Christophe Peymirat, Egencia: «Toute concurrence technologique nous est profitable»

Il y a deux secrets bien gardés dans le monde : la recette du Coca Cola et le volume d’affaires d’Egencia en France. Si la TMC parle constamment de succès en Europe, il est difficile de mesurer les résultats de l’entreprise qui ne publie pas ses résultats. Son volume d’affaires est estimé à 700 millions d’euros dans l’Hexagone, un chiffre qui placerait la TMC au 5ème rang de l’offre française, derrière Amex, CWT, Selectour Afat et Manor. Un positionnement contesté par Egencia qui s’annonce en 3ème place sans pour autant justifier ce classement.

Le «tout technologique», voilà l’atout majeur d’Egencia qui s’est créée autour de sa maison mère, Expedia. Il y a quelques années, cette filiation n’était pas forcément mise en avant. Aujourd’hui, c’est le contraire et la force globale d’Egencia repose sur la capacité du groupe à développer les technologies. «Posséder et maîtriser de bout en bout les outils technologiques, c’est un atout majeur pour nous», souligne Christophe Peymirat, vice-président senior d’Egencia EMEA. Mais au-delà, la TMC reste prudente sur les efforts de ses concurrents. «Nous avons mis en place depuis des années des process technologiques que d’autres découvrent tardivement», remarque Christophe Peymirat, «La concurrence ne nous empêche pas de nous positionner sur un marché où l’on ne doit pas seulement parler de coûts mais de qualité de service». A quelques jours des grandes vacances, regard sur l’actualité et la vision d’Egencia sur l’avenir du voyage d’affaires. Une rencontre complétée par le regard de Jérôme Fouque, Vice President, Managing Director France.

DéplacementsPros: On voit se développer une très forte concurrence sur les outils technologiques du voyage d’affaires. Qu’en pensez-vous?

Christophe Peymirat: L’ADN d’Egencia a été développé il y a une dizaine d’années autour de sa capacité à gérer, via des outils technologiques, les problématiques d’achats de voyages des entreprises. Mais au-delà, il fallait aussi mettre en place une qualité de services capables de séduire à la fois le voyageur et l’acheteur. C’est ce que nous faisons depuis l’origine de la TMC.
N’oublions pas qu’au début de l’entreprise, tout se faisait par téléphone ou par fax. Notre force a été d’imaginer très tôt une vision digitale de l’achat de voyages pour le Corporate. Nous avons bousculé cette vision et obtenu des taux d’adoption en ligne qui vont bien au-delà des chiffres du marché. On peut considérer que tout cela est naturel mais le fait d’être nos propres développeurs, de posséder notre propre technologie et de la faire évoluer chez nous est une arme que personne d’autre sur le marché ne possède.

Jérôme Fouque: Je peux vous assurer que lorsqu’un client téléphone pour une demande particulière, le fait de maîtriser l’ensemble de la chaîne est appréciable. Nous n’utilisons pas de support externe ou de renvois vers d’autres interlocuteurs. Tout est intégré ici, à la Défense.

DéplacementsPros: Au-delà de la technologie, quels sont les points que vous travaillez?

Christophe Peymirat: Il est quand même important de souligner qu’en Europe, nos clients utilisent à 85 % le On Line contre 50 % en moyenne sur le marché. Cela veut dire qu’ils obtiennent sur leurs écrans l’ensemble des informations nécessaires à leurs déplacements. C’est un gain de temps évident. Au-delà de ce chiffre, ce sont les process mis en place qui permettent à l’utilisateur d’aller à l’essentiel, que ce soit en matière de réservation, de gestion des problèmes ou d’anticipation en cas de modification du déplacement. Nos conseillers voyage sont présents à toutes les étapes des demandes clients. Nous avons veillé à ce que le niveau de service autour du voyage soit le meilleur possible. C’est une réflexion voyageur qui soulage l’acheteur et lui permet d’être en confiance avec nous.

DéplacementsPros: Vous évoquez souvent le mariage du monde des loisirs avec celui du voyage d’affaires, pourquoi?

Christophe Peymirat: Parce que c’est une réalité. Nous le constatons tous les jours. Les passerelles entre le monde du loisir et du business sont en train de se réduire, ce qui veut dire que les habitudes de voyage sont-elles aussi en train de s’uniformiser, et ce quelles que soient les générations. Nous appartenons un groupe qui est leader dans l’univers du loisir et qui a développé des outils essentiels pour la bonne marche d’un déplacement. Lorsque nous utilisons les avis des voyageurs ou le savoir-faire hôtelier du groupe, nous proposons une vision extrêmement précise de ce qui fera un déplacement professionnel. Nous offrons à l’ensemble de nos clients une stratégie d’analyse des marchés qui permet de mieux maîtriser le produit que l’on souhaite acheter et d’avoir autour toutes les informations dont on a besoin. Il est désormais acquis que les voyageurs, particulièrement bien habitués à maîtriser un déplacement privé sur Internet, voudront avoir les mêmes outils pour leurs voyages d’affaires.

Jérôme Fouque: On le voit aussi au moment de choisir des hôtels. Quand un voyageur va sur TripAdvisor, (NDLR : une société sortie du groupe en 2012 pour éviter des liens commerciaux trop visibles avec Expedia), pour vérifier la qualité de sa chambre d’hôtel, son emplacement et les services qu’il propose. Il le fait dans les deux univers sans se demander s’il y a une frontière entre le loisir et le corporate. Nous intégrons l’ensemble de ces besoins dans nos offres.

DéplacementsPros: Vous croyez beaucoup à la mobilité dans le monde du voyage d’affaires?

Christophe Peymirat: Non seulement nous y croyons mais nous avons développé des outils adaptés à cette mobilité. Avec TripNavigator, nous proposons une « mini agence » de voyage dans le smartphone du voyageur. Nous lui proposons des informations sur ses voyages, sur son hôtel ou sa destination. Il est informé des portes de départ, des retards éventuels et il peut, toujours sur le mobile, réserver et modifier les éléments de son voyage avec une validation à distance de l’acheteur. C’est réellement une TMC dans son téléphone. Aujourd’hui, si l’on en croit les études, le mobile pèse entre 25 et 27% du marché. C’est un chiffre qui correspond bien à ce que nous constatons chez nous.

Entretien réalisé par Marcel Lévy.