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Jeudi 14 Juin 2012

Rio sous tension avant la conférence RIO+20



Vingt après le sommet sur le Développement Durable à Rio, les dirigeants de monde entier se retrouverons la semaine prochaine dans la métropole brésilienne pour la cinquième édition de cette réunion. Officiellement la réunion aura lieu du 20 au 22 juin mais d'ores et déjà un "off" débute ce vendredi à Rio. Les mesures de sécurité sont prises et peuvent affecter les voyages d'affaires sur place. Le point avec le groupe Géos qui vient de publier un article à ce sujet dans sa newsletter.



Rio sous tension avant la conférence RIO+20
La conférence internationale « Rio+20 » devrait réunir plus de 120 chefs d’Etat et 70 000 visiteurs autour du thème de « l’économie verte » dans le contexte du développement durable et de l’éradication de la pauvreté, à Rio mercredi prochain.
Cet événement met en exergue deux défis majeurs que le Brésil, endossant désormais les rôles de leader régional et de nouvelle puissance mondiale, devra relever. Le premier réside en la capacité des autorités à assurer la sécurité des participants et la bonne tenue du Sommet alors que la criminalité à Rio demeure un sujet d’inquiétude. Le second est directement lié à la protection de la forêt amazonienne, au cœur de l’actualité politico-sociale brésilienne, qui divise militants écologistes et lobbies agricoles.
A cette occasion, un renforcement des mesures de sécurité donc a été mis en œuvre par les autorités locales: plus de 20 000 membres de la police civile et militaire seront dépêchés à Rio. Ainsi, les zones abritant des conférences – Riocentro, Arena da Barra et Parque dos Atletas (Barra) ; Pier Mauá et Galpão da Cidadania (Santo Cristo) ; Quinta da Boa Vista (São Cristóvão) ; Aterro do Flamengo (Flamengo) –, ainsi que l’aéroport international de Rio, seront placés sous haute surveillance.
Au regard de ce déploiement exceptionnel des forces de police, la criminalité devrait être largement contenue tout au long de cette période. Toutefois, les délinquants devraient profiter de l’effervescence de la foule pour procéder à des actes de criminalité d’opportunité (pickpocketting, vols, agressions armées,…etc.).
Par ailleurs, une telle mobilisation policière à Rio pourrait affecter la situation sécuritaire des villes situées en périphérie ; amoindries de leurs effectifs des forces de sécurité, ces localités présentent en effet une marge de manœuvre intéressante pour les délinquants.
En vue de la tenue du Rio+20, et plus largement des événements sportifs internationaux de 2014 et 2016, les autorités de Rio ont intensifié ces derniers mois leurs efforts pour stabiliser les favelas de la ville.
En effet, à la fin du XXème siècle, Rio était considérée comme l’une des villes les plus violentes de la région. L’inaction du gouvernement, dont les priorités étaient cristallisées par la recherche d’une stabilité économique au lendemain de la dictature militaire, avait profité aux organisations criminelles qui se sont implantées dans les favelas et y ont développé des réseaux de trafic d’armes et de drogue. La situation géographique du Brésil, limitrophe d’Etats également concernés par ces problématiques (Colombie, Venezuela, Bolivie), a par ailleurs favorisé les activités de narcotrafic et donc consolidé les factions criminelles qui apparaissent aujourd’hui extrêmement bien structurées.
La présence de ces factions, conjuguée à l’absence d’un contrôle étatique, a induit un environnement sécuritaire local dégradé, tant au sein-même de ces zones qu’en périphérie. Le recours à la violence, comme moyen de contourner les défaillances du système judiciaire, s’est généralisé au sein-même des favelas, justifiant ainsi le taux élevé d’homicides que présentent ces zones.
Dans ce contexte et alors que le Brésil entendait accueillir la Coupe du Monde de football de 2014 et les Jeux Olympiques de 2016, le gouvernement de Lula a impulsé la mise en œuvre d’une stratégie sécuritaire ambitieuse qui consiste à sécuriser les favelas en y dépêchant des forces de police spéciales. Au total, 19 favelas ont été « pacifiées » depuis le lancement de cette opération en 2008. Si cette politique ne prétend pas résoudre de façon pérenne les problématiques socio-sécuritaires brésiliennes, elle permet néanmoins de crédibiliser l’image du pays à l’échelle internationale.
La tenue de ce Sommet, sera en outre l’occasion pour les groupes environnementalistes brésiliens de faire entendre leur voix. Les polémiques concernant l’adoption d’un Code forestier controversé – qui selon ses détracteurs mettrait en péril la forêt amazonienne – ont donné lieu le mois dernier à la tenue de mouvements sociaux. Si la chef de l’Etat a opposé un véto partiel, les inquiétudes persistent et semblent galvanisées par la montée de l’agro-banditisme. En effet, les dangers liés à l’activisme environnemental sont réels au Brésil : 5 militants ont été tués en un mois dans l’Etat du Para l’an dernier. Au total, 1000 activistes ont été assassinés au cours des 20 dernières années dans l’ensemble du pays tandis que seules 15 condamnations ont été effectivement prononcées. Les grands propriétaires terriens sont généralement à l’origine de ces attaques ; néanmoins, la faiblesse de l’appareil judiciaire dans l’Etat de Para favorise l’impunité de ces crimes.
Aussi, des manifestations de militants écologistes pourraient être observées en marge de ces conférences. Toutefois, en dépit de la sensibilité du thème dans les régions amazoniennes du pays, les risques d’évolution en violences paraissent limités à Rio.

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