Comment parler de ses voyages à sa famille ou à ses collègues ?

Comment parler de ses voyages sans éveiller des jalousies ou créer des problèmes au sein de sa famille ? Personne n’a aujourd’hui de réponse toute faite sur un sujet, jugé difficile par ceux et celles qui voyagent pour leurs affaires.

« Je pars une semaine en Chine pour le travail». La phrase est lancée et les ennuis commencent. Un grand voyageur doit faire preuve d’une organisation et d’une diplomatie sans faille pour annoncer un voyage d’affaires à ses proches, que ce soit à la maison ou au travail. Il faut jongler entre absence, sentiment d’abandon, jalousie et envie.

« Si vous êtes seul, sans enfant ou que votre progéniture a quitté le nid familial ne venez pas vous plaindre d’avoir à partir en voyage d’affaires » explique d’emblée Henri Claye, psychologue d’entreprise « Je dis aux cadres qui viennent ronchonner dans mon bureau qu’ils sont des enfants trop gâtés et qu’ils ne se rendent pas compte que voyager, c’est casser les habitudes quotidiennes ». Pour autant, les voyages professionnels sont généralement mal vécus par la famille. « Bien sûr, partir c’est donner le sentiment d’abandon à ceux qui nous sont proches » poursuit Henri Claye « Mais cela peut aussi devenir un enrichissement à condition de bien le vivre, de bien l’expliquer et d’en montrer les bienfaits au retour ».

Pour cet homme de l’art, il faut séparer les deux univers que sont la maison et le travail. « Dès que les dates d’un voyage sont fixées, annoncez-le à votre famille et prévenez votre entourage, comme vos parents ou vos amis proches. Une situation qui donne du temps pour en discuter avec les enfants, commenter les points positifs et agréables comme les points négatifs de ce voyage. Les esprits seront préparés ce qui permettra à chacun de prévisualiser votre absence et aussi votre séjour », explique Christophe Réville, coach en psychologie du travail, fondateur du site Internet www.psycho-travail.com.

Pour les experts, il faut toujours réagir en fonction de l’âge des enfants, du niveau d’indépendance du conjoint et de la fréquence des déplacements. Une réaction qui saurait être à géométrie variable. La famille à besoin de repères fixes et ce en toute circonstance. « Un enfant en bas âge matérialise plus difficilement le départ de sa mère que celui de son père. Il faut donc apprendre à préparer son absence en tenant compte de ces liens affectifs » poursuit Henri Claye « Jusqu’à dix ans, le départ est vécu comme un moment de flottement familial. Il faut donc limiter l’inconnu au maximum. Chez les très jeunes enfants, j’ai vu une maman préparer à chaque départ un calendrier du voyage. Une enveloppe par jour à ouvrir, une photo à découvrir, un texte à lire ou à faire lire, le tout associé à un bonbon avec à l’arrivée un cadeau souvenir du voyage. C’est la fameuse notion du nombre de dodos entre le départ et le retour ».

Mais ne croyez pas que chez les ados la situation sera plus simple. Absence veut dire indépendance. A treize ou quatorze ans, c’est presque un plaisir que de se retrouver seul avec maman ou papa. « On a vu des pères, plus laxistes et mois habitués à la pression des ados, lâcher la bride pendant le voyage de maman » commente Henri Claye « et de fait chaque voyage était attendu avec impatience car signe de liberté. C’est très dangereux de modifier le comportement familial parce que l’un des deux parents est absent. J’insiste toujours sur un point essentiel : même loin vous êtes des parents, ne l’oubliez pas. Téléphonez, vérifiez, contrôlez. ».

>>> Loin des yeux, loin du cœur !

