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Ce matin, j’ai décidé de vous faire (presque) mal


De passage aux Maldives pour un reportage, je viens de croiser un Français, voyageur d’affaires qui, loin d’être là pour les plages et les lagons, visite les hôtels, d’île en île, dans le seul but de vendre un produit de luxe : du vin. Au delà de la simple carte postale, notre homme a su faire la part des choses entre l’environnement qu’il visite tous les jours et la finalité de sa mission, évoquant ainsi plus de 25 ans d’expérience dans des Paradis sur terre, de la Polynésie aux Seychelles via l’île Maurice ou la Réunion.



Richard Tarrid est un pyrénéen à l’accent marqué qui, une fois passé dans la moulinette d’un anglais irréprochable, le fait ressembler à une sorte de Fernandel mâtiné de Maurice Chevalier au début des années 30. Sa mission est simple : prendre très régulièrement un hydravion ou un bateau au départ de Malé, la capitale, pour aller rencontrer les patrons du « food and beverage » des plus grands groupes hôteliers du Monde : Hilton, W, Four Seasons, Banyan Tree… Toutes les grandes marques du luxe. «Quand j’évoque mon métier avec des commerciaux qui travaillent en France comme en Europe, je n’ai pas le sentiment de faire un métier différent du leur», m’explique Richard, «Je vis des retards d’avion, des annulations de vols, des relations parfois difficiles avec mes intermédiaires sans oublier le travail administratif qui me conduit très fréquemment en Asie ou en Inde». De fait, notre quinquagénaire a su prendre du recul sur son travail. «Là ou les touristes voient un Paradis, moi je vois des contraintes, des restrictions budgétaires et des difficultés économiques. J’ai appris à gommer ce qui m’entoure au seul bénéfice de ma mission». Pour autant, Richard ne nie pas la beauté des lieux même «si elle devient pesante quand les affaires ralentissent». Des attentes, il en a beaucoup. L’une d’entre elles concerne la relation avec son bureau parisien. «Nous n’avons ni reconnaissance, ni écoute particulière. Quand je dis que j’ai les Maldives dans ma zone, les gens sourient et certains m’invitent à ne pas en dire plus comme si mon lieu de travail devait m’empêcher de me plaindre». A l’écouter, et on s’en rend vite compte, il est finalement plus difficile de travailler là qu’en France. Rien n’est simple lorsque l’image prime sur la réalité.
Alors pourquoi évoquer cet homme bonhomme, au final content de son sort ? Sans doute parce que de plus en plus, le voyageur d’affaires est pris pour un nanti qui se rince l’œil aux frais de la Princesse (comprenez l’entreprise). Une image surannée qui persiste et fait oublier que, bien souvent, c’est lui qui assure la rentabilité de l’entreprise. «Je fais gagner de l’argent à l’entreprise», conclut Richard, «mais comme le fait chaque salarié chez nous. La reconnaissance est importante, elle nous motive et nous booste. Dites leur bien tout ça à vos lecteurs». C’est fait, Richard.

Marcel Lévy

Dimanche 10 Avril 2011


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