Air France, un big bang pour la fin des dinosaures ?

Si j'en crois Wikipedia, "le Big Bang est un modèle cosmologique utilisé par les scientifiques pour décrire l'origine et l'évolution de l'Univers". Autant dire que c'est ce l'on attend désormais de la compagnie tricolore, privatisée mais surveillée par l'Etat. Pour les acheteurs comme pour les voyageurs d’affaires, les promesses de changement annoncées sont des points positifs. Pour les salariés, c’est souvent le contraire.…

Ce qu'il y a de terrible lorsqu'une compagnie aérienne réfléchit à sa réorganisation, après des années de crise, c'est la période d'incertitude qui règne autour de l'avenir de l'entreprise. Généralement, rien ne filtre réellement des projets dont on s’attend à ce qu’ils changent le quotidien de l’entreprise. Mais la rumeur, qui naît souvent en interne pour se terminer sur le bureau des journalistes est souvent cruelle. Pour les uns, la chasse aux sorcières est engagée. Pour les autres, l'avenir sera encore plus beau qu’imaginé. Dans les deux cas, la déception sera au rendez-vous.

Air France peut-elle se réformer en profondeur ? Sans doute si l’on en croit les propos tenus en interne. Comment changer ? Seul Benjamin Smith a un début de réponse. Dans tous les cas, les Hollandais du groupe seront attentifs aux évolutions. Pas question pour eux de tout accepter sans broncher. Le patron de KLM, Pieter Elbers, candidat malheureux mais exigeant à la succession de Jean-Marc Janaillac ne veut pas être le dindon d’une farce qu’il n’aurait pas concoctée. Pensez donc, il voulait rester patron de KLM tout en dirigeant le groupe. Refusé. Les relations, loin d’être au beau fixe entre les deux dirigeants, sont au centre des discussions actuelles sur la gouvernance.

La gouvernance, voilà le bon sujet. Tous les dirigeants sont-ils efficaces ? Ben Smith a décidé de commanditer un audit d’efficacité du comité exécutif. En clair, il aura des arguments pour mettre au placard les potentiels incompétents (l’expression se met aussi au féminin). Et à ce petit jeu du départ programmé, les avis vont bon train. A la direction commerciale, à l’exploitation comme à l’opérationnel ou à la technique, on sait déjà que la chaîne de décision sera réduite, plus compacte pour être plus efficace. Y aura-t-il des départs ? Certainement, mais jeter des noms en pâture n’a aucun sens d’autant que personne ne connaît la réalité chiffrée du ménage possible. Gageons qu'ils ne partiront pas les mains vides mais les cartons pleins.
Dans la série des grands chantiers, la CGT tout comme Sud ou la CFDT craignent une forte réduction des personnels au sol (aujourd’hui près de 26 000) au profit d’une sous-traitance optimisée que ce soit dans les escales ou en France même. Toujours promptes à réagir, les organisations professionnelles auraient même déjà travaillé à des scénario de crise. On ne prête qu’aux riches. Les pilotes, eux, se disent prêts à discuter intelligemment. Finie l’ère Evain où le jusqu’au-boutisme l’emportait sur la stratégie à long terme. Mais pour un pilote, le temps n’a pas la même valeur que pour un patron de compagnie. Déjà, on évoque les horloges du changement.

Dernier volet, la refonte tarifaire et la gestion des destinations. La politique intelligente des contrats internationaux sera-t-elle poursuivie. Plutôt que de multiplier les destinations, parfois peu rentables, s’appuyer sur les partenaires est une idée commerciale forte. Et pour les Américains, comme Delta, la relation avec Air France apporte beaucoup dans l’Hexagone comme aux USA. Même son de cloche chez les Chinois de China Eastern qui aimeraient qu'Air France aille plus vite dans sa vision asiatique. Il serait suicidaire de remettre en cause cette approche même si pour beaucoup l’indépendance de la compagnie est essentielle.

Reste à envisager le calendrier. Les premiers contours de la réforme seront abordés fin janvier avec une première présentation au Conseil d'Administration d'ici au 15 février. Une fois peaufinée, l’ensemble sera soumis à la réflexion du personnel avant une présentation solennel par Ben Smith suivie de la traditionnelle conférence de presse du groupe. Une fois sur le tarmac, le projet d'Air France mettra les gaz pour un décollage effectif avant avril 2019.

Baisser les coûts, homogénéiser la flotte, réduire le personnel et se doter d’une organisation plus resserrée pour plus d’efficacité. Tous les experts crient déjà au génie. Reste qu’en France, le génie se heurte souvent au social. Si Ben Smith sait comment devenir Aladin, il sera le maître du monde de l’aérien en Europe. Reste à trouver le chemin de la lumière ! Pardon, de la lampe.

Marcel Lévy
Ai-je besoin de vous dire que ces propos engagement que moi et ne reflètent en aucun cas la position de la (très sérieuse) rédaction de DéplacementsPros - Merci également à Alphonse Daudet de m’avoir laissé détourner le titre de l’une de ses œuvres les plus connues