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Quel avenir pour la GBTA France ?


Après avoir évoqué il y a quelques mois l’avenir de l’AFTM en France, et après l’accord signé entre la GBTA et la CDAF, il était logique de s’interroger sur l’avenir français de cette association très implantée aux États-Unis et qui a su séduire dans le nord de l’Europe des groupements comme l’allemand VDR ou au Sud l’espagnol IBTA.



«Concrètement, avec la CDAF, nous nous devons d’échanger sur des problématiques achats génériques mais également sur ce qui fait notre savoir faire, la gestion des voyages et du mobility management», explique Ludovic Provost,  vice-président de la GBTA France et ancien directeur du développement des achats au groupe La Poste qui ajoute: «Nous pouvons donner aux acheteurs de la CDAF des clés concrètes et pratiques pour faire évoluer leurs connaissances sur le voyage d’affaires». Une vision que défendait encore il y a quelques années la CDAF avec un comité des acheteurs voyage du CAC 40, auquel appartient par exemple Lucien Isnard d’EDF. Mais l’idée de thématiser les achats, qui se développe à nouveau à la CDAF, démontre l’intelligence de la structure des acheteurs en faveur de sujets pointus, pas forcément simple à analyser et à décortiquer. De fait, la signature avec la CDAF, si elle est suivie dans les faits par un partage total des adhésions d’une structure vers l’autre, et la participation de membres aux bureaux exécutifs des deux structures, est un coup magistral pour le monde des achats voyage. Les intérêts sont évidents. Outre la documentation et le savoir-faire de la CDAF, associé aux quelques publications francophones de la GBTA, c’est un tissu de plus de 1600 acheteurs qui se met ainsi en place. Un benchmark exclusif et unique qui devrait permettre à la GBTA France de s’implanter un peu plus dans le monde du voyage d’affaires.

Il reste, qu’à ce jour, la problématique financière de l’adhésion à la GBTA France reste entière. Avec 250 € de cotisation annuelle, peu de Travel manager se sentent concernés et peu d’entreprises acceptent de rembourser ce qui pourrait a priori apparaître comme un investissement. Malheureusement, la faiblesse actuelle du programme de la GBTA ne saurait justifier l’implication des sociétés dans la prise en charge de l’adhésion... Sauf avec la nouvelle vision CDAF et les changements que va entraîner ce regroupement. Et ce, malgré les 360 euros demandés aux adhérents individuels par la CDAF. Et pour porter cet accord, qui mieux que celui qui l’a initié, Ludovic Provost, pour apporter le regard politique indispensable à l’exercice de la profession? «Je reste aujourd’hui persuadé qu’il est important d’avoir un regard sur l’activité professionnelle propre mais au-delà sur ce que nous pouvons apporter aux acheteurs et aux voyageurs dans la spécificité du voyage d’affaires. Il y a un rôle politique essentiel à jouer, une image à défendre et un dialogue à instaurer avec l’ensemble des institutions».

Le bonheur est-il dans l’union associative? Les relations, souvent cordiales, entre l’AFTM, la GBTA ou Marco Polo, sont loin d’être placées sous le signe d’un bleu profond. Les désaccords sont nombreux, et les egos parfois exacerbés empêchent toute vision réaliste de l’avenir. Là est désormais l’autre difficulté à gérer. Aucune des associations, qui dépendent fortement de leurs sponsors, ne saurait exister sans avoir une spécificité forte qui va au-delà d’un dîner débat ou de quelques rencontres annuelles. Il faut désormais entrer de plain-pied dans l’univers du développement thématique. L’AFTM l’a bien compris en s’ouvrant vers l’Europe malgré un acronyme qui l’enferme dans une vision francophone. D’autant que pour développer l’Europe, il faut des idées et des moyens. Aujourd’hui, si les moyens ne sont pas encore au rendez-vous pour permettre le choix d’un cabinet de lobbying, les idées sont là, encore un peu balbutiantes et mal définies mais elles ont au moins le mérite d’exister et d’être portées par d’autres associations européennes.

Eviter le bal des egos

Ludovic Provost, artisan de l'accord avec la CDAF
Ludovic Provost, artisan de l'accord avec la CDAF
Il reste que la lecture de la composition du board français de la GBTA laisse perplexe. Et pour cause, deux des acheteurs majeurs présentés sur le site ne sont plus aujourd’hui actifs en raison de mutation professionnelle ou d’un changement d’activité au sein de leur entreprise. Vitold Horodecki - qui a en charge le voyage Capgemini - est aujourd’hui installé au Canada où son périmètre a été fortement élargi. Idem pour Sabrina Alcabas dont la mission au sein de la société générale a elle aussi évolué en dehors du voyage. Enfin, on peut également s’interroger sur la fonction réelle de la présidente France, Carole Poillerat, qui a quitté son poste chez AstraZeneca au bénéfice d’une mission à la Société Générale qui, selon nos sources, va ou serait terminée. Les rumeurs laissent entendre que la présidente pourrait rejoindre le groupe Egencia dont le patron Jérôme Fouque entrerait lui au board France. Attendons avant d’affirmer. Dernier point noir, la forte présence de représentants du MICE au sein d’une association d’acheteurs dont la finalité reste le Travel au sens premier du mot. Au final, c’est un comité directeur français très orienté «fournisseurs» qui gère à ce jour les activités de la GBTA France. C’est l’un des reproches formulés contre l’AFTM qui a également privilégié les sponsors sans s’ouvrir à l’ensemble de la profession.

