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Le retour de la lutte des classes dans le voyage d’affaires


On croyait l’idée abandonnée… Voilà qu’elle ressurgit. Mais attention, la fameuse "lutte des classes" ne revient pas massivement sur le terrain. Juste par petites touches, ci et là. Une façon de rappeler que voyager n’est pas de tout repos et que partir au bout du monde pour 48 heures n’est pas dans la logique des choses. Bref, si on en reparle c’est parce que plusieurs syndicats européens s’insurgent en constatant que les cadres ne récupèrent quasi jamais d’un déplacement professionnel.



«Sois cadre et tais toi», voilà la règle qui prédomine dans les grandes entreprises européennes. Face à la crise, et à la fragilité de l’emploi, beaucoup de salariés se retrouvent dans des situations professionnelles complexes qui mènent au « burn out » à coup sûr. Retour au bureau après une nuit de vol en classe éco, déplacements le week end, voyages d’un jour qui se terminent au plus profond de la nuit... Les exemples ne manquent pas.

«L’entreprise doit avoir confiance dans ses salariés», souligne un cadre d’une grande société de construction qui regrette que la gestion autonome de son temps ne soit pas de mise dans les entreprises. «La notion du résultat à atteindre devrait être préférable à la gestion de la présence dans l’entreprise». Aujourd'hui et pour faciliter la cohésion sociale, l’entreprise a mis en place des règles qui pénalisent fortement les voyageurs d’affaires. «D’autant que pour réaliser des économies, on se retrouve à voyager le dimanche», remarque notre interlocuteur.

Mais une fois le constat posé, la solution est loin d’être évidente. Ici même, notre avocat a rappelé les règles qui prédominent en France, pays où la protection du salarié est l’une des plus évoluées d’Europe. Voilà donc un nouveau sujet de travail pour les associations professionnelles. La reconnaissance des métiers, des fonctions ou des activités ne passe pas seulement par Pôle emploi mais surtout par la reconnaissance des voyageurs au sein même de l’entreprise. L’an dernier, nous avions émis l’idée d’une Journée française du voyage d’affaires. Las, ni l’Europe, ni les Ministères concernés ne s’y sont intéressés. Pensez donc, le voyage d’affaires n'est-ce pas un peu comme les vacances au boulot ? Difficile de faire bouger les mentalités.

Au final, que feront les entreprises si demain les cadres s’opposent aux voyages, faute de récupération ? «Elles ne feront rien car les cadres ne sont pas toujours aimés dans l’entreprise», affirme notre interlocuteur: «Pour une grande part des salariés, nous sommes des privilégiés qui voyageons aux frais de la société. Comment lutter contre cette image?». Inextricable!

Pierre Barre

Mardi 22 Avril 2014


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