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Guillaume Pepy pourra t-il briser le plafond de verre ?


Ne lui dites pas qu’il s’ennuie, lui qui annonce partout qu’il est bien où il est. Bien ? Tout est relatif car si, en surface, le patron de la SNCF est un homme heureux… En coulisses, le son de cloche est bien différent. Dire qu’il a fait le tour de cette belle maison est un euphémisme, lui qui a travaillé avec Louis Gallois avant de prendre les rennes de la maison ferroviaire française.



Pour cet énarque de 57 ans, la SNCF est une famille qu’il fréquente depuis 1997. Avant ? C’est sur wikipédia qu’il faut aller rechercher son cursus. Auditeur, puis maître des requêtes au Conseil d'État (1987), il travaille dans plusieurs cabinets ministériels, en tant que conseiller technique du ministre du Budget Michel Charasse (1988) et devient ensuite directeur de cabinet du ministre de la Fonction publique Michel Durafour puis de la ministre du Travail Martine Aubry. En 1995, il devient directeur général adjoint chargé du développement du groupe Sofres. Arrivé à la SNCF en 1997, il innove sans arrêt que ce soit pour créer  les billets Prem's ou lancer l'iDTGV. Louis Gallois, dont il est le numéro 2, dira de lui : «il est là où on ne l’attend pas. Il sait surprendre et gérer la surprise».
 
Pour bien comprendre le Président de la SNCF, il faut analyser le passé. Il aimait les micros et les caméras, il a appris à s’en méfier. Il réfléchissait souvent à voix haute, il a appris à se faire discret et à choisir avec soin ses équipes. Il déteste la trahison et n’hésite pas à donner quelques fausses informations pour voir si elles n’apparaitraient pas dans la presse. Malheur alors au bavard.
 
Président de SNCF depuis 2008, l’homme connait tous les rouages du chemin de fer. Trop bien peut-être. De la refonte des EPIC à la gestion de Brétigny sur Orge, il a traversé toutes les épreuves et tous les conflits avec une maestria qu’il faut bien lui reconnaître. C’est autant un organisateur qu’un communiquant. Oui mais voilà, il voudrait partir. Ne lui posez pas la question de front. Il dément systématiquement toute volonté de quitter son poste même si, dans les ministères, on l’a vu évoquer son avenir que ce soit chez Air France ou à EDF. Officiellement, il affirme souvent «Politiquement, je suis inclassable.». Sans doute vrai pour cet homme présenté comme de gauche qui a passé 6 mois chez les jeunesses communistes. Mais pour Pépy,  la politique n’est pas figée.

Certains pensent tout haut qu’il aurait été naturel de le voir soutenu par un gouvernement proche de ses opinions, qui aurait pu ainsi utiliser ses talents. Son nom a même été suggéré pour le fauteuil de Ministre des transports. François Hollande aurait fait la moue: «un cheminot reste un cheminot». Mais ne nous avançons pas, un remaniement est si vite arrivé. D’autant que dans le domaine des surprises, ce pourrait aussi bien être un gouvernement de droite qui lui donnera sa chance. Ne disait-on pas, dans l'entourage de l'ancien Président, qu’il était «très apprécié de Nicolas Sarkozy pour la gestion réussie des grandes grèves de la SNCF ».
 
Que peut donc faire Guillaume Pépy à l'avenir? Les plus sarcastiques le voient à la Chirac, écluser des bières et faire des Sudoku, histoire d’attendre des jours meilleurs. Pas le genre du personnage. Poursuivre le dialogue social ? Pas évident. Pépy est ouvert d’esprit là où ses interlocuteurs sont corporatistes voire obtus. La CGT reste, malgré la claque reçue aux élections professionnelles, à demander l'arrêt de la réforme ferroviaire. Elle devrait soumettre sa vision du projet au vote des cheminots fin de cette année. Voudra t-elle croiser le fer avec Guillaume Pépy ? Il reste au patron de la SNCF à poursuivre sa quête du Graal discrètement. C’est sans doute le chemin qu’il a choisi. Mais à part un poste dans une grande administration, équivalente dans son image à celui occupé à la SNCF, pas question de bouger. Le patron du rail français redécouvre la quadrature du cercle.
 
L’homme est un combatif. Il ne jette pas l’éponge et fait savoir partout qu’il est disponible. D’autant plus que, selon des proches, il n’est pas persuadé du succès d’Alexandre de Juniac. Au contraire, pense-t-il « l’homme est rigide, clivant même », laisse t-il entendre. Mais personne ne vous confirmera ces propos, certainement pas lui. C’est un diplomate de premier ordre. Alors comme tout bon analyste, il observe et regarde. Pèse le pour et le contre à chaque possible poste qui va se libérer. Il échange avec bien des politiques sans pour autant se dévoiler. Il veut séduire mais ne pas apparaître comme prêt à tout.
 
Voilà donc l’enjeu qui se trouve au-dessus du plafond de verre atteint par Guillaume Pépy. Certes, il y a encore des paris à gagner : moderniser le réseau, créer de nouveaux services comme il vient de le faire avec IDVroom que complète IDbus. Car le nerf du futur, c’est l’ouverture à la concurrence. Et tous les domaines susceptibles de contrer l’expansion du train sont concernés. Il ne s’agit dans un premier temps que de verrouiller les offres pour rendre plus complexe l’arrivée des nouveaux entrants. Avec Ouigo, première pièce du Rubik's Cube ferroviaire, il démontre que SNCF sait faire du low cost.  Il prouve ainsi à Thello que le marché est loin d’être aussi rentable.
 
Pépy sur tous les fronts, c’est sans doute l’image qu’il faut avoir en tête. Mais il faut aussi la moduler car face à une belle opportunité, il rendra sans souci sa carte « Grand Voyageur ». C’est un fidèle qui veut aujourd’hui se trouver une nouvelle surface de Jeu.

Marcel Lévy

Lundi 6 Avril 2015


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1.Posté par Alain Ouidile le 07/04/2015 08:52
Belle analyse
Bon résumé

2.Posté par veronique Ladurée le 07/04/2015 09:03
C'est un sort partagé par tous les grands patrons, ce plafond de verre. Imaginez Henri Giscard d'Estang au Club Med! Et d'autres. Mais leur sort, malgré tout, n'est pas à pleurer...