Comment parler de ses voyages à sa famille ou à ses collègues ?
On le comprend, bien préparer son enfant avant son départ est essentiel. La chose la plus importante est d’être honnête avec l’enfant et de lui dire pourquoi vous partez et pour combien de temps. De jeunes enfants pourront penser qu’ils sont responsables de votre départ parce qu’ils n’ont pas été sages. Il faut donc prendre le temps, d’expliquer par des mots simple son travail et de commenter ce que vous ferez pendant l’absence. Beaucoup de signes sont apaisants pour les enfants. « Faire les courses avec les gamins et préciser que c’est pour préparer l’absence de maman ou créer une carte des voyages avec à chaque déplacement un petit drapeau épinglé » commente Henri Claye. Et tous les experts sont formels : un parent qui voyage loin flatte l’image de l’enfant chez ses amis. Un journal en chinois rapporté d’un séjour professionnel fait facilement de l’effet dans la classe !
Faites-lui vivre votre voyage, montrez-lui sur une carte la région où vous allez résider. Encouragez-le à faire des recherches sur cette destination. L’enfant se verra d’une certaine façon inclus dans le voyage et non mis de côté.

Un séjour au-delà d’une journée, comme c’est souvent le cas lors d’un voyage professionnel, oblige à découcher ce qui aggrave l’angoisse. Encore une fois, communiquez. Faites-leur voir les photographies de votre chambre d’hôtel pour qu’ils visualisent l’endroit. « Voir permet de se faire une représentation du départ, de l’absence et du séjour et de se préparer mentalement », soutient Christophe Réville. Avant de partir, prenez le temps de dire au revoir à votre famille. Si le vol est très tôt le matin, dîtes au revoir à vos enfants la nuit d’avant. L’enfant va pleurer au moment du départ. Il est important de ne pas s’éterniser. Bien souvent, cette crise de larmes ne sera que passagère.

>>> Envie ou jalousie ?

Le parent qui reste à la maison peut ressentir une envie certaine, voire une petite jalousie en voyant son époux partir à l’autre bout de la terre, même dans le cadre de son travail. Envie, et frustration. « On confond trop souvent voyage d’affaires et voyage tout court, voire vacances ! » explique Pierre Soutrie, de PS consulting, une société en charge de l’optimisation fonctionnelle des déplacements professionnels « Celui ou celle qui reste se dit qu’il ou elle aurait bien visité la ville pendant la période de travail du conjoint et que le soir, il était facile de se retrouver pour profiter à deux des lieux. C’est une vision idyllique et irréaliste. Une confusion entre voyage et tourisme d’affaires ». Un déplacement de travail a ses contraintes, ses règles et ses obligations. Mélanger l’utile à l’agréable est plus que dangereux pour l’efficacité. « Oui mais… » précise Pierre Soutrie « partir et laisser sa famille c’est reporter les contraintes familiales sur l’autre. De là naît la rancœur et le sentiment d’injustice. On a vu des divorces se déclencher après une ou deux absences du foyer familial ».

C’est pourquoi, quelques jours avant le départ, il faut anticiper les tâches que vous avez l’habitude d’effectuer pour que l’autre ne se voie pas confier des missions supplémentaires.

>>>> Et les collègues

Comment parler de ses voyages à sa famille ou à ses collègues ?
Le voyage d’affaires est toujours perçu par les employés d’une entreprise et par la famille comme une chance de voir du pays pour l’heureux élu. Dans voyage d’affaires, on retient souvent beaucoup plus le mot « voyage » que le mot « affaires ». Vos proches pensent que le fait de voyager pour le travail fait de vous un globe-trotteur en quête de plaisir, de destinations exotiques, de découvertes et de rencontres. « Le voyage d'affaires est souvent décevant, et toujours sous stress. Il est souvent un miroir aux alouettes : partir le dimanche midi pour être à l'heure à sa réunion de lundi matin, arriver à J.F.K à 23 h locales, passer une douane tatillonne en faisant deux heures de queue, arriver à l'hôtel vers deux heures du matin, mal réveillé, pour s'apercevoir que le site Internet de l'hôtel montrait des chambres de grand luxe alors qu'on a un lit de soixante centimètres de large », raconte avec humour, mais réalité, Christophe Réville.

Conclusion prônée par tous les spécialistes : ne dites rien sur vos voyages, vos déplacements. Rassurez-vous vos collègues se chargeront de commenter vos séjours voire de les enjoliver ». La théorie du silence sur les voyages n’est pas nouvelle. Déjà au début des années 80, les formations professionnelles à la gestion d’équipe évoquait cette approche relationnelle au sein de l’entreprise. « Ne rien dire et bien le dire » affirmait Hert Benst, le gourou de l’époque. De fait, les voyages d’affaires peuvent s’avérer un véritable poison concernant les relations avec vos collègues.

