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Guillaume Pépy est-il un joueur de Poker?


Rien ne vaut une bonne fuite dans la presse pour mettre à plat ses problèmes et faire en sorte que ceux qui critiquent soient informés de ce que vous pourriez éventuellement mettre en œuvre ces prochains mois. Guillaume Pépy est un homme de communication. Il maîtrise parfaitement le buzz et sait appuyer là où cela peut faire mal : le portefeuille des voyageurs.



En laissant fuiter un rapport dont le contenu a fortement choqué les usagers des transports publics, Guillaume Pépy a ouvert une brèche dans le tabou qui veut que les augmentations tarifaires soient gardées secrètes jusqu’au dernier moment. Et pour cette fois, Guillaume Pépy a eu raison. À en croire les élus qui se sont mobilisés autour de cette annonce, le TGV est une entreprise dont la finalité doit rester la même : ne pas de faire de l’argent mais assurer une image positive de leur territoire. En somme, si je devais résumer, c’est à chaque Français quelle que soit sa région, d’assurer l’image de son voisin en finançant des billets de train de plus en plus chers. À l’évidence, Guillaume Pépy a rappelé une règle fondamentale du service public : ne jamais dépenser plus que ce que l’on possède mais toujours essayé de dépenser mieux.

La gestion d’une entreprise comme la SNCF, nous l’avons vu il y a encore quelques temps lors de la réforme ferroviaire, demande une diplomatie sociale et un doigté économique qui ne sont pas forcément compatibles. D’un côté il y a les salariés, selon eux mal payés et dont les syndicats réclament en permanence des hausses de salaires et des améliorations des conditions de travail. Si l’on peut comprendre la première partie de leurs exigences, les dites conditions nées de l’époque de la vapeur ont parfois bon dos pour justifier des excès que ce soit en matière de retraite ou de durée du temps de travail.

Mais posséder des trains ne suffit pas. Encore faut-il avoir des lignes en bon état pour éviter des dysfonctionnements parfois tragiques comme à Brétigny-sur-Orge. Et là, Guillaume Pépy doit se faire grand argentier pour prendre des décisions complexes : déterminer quelles sont les lignes prioritaires du réseau. Bien sûr, la vision dogmatique ferait répondre à cette question que toutes les lignes ont leur importance. Le Paris/Lyon en TGV comme le Aurillac/Saint-Flour sont tous deux essentiels. Pourtant, de nombreux pays européens ont répondu à cette question en tranchant dans le vif. Idem aux États-Unis ou l’autocar a remplacé le train pour de simples raisons d’économies. Rien ne justifiait la mise en place d’un train de 100 places pour transporter trois ou quatre personnes en fin de soirée. Guillaume Pépy le sait bien : il ne s’agit plus d’un problème d’argent mais d’un problème politique et en cette période troublée, ou s’attaquer à la rentabilité du train correspond à planter une épine acérée de plus dans le pied du gouvernement qui n’en a vraiment pas besoin. Voilà donc la troisième mission du PDG de la SNCF : Ministre secret des transports d’un shadow cabinet dont il est le seul membre.

Mais Guillaume Pépy est parfaitement conscient qu’on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs. Il a posé les grandes lignes de sa problématique, donné les premières réponses, débroussaillé les premières solutions et maintenant, il attend les commentaires des autorités politiques. Elles ne manqueront pas.
Si demain, on ne sait par quel méandre économique les choix du président de la SNCF devaient être retoqués, il aurait alors beau jeu de dire qu’il avait prévenu en temps et en heure le politique de l’impossibilité de résoudre une quadrature du cercle qui repose d’un côté sur des clients, de l’autre sur des hommes politiques nationaux et régionaux qui, lorsqu’ils sont sur leur territoire, oublient la réalité des chiffres et des faits. Bien vu !

Guillaume Pépy est malin. Il sait parfaitement qu’en évoquant des hausses qui visent les professionnels plus que loisir, il ménage le grand public. D’autant qu’il a évoqué voici quelques mois des milliers de billets à bas prix tout en exprimant son souhait de voir se développer de nouvelles lignes à grande vitesse. Mieux, il a fait le tour des régions pour s’intéresser aux liaisons secondaires si chères aux élus. Bref, il a semé le doute dans l’esprit de tous ses interlocuteurs.

Au final, la seule question intéressante est simple : mais que veut réellement le président de la SNCF ? Gageons qu’il ne répondra pas à DéplacementsPros même si je reste persuadés qu’il a une idée très précise, et plutôt claire, de ce qui pourrait demain permettre à la SNCF d’adapter ses coûts à ses recettes. Mais peut-il réellement le dire en cette période économiquement troublée où la pression fiscale et économique pèse sur les entreprises. Le train est-il une utopie française non rentable dont le coût pharaonique ne fera que grossir ? Guillaume Pépy ne veut pas le croire. Mais va-t-il dévoiler réellement sa stratégie ?

Pierre Barre

Mardi 28 Octobre 2014


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1.Posté par Garfield le 29/10/2014 10:13
Dommage que cet article sur M. Pépy et la SNCF soit aussi réducteur... À l'en croire, il semblerait que seul le trafic voyageurs ne puisse assurer des revenus à une infrastructure pourtant utilisable également pour le trafic marchandises... Pour les lignes à grande vitesse, limitées à un usage voyageurs (et postal, même si La Poste privilégie d'autres solutions nettement plus négatives au niveau de l'environnement), cela est correct.

Mais voilà, l'exemple du Aurillac - Saint Flour mérite d'aller plus loin dans la réflexion sur la rentabilité. La fermeture des gares desservies par du personnel, la simplification des voies (comprendre, la suppression des voies marchandises), sans oublier la destruction des quais et bâtiments dédiés aux marchandises, ainsi que l'absence de volonté d'aller chercher du trafic marchandises (pour ne pas dire la politique délibérée de pousser les chargeurs à passer au camion), ont effectivement mis la rentabilité sur les seules épaules du trafic voyageurs.

Y'a-t'il eu, au moins une fois dans l'histoire de la SNCF, une réflexion sur la manière de ramener les voyageurs et les marchandises dans des trains plutôt que d'inciter le report modal sur la route? Non... Et pourtant, en imaginant qu'un chef de gare (et ses éventuels employés subordonnés), qui grâce aux centres d'exploitation modernes pouvant commander des régions entières à distance pourrait en temps normal être déchargé de la pure exploitation, puisse devenir un agent commercial chargé d'être en contact permanent avec le monde économique local, les élus locaux et la population, et ainsi ramener du trafic sur ses lignes abandonnées par la direction de la SNCF, n'y aurait-il pas une solution pour améliorer les résultats de ces lignes? Un chef de gare et son éventuelle équipe qui toucherait une prime annuelle par rapport au chiffre d'affaires effectué par l'établissement dont il serait responsable? Et qui, avantage pour l'exploitation, pourrait en cas de problème d'exploitation, reprendre sa casquette "exploitation" pour aider en cas de perturbation de trafic, informer les voyageurs et les chargeurs en cas de problème, cela ne manière humaine et personnelle plutôt que par des systèmes aussi anonymes et distants que sont les SMS, e-mails et autres annonces par haut-parleurs...

À mon avis, il serait bon que la SNCF remette à plat ses méthodes de fonctionnement et responsabilise plus d'acteurs locaux, si elle veut tenter de revenir à meilleure image et être à nouveau un service public fiable et reconnu; se couper des petites rivières ne fait qu'assécher le grand fleuve...

2.Posté par Toin le 29/10/2014 10:57
Comment après le drame de Juvisy Guillaume Pépy a-t-il eu l'indécence de ne pas démissionner ?!