Comment dire aux enfants que Maman ou Papa est en voyage d’affaires ?

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On a beaucoup analysé, trop peut-être, la réaction des enfants face à une absence temporaire de l'un des deux parents. Le fait est qu'il n'est pas anodin pour le bambin de voir l'un de ses parents quitter quelques jours le domicile familial. D'autant que pour les plus jeunes, ni le mot "voyage", ni même le terme "affaires", ne sont facile à comprendre. Pour les pré ados, voire les ados, le voyage d'un parent, c'est presque un début de responsabilisation familiale.

Comment dire aux enfants que Maman ou Papa est en voyage d'affaires ?
"Les parents évoquent souvent le départ auprès des enfants en le reliant au besoin de gagner des sous", commente Laure Pittabechia, psychologue et responsable de crèche d'entreprise, "C'est la façon la plus directe et souvent la plus claire qui va leur permettre d'assimiler le départ à un élément essentiel du bien être familial". Mais au delà, et les experts confirment cette idée, "Partir, c'est toujours abandonner un peu ses proches", même pour quelques jours. Aussi, face à ce besoin de conforter et de rassurer, il est nécessaire d'avoir toujours le même discours et de ne jamais l'associer à un événement négatif. "L'enfant doit comprendre que vous faites cet effort pour lui et sa fratrie", souligne Laure qui insiste : "A une époque où l'on entend parler de séparation ou de divorce dans les cours d'école, il ne faut pas que le départ engendre une crainte chez l'enfant". Qui plus est, "L'enfant est aujourd'hui plus ouvert sur le monde que ses propres parents. Il sait à 8 ans ce que veut dire chômage, emploi et tous les autres mots de la vie professionnelle". En clair, il comprend mieux que ne l'imaginent les parents les contraintes de la vie au boulot. Trouver les bons mots, au bon moment, voilà toute l'alchimie de la vie de famille quand on doit se déplacer souvent. Facile à dire, mais à faire ? Voila cinq conseils pour vous permettront (peut-être) de trouver votre propre positionnement face à une situation parfois complexe à comprendre pour un enfant.

1 - Balayez l'idée post soixante-huitarde qui veut qu'un enfant soit traité comme un adulte à part entière

On a trop souvent entendu cette phrase qui veut que l'on n'infantilise pas un enfant. C'est vrai que l'on se doit lui parler comme à un adulte mais en n'oubliant jamais que... c'est quand même un enfant. Difficile mais terriblement rassurant. Ses repères ne sont les vôtres. Son expérience de l'absence ne s'est pas construite comme celle d'un adulte. Aussi, si l'équilibre est difficile à trouver, il faut se souvenir que le parent (ou les parents d'ailleurs) représentent l'autorité, celle quotidiennement exprimée à la maison. Il y a donc les faits non négociables, le voyage et l'environnement du départ qui doit, lui, s'adapter aux attentes des enfants. Pour ne pas être "hors jeu", pensez à utiliser ces mots, les images qu'il perçoit et ce qui le rassure dans son environnement. Vous pouvez ainsi compter le nombre de "dodo" pour calculer l'absence. Associez le petit à votre voyage en lui demandant de vous aider à préparer une valise. Rappelez lui que son père (ou sa mère) sont à ses côtés et ne placez jamais votre discours sur le plan uniquement affectif. Rassurez-le cependant : "Maman (ou papa) t'aime, tu le sais. Il reviendra très vite te retrouver"... Bref, soyez clair, précis et ferme. La quadrature du sentiment.

2 - Expliquer sans se justifier

Un voyage programmé ne s'annule pas sur une colère d'enfant. "J'ai croisé de telles situations en entreprise sans être capable de m'expliquer si l'enfant était un prétexte ou une cause sérieuse d'annulation", remarque Laure qui insiste sur le besoin d'expliquer aux enfants ce que Papa ou Maman vont faire pendant leur voyage. Et de conseiller d'être précis dans les explications. "On peut discuter simplement avec un enfant de trois ans à qui l'on présentera le voyage avec ses propres repères", poursuit la spécialiste. Et de fait : partir de la maison pour "trois dodos" et rencontrer des gens du travail peut s'expliquer. Plus les enfants sont jeunes et plus il est nécessaire de lutter contre le chantage affectif qui s'annonce. Evitez toujours les justifications du type "Maman ne t'abandonne pas, elle part travailler". La seconde partie de la phrase suffit, à condition de la détailler pour les enfants entre 3 et 6 ans pour qui le mot travail fait partie de la réalité sans forcément être bien compris.

