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Dimanche 20 Janvier 2019

Air France vers le renouveau



Sans en avoir l’air, Ben Smith est en train de transformer radicalement la compagnie nationale. Oh certes, il prend des précautions, mais les changements sont déjà nettement perceptibles.



Jean-Louis Baroux
Jean-Louis Baroux
D’abord, la paix sociale. Curieusement, les syndicats de pilotes ont signé avec la direction un accord très semblable à celui qu’ils avaient refusé à Jean-Marc Janaillac, ce qui avait entraîné le départ de ce dernier. Le changement dans la direction du SNPL à la suite des élections de décembre n’y est sans doute pas pour rien. Je note en passant que le précédent président, Philippe Evain, a eu toutes les peines à se faire réélire presque en dernière position. Il s’est dit fier de son bilan et il est sans doute bien le seul.

Puis, la modernisation de la direction d’Air France. La précédente direction ne pouvait plus rester en place compte tenu des circonstances. Elle a été sacrifiée, j’espère avec de confortables indemnités, car au fond Franck Terner a fait tout son possible pour faire bouger les lignes. Hélas, sans y parvenir. La nouvelle Directrice Générale, Anne Rigail, a plusieurs mérites : elle est d’abord jeune : moins de 50 ans, ce qui est tout à fait nouveau, elle a de plus fait tout son parcours professionnel dans le transport aérien où elle a occupé beaucoup de postes à responsabilité aussi bien dans le domaine de l’exploitation que dans la relation clients et, enfin, elle est la première femme à occuper un tel niveau de responsabilité chez Air France. Voilà qui va nous changer des fonctionnaires nommés par le gouvernement et qui ne s’étaient jamais affrontés aux réalités du terrain.

Et puis, Ben Smith a fait un constat de bon sens : le groupe Air France est devenu au fil des années une véritable usine à gaz. On a créé de nouvelles compagnies pour occuper de nouveaux créneaux de clientèle ou d’exploitation, que ce soit dans les pseudo charters, les low-cost ou l’aviation régionale, sans jamais en liquider une. En fait, on a petit à petit créé un mille feuilles, comme d’ailleurs le gouvernement français l’a fait en particulier dans l’empilage des réglementations liées au droit du travail ou à l’établissement de l’impôt. Cela a abouti pour le groupe Air France-KLM à la gestion d’une dizaine de compagnies aériennes : KLM, City Hopper, Transavia Hollande, Martinair pour ce qui concerne le côté batave et Air France, Transavia France, Joon, Hop, Britair, Régional et Airlinair pour la partie hexagonale. Certains transporteurs tels que Transavia France, en particulier, n’ont été créés que pour des motifs annexes au transport. Dans le cas précis, c’était pour occuper les créneaux de l’aéroport d’Orly. Ben Smith s’est attelé à la très lourde tâche de la simplification du groupe. Il a commencé par Joon dont il faut bien le dire, personne ne savait bien à quoi la compagnie pouvait servir même si les équipages commerciaux étaient parmi les plus dynamiques du groupe.

Enfin, il a clairement indiqué la direction de son action : faire du groupe Air France-KLM le meilleur transporteur européen, capable de rivaliser avec les compagnies les plus prestigieuses telles que Singapore Airlines, Emirates ou Qatar Airways. Voilà qui est très sensé. Il n’est plus question d’être les plus gros, et d’ailleurs à quoi cela servirait-il ? Être les meilleurs, c’est à la portée de la compagnie nationale. Mais ce ne sera pas simple car le gap est encore très important par rapport aux meilleurs des concurrents. Le produit Air France n’est tout simplement pas de niveau pour ce qui concerne les classes avant des appareils. Or, c’est cette clientèle qui amène le revenu le plus intéressant. Sauf que pour aller la conquérir et, disons-le, la reprendre aux compagnies citées plus haut, il faudra des moyens considérables. Et, c’est bien là le problème. Le groupe est plombé par une dette très lourde qu’il traîne depuis une dizaine d’années. Certes Jean-Marc Janaillac a diminué l’endettement mais au prix de l’entrée de Delta Air Lines et de China Eastern au capital. Ne doutons pas que ces deux partenaires voudront dire leur mot dans la gestion. Delta Air Lines s’est d’ailleurs opposé à la nomination du premier postulant, choisi par le comité des nominations, au poste occupé aujourd’hui par Ben Smith.

Il faudra beaucoup d’investissements pour refaire toutes les cabines Business et Première des longs-courriers, et non pas la moitié comme c’est le cas actuellement. Et puis, il faudra bien aussi que les tarifs appliqués par Air France au départ de la France soient compétitifs avec les concurrents, tout au moins quant au rapport qualité/prix. Ce n’est pas le cas pour le moment.

Voilà du pain sur la planche pour le nouveau dirigeant. Il semble que le gouvernement français a décidé de lui ficher la paix. Tant mieux et… bon vent à Air France-KLM


Jean-Louis Baroux


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