux droits de trafic. Les documents d’analyse fournis par les États-Unis ne pourront pas être utilisés car les USA eux-mêmes ont très largement subventionné leurs propres transporteurs. Difficile de reprocher aux autres ce que l’on a fait soi-même.

Alors quelle solution concrète pour gérer le problème de la concurrence, entre l'Europe et le Golfe ? La réponse nous vient du patron de British Airways qui assure que «C’est la capacité des compagnies à gérer leurs coûts et à optimiser leurs services qui permettra de lutter à armes égales avec les compagnies du Golfe ». Et qu’importe, pense t-il, si les Etats eux-mêmes aident directement ou indirectement les compagnies nationales. Investir dans ce domaine ou dans d’autres, comme le font déjà pas mal de pays européens, est un choix stratégique. Tout comme le développement des compagnies du Golfe pour leurs commanditaires. CQFD.
 
A New-York,
Philippe Lantris
 

Jeudi 23 Avril 2015


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