Exclusif : Assises du transport aérien, des compagnies du Golfe exclues d’une conférence sur les droits de trafic

C’est une affaire un peu étonnante qui s’est jouée ce vendredi 25 mai. Dans le cadre des Assises du transport aérien, une conférence censée réunir tous les spécialistes et grands patrons des aéroports français se déroulait à Paris. Le sujet : droits de trafic, objectifs et enjeux ! Mais tout le monde n'avait pas accès aux débats.

Alors que la Ministre des Transports, Elisabeth Borne, souhaitait à l’ouverture de ces Assises "Un regard porté sur le transport aérien au-delà de nos seules frontières", les compagnies du Golfe ont été informées par mail jeudi qu’elles ne pourraient pas participer aux débats de vendredi, la rencontre étant réservée au seul pavillon français.

Quel était le but de cette réunion ? Il suffit de lire le contenu du programme pour en connaitre le détail de ce colloque : "La politique de l’État en matière de droits de trafic doit être garante de l’intérêt général. Elle doit prendre en compte l’ensemble des enjeux qui concernent la France (géopolitiques, diplomatiques, d’aménagement du territoire, de développement des échanges économiques et touristiques…), tout en tenant compte des intérêts, parfois divergents, de l’ensemble des acteurs du transport aérien (compagnies et aéroports). Le colloque a pour objectif d’interroger la politique de l’État en matière de droits de trafic et notamment de voir si elle est adaptée aux stratégies des compagnies françaises et à leurs modèles économiques…".

Exit donc les compagnies étrangères, le débat doit avoir lieu entre soi. Selon nos informations, ni Emirates, ni Etihad, ni Qatar Airways n’ont été conviées à cette rencontre. L’un des dirigeants français d’une de ces compagnies, pourtant inscrit, a même été informé de l’impossibilité pour lui d’y assister ! Selon la DGAC qui organisait le colloque, il s'agissait de discussions internes propres au pavillon français autour d’un sujet qui fait polémique dans le monde du transport aérien européen. Une excuse qui aurait pu être acceptable si la réunion s’était déroulée à huis clos. Mais il n’en est rien, on attendait presque 400 participants à cette rencontre et, surtout, les patrons des grands aéroports français comme ceux de Paris Lyon Nice. Pire, toujours selon nos informations, ni le BAR (Board Of Airlines Representative) France - qui représente toutes les compagnies qui opèrent en France - ni le Cohor - qui distribue les créneaux aéroportuaires - n’étaient conviés. Une situation - un ratage ? - débloquée dans la matinée.

On le sait : l’Etat veut aujourd’hui utiliser le transport comme arme économique. Le Qatar, client des entreprises françaises ne cache pas sa volonté de se développer en France… Tout comme Emirates qui vise de nouveaux départs de Province et pourrait faire quelques annonces en ce sens ces prochains mois. Pour les patrons des grands aéroports présents, dont la mission est de développer les plateformes, l’arrivée ou le développement de compagnies étrangères reste un point positif pour le transport aérien national ou régional. Mais à l’évidence, que ce soit Emirates au Qatar Airways, ces deux compagnies qui partent également de Lyon et de Nice en plus de Paris, sont clairement dans le collimateur des compagnies régulières européennes qui contestent un financement possible par leur pays d’origine. Une assertion jamais prouvée par les accusateurs mais qui perdure dans l’esprit de dirigeant ces compagnies européennes.

Au-delà de la polémique, il convient de rappeler que la plus forte concurrence européenne vient désormais des low costs, issues le plus souvent de la communauté. Pour beaucoup d’experts, l’absence d’une Europe sociale laisse la porte ouverte à l’exploitation de toutes les faiblesses du système et c'est une situation qu'exploitait jusqu'ici à merveille Ryanair. Mais ce sujet n’a pas été au centre des discussions de la rencontre. L’évocation des taxes qui pèsent sur le transport aérien français, et leur lourdeur, reste au centre des débats. Tout comme la taxe Chirac que très peu de pays appliquent et qui pénalise le prix des billets d’avion au départ de la France.