Berlin, capitale d’Europe

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C’est un paradoxe. L’Allemagne qu’on imagine d’une totale académie, d’une exemplaire rigueur, d’un sérieux désespérant, s’est choisie un phare sur lequel souffle en permanence un vent de folie. Berlin, 4 millions d’habitants éparpillés sur un domaine huit fois grand comme Paris, juxtapose sans complexe les genres et les audaces. Remarquable.

Berlin, capitale d’Europe
Le plus grand chantier d’Allemagne touche à sa fin. Ici et là, un bouquet de grues, une poignée de baraquements et quelques rues interdites à la circulation témoignent bien qu’il reste encore des finitions à apporter au grand œuvre. Mais grosso modo, Berlin a enfin son visage du troisième millénaire. La capitale de l’Allemagne réunit donc désormais le gouvernement, les administrations et les institutions fédérales, des quartiers où la longue histoire de la ville est gravée dans la pierre, d’immenses parcs, jardins et plans d’eau qui ont, de tout temps, fait son immense agrément, d’autres quartiers où l’avant-garde a depuis longtemps installé ses ateliers de création, des avenues commerçantes, une île étonnante où sont rassemblés plusieurs musées qui font référence au plan international, des repaires soignés pour ambassades élégantes… Sans oublier les places et les avenues démesurées, reste de cette poudre aux yeux que le bloc communiste jetait à l’Occident lorsqu’il risquait un œil par-dessus le mur. Total : 23 quartiers.
A priori, cette juxtaposition de tout et de son contraire, conduit droit au chaos urbain. Pas à Berlin où les harmonies naissent justement des confrontations, s’enrichissent des oppositions. Voilà qui en fait une très respectable capitale d’Allemagne, mais tout autant une capitale de la musique techno (plus de 1,5 million de ravers chaque juillet à la techno parade), des Verts, des gays, de l’art et peut-être bien de l’Europe.
Il est vrai que la belle tient son rang depuis des siècles. Fleuron de la Prusse impériale durant trois siècles, orgueil du Reich pendant 45 années, ville en ruine au lendemain de la Seconde guerre mondiale, plaie entre Est et Ouest, matérialisée par un mur de béton long de 45 kilomètres, puis cri de liberté, immense, poussé le 9 novembre 1989, à coup de pioche, de larmes et de poèmes. Tous disaient : « plus jamais ça ».
Berlin, capitale d’Europe
Depuis, ce ne fut qu’euphorie, métamorphose et renaissance. Mur mis à bas, réunification de l’Allemagne et retrouvailles entre Berlinois. La ville a retrouvé son unité et ses ors, grâce à tous les grands noms de l’architecture qui ont été mis à contribution : Norman Foster pour dessiner le parlement (emballé par Cristo, juste avant que les députés y fassent leur entrée), Renzo Piano pour le quartier Daimler-Benz et place Marlène Dietrich, Helmut Jahn pour le Sony Center, immense espace de loisirs, Daniel Libeskind pour le musée juif, Pei (musée historique), sans oublier Jean Nouvel, Franck O.Gehry, les Portzamparc… Excusez du peu. Mais le résultat est là, flambant. Tout n’est pas réussi mais même des réalisations les plus contestables, émane quand même l’envie. Les immeubles de verre reflètent les façades séculaires et les jardins fleuris côtoient les galeries marchandes éclaboussées de néons. Et bravo à ceux qui ont exigé que la verdure de Berlin, elle est omniprésente, ne soit pas sacrifiée d’un seul arbre ou mètre carré.
Résultat, si Berlin n’a pas la flamboyance de New York, le côté compact de Paris ou le tonus de Londres, la ville joue sur tous les tableaux à la fois et offre au final une sorte de cocktail façon Europe, auquel ses habitants ajoutent l’essentiel, le plaisir d’y vivre.

Marc de la Vaissière
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A faire, à ne pas faire…

  • L’immensité de la ville oblige à prévoir des déplacements en taxi ou à envisager la location d’une voiture (conduite aisée, avec respect scrupuleux de la réglementation routière et des zones de stationnement). Le réseau des transports en commun est toutefois très efficace
  • Les effusions latines n’ont guère la cote en Allemagne. Poignée de main, franche, plutôt qu’accolade
  • Pour les rendez-vous, extrême ponctualité exigée, tradition allemande oblige
  • Pour le vêtement, inutile de jouer dans la subtilité : costume et cravate jusqu’à 18 heures car la journée de travail se termine ici relativement tôt. Faire honneur à l’élégance française n’est jamais interdit
  • Pratiquement tous les cadres et dirigeants d’entreprises parlent l’anglais. De même, pour le personnel administratif d’encadrement, celui des boutiques, hôtels, restaurants, l’anglais est couramment pratiqué.
  • Attention : Berlin est une ville de politique et d’administration. Les ténors de l’industrie allemande ont leur adresse du côté de Francfort ou de Stuttgart
  • Le petit déjeuner est invariablement copieux (charcuteries, fromages, confitures et différentes sortes de pains). En revanche, le déjeuner est léger. En fin de journée, le bock de bière ou le verre de vin blanc assure la meilleure des convivialités entre collègues, partenaires ou amis.
A VOIR SI VOUS AVEZ.....

Une heure
Rendez-vous porte de Brandebourg, le cœur vibrant et historique de Berlin, son arc de triomphe. Juste devant, passait le mur. D’un côté, Alexander Platz, l’immense esplanade qui accueillait les défilés militaires de la RDA, de l’autre, l’allée sous les Tilleuls, Unter von Linden (1,4 km de long), l’une des plus jolies promenades de la ville.

Une journée
Commencez avec une escapade savante sur l’île des Musées. Flottant sur la Spree, elle accueille cinq musées. Le buste polychrome de Néfertiti, la plus célèbre des pièces antiques de Berlin, est provisoirement installé au Musée de Pergame. Ensuite, promenade sur Alexander Platz et sur Unter von Linden. C’est l’heure du shopping, côté boutiques de marque ou bien sur les trottoirs qui accueillent fréquemment une sorte de marché aux puces improvisé. Le soir, cap sur Scheunenviertel « le quartier des granges » où tous les bobos convergent pour fréquenter bars trendy, galeries d’avant-garde, restaurants à la mode…

Un week-end
A ce qui précède, ajoutez Le château de Charlottenbourg, résidence des rois de Prusse, ainsi que le quartier très animé dessiné à ses pieds, le Kurfürstendamm (prononcer Ku’damm) qui regorge de boutiques, bistros, cinémas et restaurants. Pour une escapade romantique, pousser main dans la main jusqu’à Posdam, aux portes de Berlin, et le château Sans Souci qui garde la mémoire de Frédéric II.
Pratique

Y aller. Air France (tél. : 36.54 et www.airfrance.fr, Lufthansa (tél. : 0.826.10.33.34 et[www.lufthansa.fr, EasyJet (www.easyjet.fr. Le vol dure un peu plus d’une heure.

Heure. Pas de décalage horaire.

Argent. L’euro.

Se renseigner. Office national du tourisme (tél. : 01.40.20.07.46 et www.allemagne-tourisme.com.