3 - Montrez et démontrez

Montrer le pays où l'on va sur une carte ou une mappemonde sont des points positifs. La finalité du travail sur place peut s'expliquer à des enfants âgés de 7 à 8 ans au moins. Bien sur, il ne s'agit pas de détailler la mission mais de justifier son importance et son intérêt. Il y a toujours de la fierté à voir sa mère ou son père se promener aux quatre coins du monde. mais au delà de cette vision "formatrice" du déplacement, on développe la compréhension des enfants face aux déplacements. Et là est toute la difficulté : ne pas se justifier mais associer le ou les enfants aux voyages à venir.

4 - Sécurisez l'environnement

Rien n'est pire qu'un quotidien qui s'effondre une fois l'un des deux parents parti pour quelques jours. Mais attention, l'image de la famille reste, dans l'esprit des enfants, très féminine. Ne nous voilons pas la face, même si les choses changent, pour les enfants, c'est souvent la maman qui est la gardienne du temple. Conséquence, le déplacement d'une mère de famille est très différent de celui d'un papa. Aux Etats-Unis, plusieurs psychologues prônent l'idée d'une "shadow family". Voisins, amis, famille proche deviennent les référents potentiels en cas de souci à la maison. Mais au delà de la présence humaine, c'est l'organisation qui change. Vêtements des jeunes enfants préparés par change complet (des chaussettes à la casquette), menus rédigés et préparés en famille sans oublier, en cas de journée sans école, toutes les animations possibles et la logistique qui les accompagne. De la même façon que l'on prépare son déplacement professionnel, l'absence se prépare que tout se passe bien. Il n'y a rien de pire que les multiples coups de fil de la maison en pleine discussion professionnelle !

5 - Attention au piège du cadeau "remord"

C'est le grand classique du voyage d'affaires : offrir un cadeau pour se justifier. Faut-il le faire ? Oui si le cadeau est modeste et permet simplement de valoriser l'absence et de se souvenir positivement du déplacement du parent concerné. Non, si le cadeau grossit avec les âges et devient une habitude trop bien ancrée dans l'esprit des enfants. Le systématisme est dangereux ! "Le cadeau, c'est aussi une récompense", poursuit Laure qui insiste sur le besoin d'en moduler la taille et la fréquence. "Il ne faut jamais entrer dans le piège du cadeau qui grossit avec l'âge. Le cadeau clin d’œil est simple, souvent pratique". Un t-shirt du pays concerné, des crayons ou des stylos, un cahier de coloriage dans une langue exotique... Il reste qu'au-delà, le voyage d'un parent peut avoir des avantages non négligeables : électronique moins cher, vêtements spécifiques, jeux vidéo récents... Bref, de quoi attiser l'intérêt des ados qui savent souvent trouver et l'adresse et le prix sur internet pour envoyer leur parent en "mission" ! Voilà une bonne occasion de leur apprendre la valeur de l'argent. Ce cadeau là, il vont se l'offrir avec leur propre argent... Quitte, une fois à la maison et s'il y a une bonne raison, à leur offrir au retour. Mais attention, ne tombez pas dans le piège. Un ado sait parfaitement jouer sur les sentiments pour vous "séduire". Enfin, rien ne vous empêche à un certain âge de casser la tradition du petit souvenir. "On conseille souvent de le faire lorsque l'enfant atteint douze ou treize ans", conclut Laure, "A ce moment, on offre un gros cadeau, qui marque, en précisant bien que ce sera le dernier. C'est un contrat passé avec l'enfant. En général, il le respecte".