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L'avion victime du business modèle des fast food


Problème de moteurs pour l'A380, pannes à répétition pour le Dreamliner, erreurs de conception sur certains jets de Bombardier ou d'Embraer, retards de livraison... Force est de remarquer que depuis quelques années, les principaux avionneurs se heurtent à d'évidentes difficultés dans la mise au point de leurs nouveaux modèles. On pourrait facilement les considérer comme seuls responsables de cette situation. Il n'en est rien: pressés par leurs clients, les compagnies aériennes, soucieuses d'avoir les appareils les moins gourmands en carburant, les plus faciles à aménager et aux qualités sonores indéniables pour éviter les problèmes avec les riverains, les cabinets d'études ont réduit de moitié le temps de conception des nouveaux modèles. Non sans risque.



Si l'on en croit un sondage express réalisé par la chaîne de télévision Fox News, 68 % des voyageurs d'affaires aux États-Unis auraient peur aujourd'hui de prendre l'avion. Pas une peur féroce qui tient au ventre mais une appréhension qui suffit parfois à semer le trouble. Il est vrai que l'actualité regorge d'informations contradictoires sur des problèmes techniques liés aux avions en circulation. Par définition, un Boeing comme un Airbus sont conçus pour répondre de façon positive aux pannes et aux aléas météorologiques qu'ils rencontrent. Le fait de doubler certaines commandes, d'améliorer les témoins et les alertes, de former le personnel à toutes les conditions possibles en vol démontre que les concepteurs sont encore plus réalistes que ne le pensent les voyageurs. Mais à force de vouloir aller vite, concevoir un avion est devenu un tel enjeu économique concurrentiel que même le temps est une des composantes économiques du projet.
Entre le moment où l'on émet l'idée d'un nouvel appareil et son premier vol commercial, il s'écoule aujourd'hui entre cinq et sept ans. Soit deux fois moins qu'au début des années 70. Il est vrai qu'en matière d'ingénierie aéronautique on a appris à réutiliser le savoir. Pas question de repartir de zéro à chaque nouvelle conception. Le travail que vient de faire Boeing sur les matériaux composites de son 787 sera décliné pendant des années sur de nombreux types d'appareils. Autre partie importante de l'avion : l'informatique. La vitesse de développement des nouveaux composants, et surtout des processeurs, est devenue si rapide que les ingénieurs aéronautiques prennent en compte ces perpétuelles innovations dans la conception même de la carte mère qui devient "universelle", car seul le processeur est appelé à évoluer. On peut ainsi multiplier par deux une vitesse de calcul et d 'affichages des données en moins de 6 mois !
Enfin, la multiplication des satellites et des systèmes de localisation par GPS, déjà présents à bord des appareils mais peu utilisés en raison des coûts élevés d'abonnement est le dernier volet de cette intégration technologique à outrance qui permet aujourd'hui de concevoir des appareils sans pilote. Certaines compagnies ne cachent pas leur attirance pour ces projets qui limiteraient à un seul pilote l'équipage technique !
Tout cela, le voyageur d'affaires le sait bien. Est-ce pour autant rassurant ? Certainement pas si l'on en croit le sondage de Fox news. La conception "fast-food" (à peine commandé, sitôt livré) des nouveaux modèles annoncés par les avionneurs effraie l'utilisateur. Et pourtant, il faudra bien s'y faire car l'enjeu technologique qui s'engage est de concevoir un appareil de taille moyenne en moins de quatre ans. Paris stupides ou simple vision économique ?

Marque Dandreau

Mercredi 1 Décembre 2010


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