Pour l’artisan de l’accord signé avec la CDAF, Ludovic Provost, il est évident que tout cela doit rapidement évoluer faute de limiter l’intérêt d’avoir signé avec la compagnie des dirigeants et acheteurs de France (CDAF). Mais au-delà, Ludovic Provost devenu le secrétaire général de la Commission supérieure du service public des postes et communications électroniques, présidée par le député Jean Launay «souhaite que le bureau de l’association ne soit pas un tremplin pour des évolutions personnelles mais bien le reflet d’une problématique achat qui existe fortement dans le monde du Travel management». Une vision partagée par les quelques acheteurs membres de la GBTA France.

Il est très difficile de dissocier la GBTA France de l’organisme international implantée aux États-Unis à Alexandria. D’autant que la mission première de la GBTA s’est vite transformée en une concurrence financière forcenée avec Acte qui, globalement, suit les mêmes voies et adopte les mêmes méthodes. «Nous sommes dans des structures anglo-saxonnes où la notion associative n’est pas la même que celle existante en France et dont les règles sont extrêmement strictes en matière de revenus financiers» expliquait il y a quelques années Paul Tilstone, grand ordonnateur de l’action européenne de la GBTA. Au cours d’une réunion à laquelle assistait Abdelaziz Bougja de Veolia, alors mandaté par l’AFTM pour étudier les modalités d’entrée de la structure française dans le réseau GBTA (au final ce sera ACTE qui a été retenue), Paul n’a pas caché que «les moyens financiers étaient indispensables à la tenue d’une structure réaliste qui travaillerait efficacement pour le travel management». La fin de l’expérience associative tentée par Yann le Goff et Jean Pierre Drioux, a permis l’arrivée de la présidente actuelle pour laquelle un défraiement s’est mis en place rapidement, au grand dam des administrateurs précédents. Voilà pour l’histoire. Et après ?

Le passé est vite balayé par Stanislas Berteloot, Directeur Marketing de KDS pour qui le développement des associations est une force dans le monde du voyage d’affaires, trop souvent négligé par les entreprises. Et Stanislas de poursuivre «chaque rencontre chaque réunion, chaque échange entre professionnels et fournisseurs est une source d’enrichissement». Mais la vision financière ne doit pas faire oublier que toutes les associations qui souhaitent valoriser le métier (dépassé pour certains) de travel Manager oublient fortement la dimension achat et les problématiques rencontrées par les voyageurs eux-mêmes. Le silence assourdissant à l’occasion de la grève SNCF en juin dernier, ou le constat poli suite à la grève des pilotes d’Air France,  a démontré qu’il était complexe de «mordre la main qui nourrit». Dernier point : aucune structure n’évoque cette « défense des travel managers et de leurs voyageurs » pourtant jugée essentielle par le Think Tank Marco Polo qui pense que tout doit être fait pour aider les professionnels du domaine à évoluer. Voilà pour le décor, regardons maintenant l’avenir.

Une GBTA mieux implantée ?

Peut-on dire aujourd’hui que la GBTA est désormais bien implantée en France ? Non pas vraiment. Mais on peut affirmer qu’elle vient de jeter les bases d’un pont qui devrait lui permettre de s’installer durablement dans le monde des achats avec plus de solidité qu’auparavant. Mais la GBTA devra passer d’autres écueils. Ses prévisions annuelles sont souvent le fruit d’une réflexion au doigt mouillé qui reflète peu ou pas la réalité économique des pays qui sont analysés. On l’a vu ces dernières années, les hausses sectorielles annoncées étaient bien au-delà de la réalité des marchés. Il faut donc désormais que la GBTA puisse s’associer en France avec des cabinets d’études solides et sérieux. Plusieurs consultants sont déjà sur les rangs pour se rapprocher de la GBTA France. Mais il faudra éviter que le choix soit basé sur l’affectif plus que sur l’efficacité.

Voilà donc une partie du cahier des charges qui va s’imposer tout naturellement à la GBTA France. Pourra-t-elle en développer le contenu dans sa forme actuelle ? Certainement pas. L’association devra très vite être protée par un président ou une présidente charismatique qui ne soit pas issu(e) du monde des fournisseurs, et dont la légitimité est inattaquable. Elle devra également faire l’effort d’être politique, de regarder vers les grands sujets des Travel management et non pas par le petit bout de la lorgnette du Mice. Enfin, elle devra définir très clairement le regard qu’elle porte sur les voyageurs et l’assistance qu’elle peut leur apporter via les acheteurs… Sans oublier, et c’est primordial, les relations qu’elle aura avec les structures politiques de ce pays. C’est au prix de ces transformations que la GBTA France existera réellement dans le paysage national. Une ambition qu’elle a sans doute aujourd’hui mais qui est encore loin d’être confirmée.

Marcel Lévy

Dimanche 16 Novembre 2014


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