J’avoue ne pas comprendre cette attitude. A qui fera-t-on croire qu’entre compagnies «amies» on n’a pas intérêt à se mettre d’accord pour éviter une compétition sauvage dont les conséquences sont parfaitement visibles. Le transport aérien est devenu une machine à perdre de l’argent tout simplement parce que chaque transporteur ou groupe de transporteurs veulent gagner des parts de marché sur le dos de leurs voisins ? Tout cela à coup de rabais, promotions et manipulations tarifaires.
La sagesse voudrait que personne ne soit amené à vendre en dessous de ses prix de revient. Autrement cela s’appelle de la vente à perte. La pratique est condamnable et ce, devant les Tribunaux. Je trouve donc plutôt une bonne idée que des compagnies se mettent d’accord pour éviter de perdre de l’argent. Après tout, c’est bien là leur vocation.
En quoi l’action de l’Union Européenne à l’encontre des compagnies mentionnées plus haut sera-t-elle bénéfique pour les clients du transport aérien ? En quoi la jungle commerciale protège-t-elle les consommateurs ? Le risque majeur est connu. Les compagnies peuvent disparaitre et laisser leurs clients sur le carreau tout en leur ayant vendu bien avant leur transport des billets non revalidables, non remboursables et non cessibles. En fait, les transporteurs camouflent leurs pertes en faisant de la trésorerie et peu importe les conséquences pour les consommateurs. Voilà bien ce qui est condamnable.
Soyons clairs ! Les pratiques commerciales du transport aérien ont conduit à déconnecter le produit de son prix. Les responsables, au premier rang desquels les représentants de IATA, ont laissé ces pratiques se généraliser. La conséquence est évidente, les clients ne paient plus le vrai prix du transport aérien, la preuve est que les compagnies ne peuvent pas vivre avec les recettes qu’elles engrangent de la sorte. Il est urgent d’apprendre aux consommateurs que voler à 900 km/h et à 10000 mètres d’altitude, que traverser l’Atlantique en 8 heures de vol dans des conditions de sécurité en constante amélioration, cela a un prix et que celui-ci n’est pas payé. C’est tout.
Et je ne vois pas ce qu’il y aurait de répréhensible à ce que la course folle aux bas tarifs s’arrête. Il y va de l’avenir des transporteurs et du secteur d’activité tout entier. Cela ne dispense pas les compagnies traditionnelles de faire l’indispensable travail de réduction des coûts, mais ce n’est pas en tuant les compagnies que le transport aérien y gagnera.
IATA a un rôle majeur à jouer, mais cette grande organisation ne peut le faire que si elle en reçoit le mandat de la part de ses membres et en particulier de ceux qui siègent au «board». J’ai nommé les plus gros transporteurs. Pour le moment tout le monde est tétanisé à l’idée qu’il pourrait y avoir des amendes prononcées pour ententes anticoncurrentielles. Il faut changer cela. Personne ne doit avoir peur d’être condamné pour l’unique raison qu’il a essayé de faire survivre sa société. Les abus de position dominante sont suffisamment traqués pour dissuader de s’y livrer.
Sauf à ce qu’il y ait plainte déposée par une compagnie qui s’estimerait lésée, je ne vois pas pourquoi les fonctionnaires européens se mêleraient des accords entre compagnies aériennes. Le transport aérien a été construit dès la fin de la 2ème Guerre Mondiale sur des accords « Interline » entre les compagnies. Voilà bien qui constitue une entente et voilà bien ce qui a créé le développement de cette activité. Laissons donc en paix ceux qui essaient de s’en sortir. Il y a dans le monde 900 compagnies aériennes régulières. Les rapprochements ne changent rien à ce nombre qui reste constant depuis plus de 30 ans. Les énormes monstres n’ont jamais démontré leur capacité à dégager de meilleurs résultats que les compagnies moyennes. C’est même plutôt le contraire.
Que les gestionnaires européens s’occupent des clients, c’est leur affaire, mais qu’ils laissent vivre en paix les transporteurs, surtout dans cette période troublée.
Jean-Louis BAROUX