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Mercredi 15 Juin 2011

Air France, Airbus : l'étendard est levé



Patriotisme économique : le mot est lâché, et c’est Air France qui fait les frais de ce relent protectionniste mais sélectif, avec des pressions venant de l'Assemblée jusqu'au Gouvernement. L’ancienne compagnie nationale pensait peut-être avoir coupé le cordon : la fronde lancée par près de 150 députés sonne comme un rappel au bercail. En cause, la fameuse «méga-commande» d’avions que doit passer Air France dans les semaines à venir, et pourrait en partie échapper à Airbus, au profit de Boeing. Si l’ampleur de cet achat massif d’appareils long-courriers – une centaine tout de même – semble faire perdre la tête à beaucoup, les ambitions nationales n’en restent pas moins limitées. A l’heure de la mondialisation, des fusions en cascade entre les compagnies aériennes, qu’en est-il donc de ce patriotisme économique dans l’aérien ? Doit-on – et peut-on – contraindre une société privée à voler "made in France" à tous prix ? Air France est-elle encore une compagnie nationale ? Autant d’interrogations qui fragilisent une posture certes défendable, mais qui relève peut-être autant de l’intérêt économique que du symbole, et de politique.



La mondialisation a généralement bon dos, et le dogme du libre-échange permet de couper court à de nombreux débats. Pourtant, certains domaines résistent encore et toujours à l’envahisseur, comme dirait l’autre. Et l’aéronautique fait régulièrement figure de point sensible. Intérêt national, patriotisme économique : c’est bien souvent dans les airs que de telles expressions ressurgissent, en France comme ailleurs. Les compagnies low-cost ne sont pas dupes , et dénoncent régulièrement les subventions plus ou moins officielles, plus ou moins directes, accordées aux compagnies dites «nationales». Pourtant, que reste-t-il de ces compagnies étendard dans un contexte de fusions à outrance qui brouille les cartes ? Vous connaissiez Air France, British Airways, Iberia, autant de noms qui affichent la couleur nationale ? Je vous présente Air France-KLM et IAG. Actionnaire à 15% de la compagnie, l’Etat peut-il donc encore se permettre de jouer les responsables des achats ? Et, si tel était le cas, le forcing pour Airbus est-il si «franchouillard» ? Le constructeur lui-même, en dépit de ce qu’avancent certains «patriotes économiques», n’est pas l’apanage du drapeau tricolore. Le constructeur aéronautique est avant tout européen, et les emplois espérés ou menacés peuvent tout autant concerner la France, l’Allemagne, plus généralement l’Europe, mais aussi… les Etats-Unis, en poussant la logique, puisque certaines pièces sont bien fabriquées de l’autre côté de l’Atlantique. Dès lors, l’achat d’appareils Airbus par Air France semble relever du symbole. Un symbole certes important, mais qui détourne l’attention de considérations plus pragmatiques pour une compagnie qui, si elle n’est plus nationale, est tournée toutes voiles dehors vers des objectifs économiques. Dans un contexte où le carburant, en particulier, a pris une importance déterminante, est-il finalement judicieux de mettre en avant des valeurs patriotiques, au détriment de critères pratiques qui détermineront l’avenir de la compagnie à moyen terme ? D'autant qu'Airbus semble avoir de bons arguments, en particulier sur ce point.

Si Air France devait être garant de cet intérêt national, pourquoi ne pas confier au Ministre des transports le choix du programme de la compagnie, pour desservir les aéroports de province soumis à la pression des compagnies low-cost, et contribuer ainsi au développement des Régions ? Une fois encore, le secteur aérien chamboule les rapports de force, et pousse l’Etat à monter au front. Après tout, c’est de bonne guerre, et les États-Unis, pour ne citer qu’eux, ne se privent pas de faire valoir la préférence nationale, en particulier dans des temps difficiles. Comme d'autres en période pré-électorale. Il reste donc à sortir de ce jeu hypocrite, et définir clairement quelles sont les chasses gardées des États, et à quelles conditions. Ou laisser faire le marché, et faire taire la "ballade des gens qui sont nés quelque part" ?

Florian Guillemin


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