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L'Europe réinvente le jeu de la carotte et du bâton




Il y a un peu du « pyromane incendiaire » dans les dernières déclarations de la communauté européenne. D'un côté, les paroles rassurantes du président Barroso qui dit comprendre les difficultés que vont traverser les entreprises européennes et plus particulièrement les compagnies aériennes. De l'autre, une Commission qui exige le remboursement rapide des billets non utilisés ou modifiés et l'application stricte d'une politique commerciale souvent contraignante pour les professionnels du voyage.

Au moment même où les scientifiques remettent en cause les décisions un peu hâtives des spécialistes européens de l'aérien, la communauté européenne (qui a pour l'instant refusé de justifier sa décision de conseiller aux états de fermer les espaces aériens) veut montrer qu'elle a un poids certain en matière de défense des consommateurs. Et voilà le Commissaire européen aux Transports en train de tirer l'oreille des compagnies, soulignant que «Les compensations éventuelles accordées ne le seront qu'en fonction du respect de leurs obligations à l'égard des passagers». Ces droits, en l'occurence, obligent les transporteurs à rembourser la totalité du prix du billet en cas d'annulation d'un vol, ou à procéder au réacheminement gratuit des passagers avec prise en charge des frais de nourriture et d'hébergement. Rappeler les règles est sans doute louable. Mais il y a sans aucun doute de la démagogie dans cette action, tant les interprétations sont différentes en matière de «catastrophe naturelle » selon les pays. On le verra vite avec la kyrielle de procédures qui se préparent aujourd'hui chez les associations de consommateurs et qui reposent, souvent, sur des interprétations plutôt que sur les textes.
Aussi, on attend désormais que l'Europe puisse tirer des conclusions de cette crise. On souhaite désormais que sa vision soit plus panoramique en matière d'information. On ne l''attend pas sur des décisions qui tiennent du savoir scientifique et technique. On lui demande surtout d'écouter l'ensemble des partenaires avant de s'engager. On demande que les décisions ultimes soient prises en fonction des faits réels et avérés et non en fonction d'un simple principe de précaution, rassurant a priori mais décalé dans la réalité. Il est d'ailleurs dommage que cette vision européenne, qualifiée aujourd'hui d'injustifiée par la majorité des experts qualifiés, vienne conforter les eurosceptiques. Une telle crise laisse croire que l'Europe est un navire sans capitaine et sans tour de contrôle. Comme l'écrivait Frédéric Dard, "Pour protéger leurs fesses des risques de fessée, bien des enfants mutiplient les oreillers". Tout pareil pour cette crise !

Marc Dandreau

Jeudi 22 Avril 2010


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