D’un autre côté, les agences de voyages souhaiteraient être protégées, elles aussi, contre les défaillances des compagnies aériennes, et ces dernières ne sont pas si rares. Et lorsqu’elles arrivent, elles sont brutales. Pour ce faire, il faudrait un fonds de protection lequel pourrait être alimenté par une très faible cotisation des compagnies aériennes, de l’ordre de 0,50 dollar par billet émis, somme qui d’ailleurs pourrait être rajoutée dans le pot des innombrables taxes réclamées aux passagers par les compagnies aériennes. Or ces dernières menées par les très grands groupes refusent avec grande obstination de laisser IATA monter une telle protection au motif que les grandes compagnies ne sauraient être mortelles. Et que voit-on ? Dernièrement l’un des plus importantes et certainement l’une des plus arrogantes vis-à-vis des agents de voyages : j’ai nommé American Airlines, a du se mettre sous la protection du « Chapter 11 » américain, autrement dit, elle a déposé son bilan. Certes la législation américaine est plus souple que la française et une discussion avec le Juge commissaire permet de sélectionner les fournisseurs à payer et ceux qui ne le seront jamais. Dans ce cas, il est évident qu’American Airlines a choisi de payer le système « Interline » qui règle les transactions entre les compagnies aérienne via le Clearing House.
Notons que IATA, en appliquant les règles décidées par les grandes compagnies qui avaient peur des petites, s’est empressée de demander une garantie bancaire à American Airlines pour protéger les autres transporteurs. Ce n’est que justice.
Ce qui me frappe au fond est l’absence de dialogue entre les agents de voyages et les compagnies et même plus, le manque d’affection voire de respect que les uns ont pour les autres. Les compagnies aériennes considèrent au mieux les agents de voyages comme un mal nécessaire dont il faut essayer de s’affranchir car, pensent-elles, ce circuit de distribution n’a aucun effet positif sur le chiffre d’affaires des transporteurs. De leur côté, les agences de voyages se plaignent de leurs relations avec les compagnies aériennes qu’elles considèrent au mieux comme un produit indispensable à distribuer et qui ne leur fait plus gagner d’argent depuis l’arrêt des commissions. De plus les agences s’estiment désarmées vis-à-vis de leur relation avec les compagnies qui représentent tout de même bon an, mal an, plus de 50 % de leurs sources de revenus.
Les discussions sont très difficiles à enclencher car les compagnies aériennes se sont organisées mondialement avec IATA alors que les agences de voyages ont une représentativité atomisée. Ainsi les transporteurs ont toujours, dans leur rapport de forces avec leurs distributeurs, un grand avantage : celui de la puissance. Le SNAV ou l’APS peuvent tout au plus tenter de faire un lobbying amical auprès de IATA car ils ne représentent que 1,7% du marché mondial. Difficile alors de faire prévaloir, voire même entendre son point de vue. Certes l’ECTAA qui agit à un niveau européen peut avoir plus de crédibilité, mais il lui manque les moyens financiers pour agir de manière efficace et ce en dépit de l’action tenace de son Délégué Général Michel de Blust.
Ce qui se passe entre les compagnies et les agences de voyages se passe également entre les transporteurs et les aéroports. Régulièrement IATA et même les compagnies individuellement se plaignent des services aéroportuaires trouvés trop chers et peu performants et les aéroports s’indignent du peu de fidélité que les compagnies aériennes leur manifestent alors qu’elles réclament des investissements à très long terme.
Il existe bien dans chaque pays des organismes représentatifs des compagnies aériennes (BAR) ou des aéroports (ACI) et des agents de voyages (SNAV). Se rencontrent-ils formellement ou non? Jamais !
Il serait temps que les uns cherchent à comprendre mieux les autres… pour le bénéfice des clients qui les font tous vivre.
Jean-Louis Baroux