Le Golfe, nouveau centre de gravité de l’aérien

James Hogan, patron de la compagnie Etihad, le dit tout de go : «Les hubs du Moyen-Orient sont les moteurs du changement de l'industrie aéronautique». Ni aplomb excessif si fausse modestie dans cette position : le fait est qu'Etihad construit autour d'elle, depuis deux ans, une industrie aéronautique dont elle est le moteur. Mais elle n’est pas seule, dans le Golfe

Créée en 2003, la compagnie Etihad n’a jamais manqué d’audace, et lorsqu’à sa nomination en 2006 les journalistes pressaient James Hogan de dire à quelle alliance il allait s’adosser, le PDG de la compagnie balayait la question d’un revers de main : «Pourquoi faire ?». Lors de son discours mardi devant l'Association du transport aérien international (IATA) lors du World Passenger Symposium, à Abu Dhabi, la force tranquille du transport aérien a détaillé la façon dont l'attention se déplace des marchés traditionnels et plus établis vers les puissances économiques émergentes au Moyen-Orient, en Asie, en Amérique du Sud et en Afrique. Pour lui, «Dans un monde incertain, le Moyen-Orient est l'une des bases solides pour la croissance de l’aviation».
Le fait est que c’est ce que sa compagnie démontre, en construisant brique après brique autour d’elle des accords commerciaux. Elle compte une quarantaine de partages de codes à elle seule, y compris le tout récent accord avec Air France, et détient 30% d’Airberlin, 40% d’Air Seychelles, 3% d’Aer Lingus et 10% de Virgin Australia. De quoi affirmer sans prétention avoir construit sa propre alliance.
Mais elle n’est pas la seule : Emirates tisse elle aussi sa toile mondiale et Dubaï est devenue la plaque tournante aérienne entre l’Australie et l’Europe depuis la signature du partenariat avec Qantas. Qantas, débauchée pour l’occasion de l’alliance Oneworld, ce qui est un joli pied de nez à l’histoire.
Et le troisième larron du Golfe, Qatar Airways, n’a pas dit son dernier mot : on lui prête des négociations en cours avec British, dont elle a embauché nombre de cadres dirigeants, et serait prête, dit-on, à prendre une certaine place dans Oneworld, y compris pour prendre le relais vers l'Asie et surtout l'Australie.
Il reste à savoir si le Golfe pourra conserver longtemps des frères ennemis sur un si petit territoire. Mais les mouvements en cours prouvent que James Hogan a bien raison : le Golfe est devenu le nouveau centre de gravité de l’aérien. Il a su s’imposer entre l’Europe et l’Asie, bien au-delà de la simple escale qu’il pourrait être. Et le voyage d’affaires bénéficie de cette situation, qui lui offre bien des alternatives pour le choix de sa compagnie.

Annie Fave