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La force de l'obstination


David contre Goliath: l'actualité de ces dernières semaines a démontré que les plus petits n'étaient pas forcément ceux que l'on croit. Et que la force de l'obstination, un front du refus, pouvait parfois payer. Mais pour que cela marche, il faut aussi un effet de timing, un effet de masse et, surtout, une juste cause. Bien relayée. Aïe: dans l'affaire qui me préoccupe ce matin, les usagers de la SNCF contre la compagnie ferroviaire, tous les ingrédients ne sont pas forcément réunis.



Vous me trouverez sans doute bien audacieuse à vouloir comparer les événements de Tunisie ou d'Egypte à la grève des passagers du train, et vous avez sans doute raison. Le vrai point commun de l'affaire, c'est simplement cette histoire d'obstination. Pas un jour sans que les rédactions de France ne reçoivent de communiqué ou slogan de l'AVUC, Association des Voyageurs-Usagers des Chemins de fer, qui porte depuis des semaines la colère de voyageurs, et principalement des voyageurs d'affaires, qui ne veulent plus être pris pour du bétail dans le train. La SNCF a bien senti que le vent de cette colère était mauvais tout à la fois pour son image et pour son business, d'où un accord passé le 21 janvier pour calmer le jeu. Une indemnité forfaitaire et des engagements: la ponctualité du train ne mettra plus en péril les rendez-vous professionnels. Moins d'un mois après, la colère n'est pas totalement retombée, et nous recevons toujours, presque chaque jour, nos petits communiqués. Parfois maladroits, ils peuvent être selon l'humeur accueillis par un "encore ?" ou un mauvais clic. Delete.

La diatribe de vendredi confirmait que le transporteur avait décidé de faire comme les meilleurs stratèges: diviser pour mieux régner. D'un côté les passagers du Mans-Paris, TGV sensible semble t-il. De l'autre ceux du Mans-Angers, Nantes ou Rennes, abonnés du TGV eux aussi, mais pas de la grande vitesse. Ce sont uniquement les passagers abonnés sur parcours LGV qui sont concernés par l'indemnisation à hauteur de 200 € proposée, et le gel de l'augmentation du forfait pour 2011. Les autres attendront une autre négociation, et une rencontre locale pour régler au « cas par cas » les situations. On peut comprendre la SNCF: même si les promesses n'engagent que ceux qui les écoutent, autant s'assurer tout de même de pouvoir les tenir, et il est sans doute plus facile de s'engager sur la ponctualité de lignes précises que pour l'ensemble d'un réseau.

Il reste que certains ont clairement le sentiment d'avoir été floués. Verrons nous encore des abonnés portant gilet "en grève" sur les autres lignes ? Sans doute ! L'AVUC n'a pas dit son dernier mot, les abonnés du TGV moins rapide ou du TER non plus, et d'ailleurs les discussions ne sont pas interrompues. Il reste à savoir si, comme dans toute négociation, l'équilibre entre les négociateurs peut être atteint. Et ce que sera l'attitude des autres passagers, leur degré d'implication ou de lassitude devant des voyageurs qui passent pour des énervés même si, en costume et cravate du voyageur d'affaires, ils n'en ont pas le look.

Hélène Retout

Lundi 14 Février 2011


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