Il est grand temps de clarifier les pistes technologiques du voyage d’affaires !

On l’a bien vu ces dernières semaines, chaque grande rencontre organisée par un acteur du voyage d’affaires se solde par une vision technologique dont on ne comprend pas bien les tenants et les aboutissants. Lorsque j’étais enfant, une bande dessinée montrait quelques adolescents férus en quête de nouvelles bêtises se réunir autour d’une table pour réfléchir à quels nouveaux supplices ils allaient soumettre leurs copains.

En lisant quotidiennement DéplacementsPros et d’autres médias dans l’univers de l’économie et de la gestion, j’ai le sentiment que nous sommes revenus dans les années 60, à l’époque où cette bande dessinée faisait un tabac dans les lycées et les écoles. Je sais bien qu’il est toujours très difficile de donner une définition précise de ce que peut être l’avenir dans un univers professionnel. On sait ce qu’a été le passé, et pour cause. Nous l’avons déjà vécu avec plus ou moins de succès.

Aujourd’hui, en regardant les dizaines de nouveautés annoncées, j’ai exactement la même impression qu’avec ma bande dessinée. J’imagine quelques ingénieurs et étudiants doués en train de réfléchir à l’idée qui les ferait millionnaire en quelques mois. J’ai même vu, du moins entendu, qu’une start-up voulait faire baisser le prix des billets de train en réunissant un grand nombre de voyageurs capables de partir le même jour à la même heure. Quand on sait qu’il est déjà difficile de le faire pour une famille, on imagine la difficulté pour un groupe. Et pourtant, cette jeune pousse, comme bien d’autres, aurait réussi à lever des fonds en attirant quelques investisseurs avides d’une rentabilité qu’ils n’auront sans doute jamais.

Le chiffre donne le tournis, mais selon le magazine Forbes, il se crée 16 start-ups par jour aux États-Unis, et un peu plus d’une centaine dans le monde. Les idées les plus loufoques deviennent des pistes de création d’entreprise, de la livraison de yaourts faits maison à la livraison de parapluie en cas de pluie. J’ai presque le sentiment que cette bulle sans fin connaît dès sa création le goût de l’échec annoncé. Et le pire, je le devine aisément : il y a des idées planétaires qui se conçoivent aujourd’hui et sur lesquels je ne parierais pas un copeck. Preuve de ma méfiance et de mon ignorance !

Si l’on revient à l’univers du voyage d’affaires, j’ai dénombré pas moins d’une cinquantaine de technologies nouvelles susceptibles de « révolutionner » nos habitudes de travail. L’IA, la voix, la démat, les moyens de paiements virtuels… Je ne suis pas certain que tous les cerveaux qui réfléchissent à nos besoins les connaissent réellement. La simplification déjà évoquée ici et au cours de grandes conférences, ces derniers mois, doit impérativement s’associer au respect de la politique voyages, à la simplicité de la note de frais et à la réalité économique du déplacement qui s’engage.

Je dis souvent à mes équipes, et nous le constatons régulièrement, que la formation du voyageur est essentielle à une réalisation qualitative de son voyage. Anticiper, c’est être assuré d’avoir la meilleure place, la meilleure chambre et pourquoi pas, une qualité de voyage largement supérieure aux départs de dernière minute. Pour autant, il faut savoir répondre à ce déplacement au pied levé en trouvant les solutions les mieux adaptées qui respectent l’économie de l’entreprise. Là je le sais, la techno est mon meilleur ami.

Le rôle de la technologie est donc de nous simplifier le quotidien. J’ai bien dit Simplifier et pas complexifier comme certaines applications mobiles le font aujourd’hui. Je peste contre cette imagination débridée en matière de voyage d’affaires quand la plupart des créateurs oublient que nous n’avons que deux mains et qu’un seul cerveau pour porter une valise, répondre au téléphone, courir vers une porte d’embarquement et ranger le tout au passage de la sureté !

Vous le dîtes souvent dans ces colonnes, et j’en ai fait ma devise : voyageur d’affaires, c’est la conséquence d’une activité professionnelle et non un métier à part entière. Il est donc essentiel de retrouver les voies de la réalité et du réalisme. Qui va nous dire et nous expliquer comment agréger des outils a priori très différents et pourtant capables d’apporter une réelle utilité aux voyageurs d’affaires et aux acheteurs. Quel pari sur l’avenir dois-je faire dans cette forêt de solutions ? Qui est plus pérenne que qui ? Et surtout ; qui a raison ?

À l’évidence, il me semble que la technologie est essentielle à l’évolution de notre métier. Elle nous permet à la fois d’optimiser le regard que nous portons sur nos dépenses et l’exécution des déplacements professionnels mais également d’en sortir les grandes lignes indispensables à l’amélioration permanente de nos offres.

Pour le voyageur, souvent très éloigné des contingences économiques et pratiques, notre capacité à l’informer en temps réel et en toute transparence des offres choisies par l’entreprise me semble devenue indispensable à ce partenariat entre les nomades et les sédentaires. Bien des dirigeants sont conscients de ce besoin et nous poussent en permanence à mettre le salarié, donc le voyageur, au centre de nos préoccupations. Et l’une des phrases qui revient le plus souvent dans leur bouche est : "Vous avez aujourd’hui tous les outils pour le faire". Tous ? Ce serait un peu trop rapide comme regard porté sur notre métier.

Mais si j’en crois ce que je lis, ce qui se dit, ce que je vois, ce qui s’annonce et ce qui se prépare, nous aurons demain des jours meilleurs. Reste à définir ce qu’est ce demain dont les contours sont encore plus que flous, les solutions plus qu’incompréhensibles et les déploiements plus que complexes.
Celui qui nous aidera à faire un tri raisonné sera le grand gagnant des dix prochaines années.

VM