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Le plancher de verre des business class


On le sait, l’imagination des hommes est sans appel ! Chaque arrivée d’une nouvelle business class conduit les concurrents à imaginer mieux. Mais dans un avion, si le rêve est permis, la réalité est bien différente. Que peut-on faire de mieux qu’un lit ? Une chambre répond Etihad. Mais qui a besoin d’une chambre pour 6 ou 8 heures de vol ? Et à quels prix ? Bref, imaginer est une chose, concrétiser en est une autre.



Il suffit de regarder les classes avant des années 60 pour voir à quel point le besoin du voyageur a évolué grâce à une offre sans cesse en mouvement. Je ne parlerais pas du cinéma à bord (interrompu à l’époque à la moindre turbulence) et des accoudoirs souples inamovibles, ni même de la couverture en laine parfois grossière qui symbolisait le must d’une nuit réussie en avion.

En 20 ans, la business a évolué au point que les lits et les systèmes de divertissement sont sans arrêt revus au point de transformer le maniement d’un siège en un cours d’ingénierie avancée. Et sans doute ne sommes-nous pas au bout de nos surprises. Les sous-couettes placées sur les sièges sont devenues monnaie courante, tout comme le téléphone et le wifi. Les douches sont arrivées à bord des avions. Seules la table de ping-pong et la piscine annoncées dans l’A380 par la presse restent encore un projet. Et c’est tant mieux.

Que peut-on imaginer aujourd’hui ? Plus de place ? Pourquoi pas mais ce qui voudra dire des billets plus chers. Pas sûr que ce soit dans la logique des choses. Plus de divertissements à bord ? C’est une idée que creusent quelques spécialistes du domaine qui promettent la 3D aux voyageurs avec un niveau visuel et sonore jamais atteint. Plus de souplesse dans l’articulation des sièges ? Etihad aurait dans ses cartons une mousse taillée dans une seule pièce qui s’adapterait parfaitement à la motorisation des fauteuils business. Fini les espaces entre le dossier et l’assise, une sorte de « Voltaire » en plein vol. Le must. L’idée est séduisante mais les experts sont formels : le prix du siège augmenterait de 50 %.

On peut aussi frôler le délire technique. Un plancher en verre (ou un plafond) serait apprécié des voyageurs. Des sièges massant (avec une dizaine de programme) seraient très utiles pour notre confort. Sans oublier le «fauteuil amincissant» qui, via des vibrations mesurées, contribuerait à la musculation et à la perte de poids. J’en rêve déjà. N’en doutons pas, les ingénieurs ne sont pas à court d’idées.

Enfin, la vraie question est plus basique : aura-t-on longtemps besoin d’une business ? Les avions en cours d’étude chez Boeing (et sans doute Airbus) iront chatouiller la stratosphère avec des axes de vol qui nous conduiront à faire un Paris/Sydney en moins de 3 heures. Ne souriez pas, on commence à donner des dates : entre 2025 et 2030. Inutile d’être sceptique, Blériot avait annoncé avec force que « l’aviation était un plaisir qui ne saurait devenir un moyen de transport de masse ». On connait la suite.

A quoi servira alors la business ? A vrai dire, je n’en sais rien. On pourrait imaginer que sa finalité soit d’offrir plus de place pendant un vol… Mais pourquoi faire ? Entre le décollage, l’atterrissage, l’apéro et un film… Nous serons à Sydney. Autant payer le moins cher, diront les acheteurs. Et sur ce point-là, l’histoire est un perpétuel recommencement.

Hélène Retout

Mercredi 9 Juillet 2014


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