Le barman était d’époque. Désabusé, pieds plats et sourire uniquement si le pourboire était suffisant. Pourtant on s’y retrouvait entre habitués. Loin de la foule de l’étage au dessous. Loin des annonces, des sonneries des portiques, des cris d’enfants ou des aboiements de chiens laissés pour compte dans leur cage plastique. Désuet mais cosy comme un vieux fauteuil anglais. C’était l’endroit idéal pour passer les alertes à la bombe. Même la police qui faisait évacuer l’étage inférieur oubliait l’existence du bar américain. On y sirotait son drink avec le frisson de se dire : et si cette fois c’etait une vraie bombe ?
Dans le temps on y fumait. Le cigare de préférence. Dernièrement on y accédait même au wifi. Il y régnait une atmosphère délicieusement décadente qu’on partageait entre happy fews. C’etait un peu notre bar du Ritz à nous, les Hemingway au petit pied, les aventuriers de la Navette. Quand le dernier vol était en retard, on faisait le siège du bar, dernier havre de civilisation dans un Orly fermant plus tôt qu’à son tour. Qu’importent les passagers ordinaires laissés morts de soif et de faim.
Les barmen ont certes bien mérité de prendre leur retraite. Mais un moment de l’histoire de l’aviation disparait avec eux. Les habitués ne se consoleront pas avec les self et autres briocheries de l’étage inférieur. C’était l'époque où la brasserie était un restaurant géré et appelé : Maxim’s. Si je vous le jure! Les enfants ne le croiront jamais.
Paupérisation quand tu nous tiens… La disparition du bar américain, personne n’en parlera. Il méritait pourtant cette petite oraison funèbre. Certes je ne suis pas Bossuet. Mais lui était tellement peu américain.
Michel Yves Labbé*
* Michel Yves Labbé est un professionnel du tourisme qui dès 15 ans à commencer à arpenter le monde. Vous pouvez le suivre sur son blog
Myletunvoyages. Fondateur de Directours, il a profondément changé la vision du voyage dans le grand public.