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Encore un effort et les prix du train seront totalement opaques


L'État aura à statuer dans quelques jours sur une demande formulée par la SNCF de disposer de plus de liberté dans la fixation des tarifs ferroviaires. Si l'entreprise ne veut pas se libérer de la tutelle gouvernementale, elle voudrait obtenir une amplitude plus large de ses tarifs de référence.



En clair, la grille de prix va bouger, se complexifier, s'opacifier pour, au final, rendre compliquée la mise en place d'une prévision budgétaire ferroviaire au sein des entreprises. A priori, et pour éviter les commentaires par trop agressifs, la SNCF a joué plutôt finement. Elle a annoncé qu'elle comptait notamment augmenter ses billets de Première classe et proposer en contrepartie plus de billets à tarifs réduits, les fameux Prem's. De fait, personne ne s'offusquera de faire payer les riches et de favoriser les pauvres. Mais dans la réalité, cette liberté tarifaire est bien plus dangereuse que cette vision du train à la "Robin des bois". En utilisant depuis des années le yield management, qu'elle manie parfaitement, la SNCF a indirectement préparé les utilisateurs à des tarifs ferroviaires sans cesse en mouvement, capables de varier d'une heure à l'autre. Pour stabiliser ces variations, elle a ensuite créé des tarifs pros, souvent chers, mais totalement flexibles, dont la mission était de lisser le prix du train dans les entreprises. La nouvelle approche de la SNCF va sans doute être étudiée à la loupe par le gouvernement.
De son côté, l'entreprise nationale a déjà préparé les experts à cette demande. Guillaume Pepy n'avait pas caché que la hausse des loyers payés à RFF, en charge du réseau national, allait vite devenir insupportable. Les pertes du fret viennent peser sur le budget. Les TGV sont présentés pour certains comme non rentables... Enfin, les régions ne veulent plus payer pour des déficits chroniques de lignes à peine fréquentées. La coupe est pleine. De là à voir des contrôleurs venir chanter dans les wagons pour faire la manche... Il n'y a qu'un pas. J'imagine déjà le texte: "Bonjour, nous sommes pauvres contrôleurs de la SNCF, sans ressource avec une famille à charge. Je ne veux pas voler pour vivre. Merci de montrer vos billets et préparer petite piécette qui viendra arrondir fin de mois".
Enfin, en soulignant l'arrivée de la concurrence, le président Pepy aura beau jeu de rappeler qu'il faut de l'indépendance et de la liberté pour lutter à armes égales avec les nouveaux opérateurs fortement attirés par le marché français. Au final, et c'est certain, l'opacité tarifaire devrait être au rendez-vous des utilisateurs professionnels. On peut se demander si l'État va réellement s'opposer à cette demande formulée par la SNCF ? Certainement pas. En cette période où la moindre économie est présentée comme une victoire, voir la SNCF gérer son déficit devrait plaire à notre ministre des finances. Beaucoup moins aux acheteurs de voyages qui verront leurs prévisions budgétaires en matière de transport ferroviaire exploser ces prochains mois. Achetez une guitare, qui sait, si les contrôleurs ont un peu de monnaie ?

Marcel Lévy

Dimanche 3 Octobre 2010


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