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Sécurité routière, quand l’État confond réglementation et comportement


Voilà donc la dernière lubie de l’un de nos ministres, réputé pourtant sérieux et précis, j’ai nommé Bernard Cazeneuve. Son idée ? Passer la vitesse de 90 à 80 km/h sur les routes après une période d’essai sur des voies peu représentatives de la circulation en France. En oubliant que plus de 50% des déplacements professionnels se font en voiture, le Ministre croit répondre aux attentes des associations routières. Mais lesquelles ?



Comme aurait pu l’écrire Monsieur de La Palice, le meilleur moyen d’éviter les accidents de la route serait de supprimer les routes et les voitures ! Mais face à ce que rapportent en taxes diverses et variées nos chères, très chères bagnoles, pas de risque de voir le pays se débarrasser de ses voitures.

Si personne ne peut nier qu’un accident de voiture peut ruiner sa vie ou celle d’autrui, il faut se méfier des lobbyings associatifs, pris aux pièges du toujours plus. Et encore, le pluriel est de trop pour souligner le travail, très approximatif, de l’Association contre la violence routière qui publie des chiffres comme les enfants font des bulles !

Selon l’association, relayée par le gouvernement, passer de 90 à 80 km/h permettrait de sauver 400 vies ! Qui a fait le calcul et sur quels critères ? Il suffit de voir les résultats mensuels de la Prévention Routière pour comprendre que les statistiques reposent sur les conditions météo du mois passé, la hausse ou non du prix de l’essence, sans oublier les « ponts » pourvoyeurs de cadavres routiers. Bref, seule la peur du gendarme et de l’amende à fait baisser ma mortalité avec les limites que l’on voit aujourd’hui.

Car en fait, si la vitesse à effectivement un rôle à jouer dans les chiffres de mortalité, il faut d’abord l’associer aux comportements des automobilistes. Il est fréquent désormais de voir de petits bolides - souvent pilotés par de jeunes conducteurs - franchir allègrement une ligne blanche ou doubler dans un virage à risque. Impatients, ils n’aiment pas attendre et le compteur, à vue d’œil, frise souvent les 120 ou 130 Km/h sur des routes limitées à 60 ! Alors que la vitesse soit à 90, 80 ou 70 cela ne changera rien aux comportements de ces chauffards ! Ils continueront !

Et que dire des sanctions retenues contre les conduites en état d’ivresse qui occasionnent la mort d’enfants ou d’innocents installés dans un abribus ? Bien que criminels, ils sont très rarement condamnés à des peines de prison ferme… Même en cas de récidive. Selon les chiffres du Ministère de l’intérieur, ils seraient moins d’une vingtaine en 2014 à avoir tâté de la geôle après une conduite sous effet d’alcool ou de cannabis. Et l’exemple est loin d’être isolé, avec un conducteur sur 6 qui conduirait sans permis ou sans assurance, on mesure mieux les effets pervers du permis à point. Et si demain les tribunaux condamnaient tous ceux qui auraient perdu leur papier rose ou oublié leur vignette verte sur le pare brise… Il faudrait construire en urgence plus de 143 prisons pour les accueillir !

Alors pour se donner bonne conscience, faut-il punir toute une population ou repenser les sanctions contre les comportements à risque. A l’évidence vous aurez trouvé la réponse. L’État, visiblement non !

Notre gouvernement, si prompt à nous citer l’Allemagne ou les Pays du Nord, ferait bien de s’en inspirer. Plusieurs pays de la Communauté Européenne ont relevé la vitesse maximum sur certains tronçons, reconnaissant que la surveillance donnait de meilleurs résultats que des décisions hâtives appliquées à tous et que les chauffards ignorent et ignoreront, quelle que soit la sanction.

Et pourtant la solution est simple : ne pas limiter les vitesses mais installer des outils qui analysent le comportement, un peu comme les compteurs dans les camions qui notent tout ce que le chauffeur a fait sur 24 heures ou plus. D'autres solutions existent, il serait trop long de les détailler une à une.

Enfin, la stupidité de l’expérience réside dans le fait qu’elle ne sera véritablement analysée qu’en 2017, date à laquelle aucun candidat à la Présidence de la république n’ira proclamer son intention de limiter encore plus la vitesse sur nos routes. Monsieur Cazeneuve a-t-il anticipé les résultats de 2017 ? On pourrait le croire même si, raisonnablement, au risque de me répéter, s’attaquer aux comportements est plus important que diminuer la vitesse.

Pierre Barre

Lundi 11 Mai 2015


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1.Posté par Pierre le 12/05/2015 09:26
Bien vu et bien résumé. Le comportementalisme se fout des règles établies.
Et le tout répressif a ses limites. On voit bien que la quadrature du cercle est complexe et difficile à régler mais commençons par nous attaquer aux comportements avant de chercher comment punir 40 millions d'automobilistes qui, à 90 % respectent les règles.
Pierre

2.Posté par Fanfan le 12/05/2015 10:36
Jolie analyse .Les décisionnaires feraient mieux d'écouter le bon sens du peuple plutôt que d'écouter les ayatollahs de la LCVR et ses experts autoproclammés .