>>>> Retour au bercail

Comment parler de ses voyages à sa famille ou à ses collègues ?
Les déplacements à l’étranger vont de pair avec fatigue physique- avion, décalage horaire et rythme effréné- et fatigue morale – stress, travail. Malgré cette fatigue bien compréhensible, les derniers efforts doivent surtout être accomplis au retour. Il va falloir raconter, à grand renfort d’anecdotes et de photographies, le voyage à la famille, aux collègues et aux amis. « Prenez du temps, consacrez de l'attention à ceux qui vous ont attendu et qui ont souffert -même inconsciemment- de votre absence », conseille Christophe Réville. Celui qui pense à bien raconter ses voyages en retirera tous les bénéfices : au lieu de passer pour un monstre d’égoïsme, il aura le beau rôle, celui du globe-trotteur qui partage ses expériences.

Il est parfois difficile de revenir dans la vie quotidienne et de reprendre sa place au sein de la famille. Certains jeunes enfants vont vous faire payer votre absence en vous faisant la tête, par mécontentement. Ils vont vous faire subir ce qu’ils ont subi lorsque vous étiez absent. Pas de quoi s’alarmer : cette frustration ne va durer qu’un moment. Les enfants agissent différemment en fonction de l’âge. Les plus grands vont tout de suite vous poser mille questions et surtout vouloir leurs cadeaux, que vous aurez achetés à la boutique de l’aéroport ou à l’hôtel. Au bureau, n’insistez pas sur les problèmes, la fatigue, le retard ou le patron qui vous demande toujours plus de travail. « Jouer le misérabilisme vous fera perdre toute crédibilité auprès des autres au sens large : ils auront toujours le sentiment à peine voilé que, quand même, vous avez eu bien de la chance », analyse Christophe Réville.

Communiquer avant, pendant et après reste la meilleure solution pour que votre voyage d’affaires ne devienne pas une affaire d’état à la maison et au travail. Parlez résout bien des conflits, beaucoup de voyageurs l’oublie.

Sur place : rester en contact

Comment parler de ses voyages à sa famille ou à ses collègues ?
Communiquer est la chose la plus importante avant un voyage, mais aussi pendant ! Les moyens de communication permettent aujourd’hui de contacter votre famille et votre bureau même si vous êtes à l’autre bout du monde. Les réseaux téléphoniques mobiles couvrent maintenant toutes les grandes villes du globe. Il convient donc d’emporter son téléphone portable avec soi. De même, l’ordinateur, par le biais d’Internet, est un excellent moyen de communication. La plupart des hôtels sont maintenant connectés au wifi.

Certains logiciels permettent aujourd’hui de téléphoner gratuitement grâce à sa connexion Internet ou de discuter en direct par le biais d’une messagerie instantanée. N’hésitez-pas à appeler quotidiennement votre famille. Souvent, le décalage horaire et les dîners qui n’en finissent pas ne facilitent pas les moments où vous pouvez téléphoner. Veiller à appeler une fois par jour même si ce n’est que pour quelques minutes. Premièrement pour leur donner de vos nouvelles et les rassurer. Deuxièmement pour prendre de leurs nouvelles et vérifier que tout se passe bien à la maison. Essayez de discuter avec chacun des membres de votre famille – femme et enfants- pour ne pas provoquer de jalousie. Il est important de rester au contact de la vie à la maison. Posez des questions concrètes sur le déroulement de la journée. Par ce moyen de communication, vous serez au courant de ce qui s’est passé pendant votre absence. Un petit coup de fil au bureau pour savoir si tout se passe bien est aussi un bon moyen de garder une relation saine et active avec le travail et les collègues du bureau.

Enfin, n’oubliez-pas l’inévitable carte postale pour la famille, les amis et les collègues. En général, elle arrive après votre retour mais c’est l’intention qui compte !