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Partir ou rester ?




Agaçantes, ces études destinées à nous donner mauvaise conscience. Exaspérantes, même. La dernière, émise par la Direction des Etudes Economiques et de l’Evaluation Environnementale (D4E) du Ministère de l’Ecologie affirme que 6% des émissions de Gaz à Effet de Serre de l’année 2006 proviennent des déplacements touristiques français (transports internationaux inclus). Un chiffre qui s’élèverait à 8% si l’on prenait en compte les GES causés par le tourisme d’affaires.

Première observation, je m’interroge sur la manière dont les calculs sont réalisés. Je sais bien que nos édiles ont certainement recruté de savants ingénieurs, mais je crains qu’il n’y ait des évaluations faites plus à la louche qu’à la petite cuillère. Par exemple un autocar qui amène 55 représentants en séminaire sur la côte d’Azur, on le compte certainement dans les dépenses de GES du tourisme d’affaires. Le camion qui apporte la nourriture pour les nourrir, on le compte dans quoi ? La voiture de la femme de chambre qui va faire les lits de leur hôtel, tourisme ou activité économique ? Et celle du garçon qui est venu en repérage pour l’incentive ? Passons. Figurez-vous que l’étude évoque les activités sur les lieux de séjour, et pas seulement les déplacements. La plongée sous-marine, voile ou surf sont les plus pointées du doigt par l’étude, de même que les visites sur les sites naturels. Par contre, le ski et autres activités hivernales en montagne (rares en incentive, mais bon) seraient les plus respectueuses de l’environnement, grâce entre autres aux nombreux déplacements en train pour se rendre sur les stations.

De qui se moque t-on ? Et l’impact de la neige artificielle (qui a un joli nouveau nom, « neige de culture »), les remontées mécaniques, moins polluantes que le surf ? A force de pointer exclusivement les Gaz à Effet de Serre, on finit par perdre le nord de la boussole écologique ! Le quad en Parc naturel sera bientôt plus écolo qu’un séminaire au fond d’une cave, puisqu’on y sera venu en train et non en voiture !
L’étude y va encore et toujours de son couplet sur l’aérien, puisque chacun sait qu’il est très facile de faire un aller-retour à pied pour un rendez-vous d’affaires à Pékin, et bien entendu, n’évalue absolument pas les effets positifs de ce mode de transport pour désenclaver l’économie de pays dépourvus de routes comme le Zaïre ou Madagascar. Et, clairement, souligner les effets du tourisme d’affaires dans l’activité mondiale, c’est négliger l’effet levier de l’économie sur le développement humain.

Oui, vraiment agaçant de voir telle ou telle activité dénoncée pour donner mauvaise conscience : tant qu’on n’aura pas envisagé les effets positifs –et négatifs- des activités humaines dans leur globalité, au lieu de détailler des mesurettes, rien ne sera efficace. Ne vaudrait-il pas mieux demander à chacun de mesurer son « empreinte écologique », pour reprendre le terme, plutôt que de dénoncer telle ou telle activité ? Chacun devant sa glace, sa chaudière et ses fenêtres qui fuient, il y a du boulot !

Annie Fave

Au fait, il existe parmi d’autres un petit site bien fait pour calculer cette fameuse « empreinte écologique» de la vie quotidienne, www.climatmundi.fr

Jeudi 27 Mars 2008


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