Airbus, la force tranquille

Rien de tel qu’une visite chez Airbus pour vous remonter le moral quant à l’avenir du transport aérien. Certes il n’est pas question de tout voir, une journée d’ailleurs n’y suffirait pas et puis il y a certainement des petits secrets que la société ne souhaite pas dévoiler et elle a bien raison. Mais ce que j’ai pu en voir m’a très fortement impressionné.

Airbus, la force tranquille
Tout d’abord bien sur, la chaine d’assemblage du A 380, ce paquebot des airs. L’usine Jean Luc Lagardère qui abrite cette partie d’Airbus est tout simplement le plus grand bâtiment industriel du monde. Et il le faut bien car il s’agit d’assurer le montage et la finition de 4 appareils lesquels sont livrés en pièces détachées. Cet avion est en lui-même colossal, mais présenté en petits bouts il est encore plus impressionnant. Le choix d’Airbus est de faire les voilures en Grande Bretagne, la partie centrale du fuselage en Allemagne, la dérive en Espagne, le cockpit dans le nord de la France et de ramener tout cela à Toulouse pour le meccano final. Cette stratégie, d’ailleurs copiée maintenant par Boeing, a été faite pour bénéficier de la meilleure expertise dans chaque partie de la fabrication de l’appareil. Rajoutez les moteurs en provenance de Rolls Royce ou de General Electric/Snecma et le train d’atterrissage fait aux Etats Unis pour une part chez Goodrich et cher Messier en France pour la « roulette » avant et vous aurez une idée de la complexité de l’opération.

Pour tout dire, je reste totalement admiratif devant le montage d’un tel outil, la performance intellectuelle que réclame cette organisation et la qualité industrielle mise en œuvre sans compter la mise au point d’une logistique sans faille car comment tenir les délais de fabrication si un seul des maillons de cette fantastique chaîne vient à être défaillant ? Et puis cet avion est d’une complexité sans égale, pour tout dire hors normes, et il a bien fallu imaginer des solutions originales pour la quasi-totalité des composantes y compris le remplacement du métal par des matériaux composites beaucoup plus légers et résistants. Je ne connais rien à la technique, je l’avoue bien volontiers, raison de plus pour laisser mon admiration s’exprimer.

D’autant plus que le résultat est là. Le plus gros appareil civil en service est également le moins bruyant, le moins polluant, le plus confortable, le plus économique à exploiter, bref le plus performant dans tous les domaines, un peu comme l’était en son temps le si fameux Boeing 747 qui fait encore les beaux jours de nombre de compagnies aériennes.

Mais ce n’est pas tout. Airbus possède également une salle de présentation de toutes les cellules de ses appareils en maquettes grandeur nature. C’est ainsi que l’on peut voir non seulement les aménagements possibles de la gamme actuelle d’Airbus 320 y compris dans une version « exécutive », mais également le futur A 350 et bien entendu le A 380. Je retiens de cette présentation que si les clients sont parfois maltraités par les compagnies aériennes, ce n’est certainement pas la faute du constructeur qui propose toutes les gammes d’aménagement cabine et toutes sortes de sièges plus confortables les uns que les autres. Au fond les intérieurs des appareils sont dessinés par chaque compagnie, y compris des éclairages, l’écartement des sièges, les sièges eux-mêmes. Airbus, comme d’ailleurs son concurrent Boeing propose des aménagements en Classe Affaires de toute première qualité avec bien entendu des sièges-lits plats et non « presque plats ». Certaines compagnies ont même installé dans leur » première classe » des mini suites comprenant à la fois un siège et un lit. Ainsi plus besoin de déplier son siège pour dormir. Tous ces aménagements pourraient laisser rêveurs les passagers entassés dans des cabines dans lesquelles on a voulu faire entrer un maximum de sièges. Nul doute d’ailleurs que certains transporteurs équiperont le A 380 en près de 1000 sièges alors que dans sa version actuelle de 540 sièges il est vraiment confortable pour les clients. Mais que ne ferait-on pas pour vendre moins cher, encore moins cher !

Je retiens également de cette visite une grande confiance dans le développement du transport aérien dans les années futures, car pourquoi consentir de tels efforts et faire de tels investissements si ce constructeur majeur n’était pas convaincu du doublement du transport aérien d’ici 15 ans et cela arrivera peut-être encore plus tôt. Dès lors il faut bien de nouveaux et plus gros avions pour pallier la congestion des aéroports. Encore faudra-t-il que ces derniers adaptent leurs équipements à ces nouveaux appareils. Il ne suffit pas de voyager confortablement, encore faut-il que les prestations terrestres suivent ce progrès.

Et il y a encore beaucoup à faire en ce domaine.


Jean-Louis BAROUX