Deplacements Pros, le quotidien du business travel, du voyage d'affaires et des déplacements professionnels



Jeudi 3 Mars 2011

Geos souligne la montée en puissance de la guérilla urbaine en Côte d'Ivoire



Dans une note d'information, Geos attire l'attention des voyageurs sur les dangers qu'ils pourraient courir en Côte d'Ivoire d'ici quelques jours, quand sera prononcé le verdict de l’Union Africaine sur la situation actuelle du pays. Depuis deux semaines, guérilla urbaine et confrontations directes sur l’ancienne ligne d’interposition se sont dans l’ensemble substituées aux manifestations. La vie ivoirienne est désormais dominée par des actions de combat, certes sporadiques mais violentes, dans la capitale et sur le front au Nord.



© Mikael Damkier
© Mikael Damkier
En début de semaine, deux employés des Nations Unies ont été enlevés à Abidjan par de jeunes militants pro-Gbagbo. Les deux mécaniciens d’hélicoptères ukrainiens ont été libérés quelques heures plus tard, alors que d’autres personnels civils et militaires des Nations Unies essuyaient également des tirs à l’aéroport de Yamoussoukro, émanant d’éléments des forces loyalistes.
Les personnes visées se trouvaient sur les lieux afin de vérifier si des hélicoptères avaient effectivement été livrés depuis la Biélorussie aux forces pro-Gbagbo, en violation de l’embargo sur les armes imposé à la Côte d’Ivoire depuis 2004.

Ces incidents sont particulièrement graves, notamment par les cibles visées, et s’inscrivent dans le cadre d’une nette dégradation de la situation sécuritaire depuis quelques semaines, notamment à Abidjan (principalement Abobo). En effet, même si le couvre-feu a été levé, sauf à Abobo et Anyama, le contexte ivoirien demeure extrêmement volatile et les soupçons de réarmement dans les deux camps font craindre de nouveaux affrontements entre forces loyalistes et éléments pro-Ouattara, soutenus par les anciens rebelles des Forces Nouvelles (FN), d’une ampleur sans précédent depuis le début de la crise. Les actions du « commando invisible » d’Abobo devraient se multiplier dans les jours à venir grâce au ralliement d’éléments déserteurs des forces de sécurité d’origine nordiste et d’autres frères « dioulas » disséminés dans le pays. Les quartiers de Koumassi, Treichville, Adjamé et probablement une partie de Yopougon devraient durcir leur résistance à court terme. Il ne s’agira alors pas d’une insurrection de la population mais d’un combat de militants contre le pouvoir de Gbagbo. Lorsque ces quartiers du centre d’Abidjan seront en résistance armée, la ville, déjà en faible activité, sera vraisemblablement paralysée.

L’intérêt de cette fraction combattante est qu’elle introduit un nouvel acteur, affranchi des mots d’ordre du Président élu et surtout hostile à son Premier ministre Soro. Quoi qu’il arrive désormais, le camp d’Ouattara devra composer avec cette troisième force, éventuellement lui être redevable, aux dépens de Guillaume Soro et de ses hommes des Forces Nouvelles toujours globalement établis au nord du pays, derrière une ligne d’interposition relativement fictive.

Ces manœuvres d’armement, particulièrement inquiétantes, interviennent alors que la CEDEAO et l’Union Africaine sont fermement opposées depuis plusieurs semaines sur la question d’une éventuelle intervention militaire des Casques blancs en Côte d’Ivoire afin d’écarter Laurent Gbagbo du pouvoir. Les dirigeants de l’ECOMOG paraissent en effet aujourd’hui déterminés à agir dès l’accord éventuel des politiques de la CEDEAO et de l’UA. Aucune intervention militaire ne semble toutefois envisagée par la communauté internationale qui, si elle soutient largement Alassane Ouattara, n’entendrait pas faire preuve d’une telle ingérence dans les affaires ivoiriennes. Cette question fait ainsi débat au sein de la communauté internationale et pourrait même engendrer une scission au sein de la CEDEAO, qui pourrait profiter à Laurent Gbagbo, tout comme les événements rapportés récemment dans le monde arabe qui semblent occulter la situation ivoirienne dans les médias internationaux.

Ce texte a été rédigé par Elisabeth Froment-Meurice, Responsable du Bureau Veille et Analyse Risques Pays chez Geos