Le premier quotidien du voyage d'affaires et des déplacements professionnels





Lundi 15 Octobre 2012

Voyage d’affaires : la bataille des low-cost se jouera au sol


Alors que les compagnies régulières se précipitent sur les modèles low cost, les low cost, elles, regardent du côté des régulières. Même Ryanair se demande s’il n’y aurait pas quelque chose à faire pour le corporate Travel et Easyjet a clairement franchi le pas. Aux USA comme en Asie, la plupart des nouveaux projets parlent de différenciation de classes voire de service. Germanwing devrait le faire pour Lufthansa et la filiale européenne d’Air France conservera des offres ciblées pour séduire les voyageurs d’affaires.



On peut raisonnablement se demander ce qu’est aujourd’hui une bonne compagnie aérienne. Le prix est pour beaucoup d’acheteurs essentiel. Le réseau est important. La fréquence et le volume des rotations indispensables. A terme, le court et moyen courrier répondra à ces règles «low fares» et il sera difficile de différencier les compagnies entre elles. Il suffit de regarder les prix pratiqués par Ryanair ou Easyjet sur les déplacements d’une journée ou de dernière minute pour arrêter de sourire en les comparant avec Air France. Bref, cette normalisation en marche va poser le problème de la différenciation. Sans salon au sol, avec des accès prioritaires qui n’en sont peu ou pas, et seulement une banque d’enregistrement dédiée (à l’époque de la dématérialisation)… Rien d’excitant. Autant le dire, le risque nous guette de voir le transport aérien n’être qu’un éternel recommencement dans cinq ou dix ans. Imaginons, en 2016, Easyjet en difficulté avec deux ou trois autres compagnies sur des destinations très concurrentielles. La tentation d’attirer le client avec un ou plusieurs nouveaux services jaillira dans l’idée des responsables du marketing. Et si les concurrents faisaient la même chose ? On recréera lentement mais sûrement les «compagnies régulières» d’aujourd’hui avec des coûts d’exploitation énormes.
Si on en reste au basique, c'est-à-dire «no services» au sol comme en vol, seul le prix pilotera. Et là, danger ! Faute de bénéfices, on ne pourra tenir sur des lignes très concurrencées que ce soit en loisir et en corporate. Et pouf, finies les low cost triomphantes d’aujourd’hui. Les régulières fortes de leurs gains retrouvés sur le long courrier auront les moyens stratégiques (et financiers) de déstabiliser les low cost. Retour à la case départ. Méfions nous donc des idées toutes faites sur le transport aérien. En ce moment, les jeux se font, et se déferont, les positions se prennent mais ne sont pas gravées dans le temps. Comme le dit un proverbe chinois «On ne peut sourire éternellement sans prendre le risque de se coincer les lèvres».

Hélène Retout



Notez