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L'alcool en plein vol : même pas peur !


Entre la multiplication des contrôles et les campagnes de prévention ou de répression, le secteur aérien compte parmi les domaines les plus contrôlés, en France comme ailleurs. Pourtant, un constat s’impose : aucune véritable limite n’encadre la consommation d’alcool à bord d’un appareil. A l’embarquement comme dans les airs, la tolérance est le plus souvent laissée à l’appréciation du personnel, qui peut - qui doit - refuser d'embarquer ou de servir un passager imbibé. Mais rien n’est véritablement mis en place dans le secteur aérien. Au contraire : la meilleure carte des vins à bord ou la distribution d’alcool dans les salons affaires sont affichées comme des arguments marketing par les compagnies aériennes. Contrôlé de la tête aux pieds, le passager ivre serait-il donc inoffensif une fois qu’il a quitté la terre ferme ? Pas si sûr.



Si le voyageur d’affaires ne peut généralement se permettre un voyage trop arrosé en marge d’une réunion professionnelle, il peut bel et bien subir les conséquences d’un voisin en état d’ébriété. Les altercations avec le personnel de cabine ou incidents déclenchés par des passagers ivres ne préviennent pas, et peuvent donner une tournure surprenante à certains déplacements professionnels. A l’heure où l’on évoque régulièrement les effets de la surcharge carburant, le problème des passagers qui «carburent» un peu trop, et embarquent ou débarquent quelque peu «sur-chargés» passe pourtant inaperçu, alors que le cocktail alcool + avion peut devenir problématique. En témoignent les récentes plaintes du personnel aérien canadien, qui note dans le media Canoë infos que «Chaque jour, au moins un passager indiscipliné, souvent sous l’effet de l’alcool, est évincé d’un vol de la compagnie WestJet». Le personnel d’Air Canada souligne d’ailleurs que les enregistrements imposés avec trop d’avance encourageraient la consommation d’alcool. Les voyageurs seraient donc tentés de tuer le temps au comptoir : un problème qui prend de l’ampleur avec les escales… La responsabilité en incombe alors aux employés des aéroports, puis à l'équipage, qui doivent imposer en temps utile les limites à fixer, sans véritable élément objectif, chiffré.

Certes, la devise « boire ou conduire » ne s’applique pas aux passagers dans le domaine aérien – même si la conduite de certains pilotes a pu remettre en doute récemment certains principes – et loin de moi l’idée de restaurer la prohibition à haute altitude. Mais le calme nécessaire au bon déroulement d’un vol peut être rapidement menacé par un passager devenu agressif ou complètement ingérable. Le dossier pourrait donc mériter un débat. Du moins une réflexion, puisque l’état des voyageurs au décollage et à l’atterrissage peut avoir son rôle à jouer dans la sécurité à bord. Et au-delà : le passager d’un vol Paris-Londres peut très bien devenir le conducteur d’une voiture de location à son arrivée. Un débat d’autant plus utile que l’effet de l’alcool augmente dans les airs, puisqu'avec la dépressurisation l'oxygène devient moins actif pour pénétrer dans le sang et la respiration comme le rythme cardiaque peuvent s'accélérer. Les voyageurs quelque peu anxieux, qui tentent de se «rassurer» avec quelques verres de vin peuvent alors avoir de mauvaises surprises. Si les contrôles stricts et contraignants, voient dans chaque voyageur un terroriste potentiel, aucun véritable test ne s’assure finalement de la capacité du voyageur à embarquer sereinement. Pourtant, j’ose l'espérer, la proportion de passagers éméchés dépasse celle des terroristes illuminés.

Florian Guillemin

Mardi 12 Avril 2011


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