Et pourtant, tout dernièrement, quelques nouvelles ont attiré notre attention.
Tout d’abord EasyJet a perdu de l’argent au premier trimestre de son exercice 2011. Cette nouvelle n’est pas anodine et elle rejoint l’annonce des graves difficultés qu’enregistre Air Berlin. Voilà deux des 3 plus importantes compagnies « low cost » européennes sur la sellette. Est-ce à dire que le modèle commence à s’essouffler ? La question peut légitimement se poser d’autant que Ryanair, l’emblématique transporteur à bas coûts irlandais, n’a pas un modèle comparable aux autres. Au fond, je me demande si les deux compagnies mentionnées plus haut ne sont pas victimes du même syndrome qui a frappé en son temps les « legacy airlines », je veux parler de l’arrogance. Portées par une croissance vertueuse, certes, elles n’ont pas vu venir les réactions de leur clientèle. Celle-ci a commencé à se lasser des contraintes parfois gratuites imposées par ces transporteurs et en particulier EasyJet. Et lorsque les concurrents traditionnels s’alignent sur les prix, les clients n’hésitent pas à revenir vers eux, convaincus qu’ils seront un peu mieux traités.
Vendre et produire à bas prix est certes louable mais pas suffisant à l’époque de compétition acharnée. Il faut encore y rajouter une distribution sans faille qui repose à la fois sur les outils modernes créés autour de l’Internet, mais également sur la profession des agents de voyages. Pour avoir largement négligé ces derniers, les transporteurs low costs se sont privés d’un accès au marché très profitable car les ventes réalisées au travers des GDS sont plus rémunératrices que celles faites via Internet.
Et cela m’amène à relever une deuxième information passée un peu inaperçue me semble-t-il. La compagnie Malev remet en vigueur les commissions versées aux agents de voyages, lesquelles s’échelonneront de 7% à 15% en fonction des tarifs et de la longueur du vol.
Cela fait des années que j’attends ce retour au bon sens. Car enfin, cela constitue la meilleure méthode pour augmenter de façon significative la recette unitaire. Depuis la suppression des commissions, l’action des agents de voyages a consisté à faire une forte pression sur les compagnies aériennes pour faire baisser les prix car elles sont mandatées par leurs clients et non par les transporteurs, et plus les tarifs seront bas, plus elles pourront appliquer des frais d’intervention conséquents. A ce petit jeu, les compagnies aériennes sont les inévitables perdants. Pour améliorer la recett,e point n’est besoin d’un « yield management » très sophistiqué, il suffit que les intermédiaires agréés qui distribuent encore 70% du marché du transport aérien, aient intérêt à tirer les prix vers le haut, ce qui était le cas par le passé. Voilà ce que semble avoir compris Malev. Je ne serais pas surpris que d’autres compagnies suivent le mouvement. Le retour au bon sens est peut-être possible.
Une troisième nouvelle a attiré mon attention : Singapore Airlines, la mythique compagnie long courrier a annoncé le lancement d’une filiale « low cost » long courrier. Cette dernière verra le jour dans un an.
Qui disait que les «low costs » n’avaient aucun avenir en Europe ? Qui disait que les « low cost » long courrier étaient une vue de l’esprit ? Comme tous les sceptiques les grands responsables des compagnies traditionnelles annonçaient que « cela ne marcherait jamais ».
On ne tourne jamais assez sa langue dans sa bouche avant de parler.
Jean-Louis BAROUX