Jean-Pierre Sauvage, BAR France : « Les 3% de hausse des taxes envisagés par ADP seront également payées par les voyageurs »

Sans surprise, la réunion qui s'est tenue entre ADP et les compagnies aériennes pour évoquer l'évolution des redevances en 2013 s'est soldée par un refus quasi général des compagnies de souscrire à une proposition de hausse de 3% des redevances aéroportuaires. Pour le BAR France (Board of Airlines Représentative) et son Président Jean-Pierre Sauvage, le projet "est inacceptable en l'état". L''association précise qu'à terme, "Cette hausse qui va s'appliquer aux voyageurs, pèsera sur les prix des billets d'avions qui devraient subir une augmentation qui ira au delà de l'inflation". Explications.


DeplacementsPros.com : Vous avez qualifié la hausse des redevances proposées par ADP d'inacceptable. Pourquoi ?

Jean-Pierre Sauvage : Faut-il rappeler que les compagnies aériennes ne sont pas au meilleur de leur forme depuis quelques années ? La crise économique, la hausse du pétrole, la pression concurrentielle qui s'exerce sont autant de points qui pénalisent le transport aérien. La hausse de 3 % arrive au moment où le tocsin sonne dans toute l'Europe pour le transport aérien. Les plans sociaux qui s'annoncent, les révisions des plans de vol ou les rapprochements de compagnies démontrent qu'il faut aujourd'hui aider le transport aérien et non pas simplement augmenter des redevances qui le pénalisent quotidiennement. D'autant plus qu'ADP se porte bien. La séparation des caisses, voulue il y a quelques années, démontre que les revenus générés par les commerces sont de plus en plus importants. La caisse aéronautique dégage 125 millions d'euros de bénéfices alors que les recettes correspondantes aux commerces implantés dans les aéroports parisiens dépassent les 800 millions d'euros avec un résultat opérationnel que peu d’entreprises atteignent: 44,5 % ! Nous comprenons parfaitement la nécessité d'investissement qu'évoque Aéroports de Paris et d'ailleurs, je tiens à souligner les efforts permanents pour améliorer le service, que ce soit à Roissy ou à Orly. Mais il aurait été plus raisonnable de limiter la hausse au niveau de l'inflation, 1,75 % voire même de ne pas faire de hausse du tout, comme a l'aéroport d'Amsterdam. Nous avons répété hier notre opposition à ce projet, mais nous ne nous faisons guère d'illusions.

DeplacementsPros.com : Si vous reconnaissez la hausse de la qualité des services, pourquoi n'acceptez-vous pas son coût ?

Jean-Pierre Sauvage : D'abord parce qu'il faut analyser ce que "qualité de service" veut dire. Aujourd'hui, elle est mesurée par l'intermédiaire de 10 items sensés en définir les contours. Cinq sont des éléments d'analyse objectifs (passerelle, tapis bagages…). Et cinq sont plus subjectifs car ils sont établis à partir d'enquêtes réalisées auprès des voyageurs. On serait en droit de penser que la redevance que nous payons déjà aujourd'hui est là pour une amélioration permanente des services et de leur qualité. Il ne faut pas oublier que ce travail vise également la satisfaction des clients. Si l'on prend en compte le contrat de régulation économique (CRE), qui en est à son deuxième renouvellement - et qui sera rediscutée fin 2015 - la hausse maximum prévue de 3,4 % garantit déjà l'amélioration annuelle permanente des services. Ce contrat est en place sur 5 ans, soit une hausse globale possible d'au moins 15 % sur la période concernée. C'est énorme. Il est clair que les bons résultats de l'activité commerce ont conduit ADP à limiter leur hausse des taxes à 3 %. Mais si vous regardez l'environnement économique, cette décision va au-delà des capacités financières acceptables par les compagnies aériennes. Prenez l'exemple de la DGAC qui a construit son budget 2013 autour d'une taxe de l'aviation civile à 1,75 %. Pourquoi ne pas faire la même chose ? Les résultats d'ADP en 2011, 652 millions d'euros, dont 52 % sont reversés partiellement en dividendes à l'État actionnaire, démontrent qu'il y a encore des réserves financières à ADP qui ne nécessitaient pas une hausse des redevances. Précisons encore une fois qu'elles interviennent alors que le mix tarifaire de l'aérien est en chute libre au BSP de plus de 2 %.

DeplacementsPros.com : Vous n'avez pas donné d'avis favorable à cette hausse lors de la réunion que vous avez tenue avec ADP. Que pouvez-vous faire ?

Jean-Pierre Sauvage : Subir, tout simplement, tout en appelant ADP et son actionnaire principal à plus de modération. La réunion qui s'est tenue le 26 novembre dernier n'est que consultative. Nous avons donc manifesté notre opposition à ce projet. Nous voulons attirer l'attention du nouveau président d'ADP pour qu'ils prennent en compte nos demandes et qu'il analyse la situation économique des compagnies pour les aider à passer cette période difficile. Il ne faut pas qu'ADP oublie que s'il y a des aéroports, c'est parce qu'il y a des compagnies aériennes et des passagers. C'est tout le travail que nous menons dans l'association mais également en partenariat avec les représentants des compagnies françaises comme la Fnam ou le SCARA, pour demander le gel des redevances pour 2013.

DeplacementsPros.com : Avez-vous le sentiment que les passagers sont conscients de ces batailles économiques qui se jouent entre les compagnies aériennes et les aéroports parisiens ?

Jean-Pierre Sauvage : Je crois sincèrement que le seul constat que font les passagers, c'est que le transport aérien, globalement, reste à un niveau tarifaire acceptable d'une année sur l'autre. Malheureusement, le voyageur oublie qu'une bonne partie du prix de son billet est constituée de taxes qui ne profitent pas directement aux compagnies aériennes. Et malgré cela, la qualité du transport s'améliore d'année en année et le niveau de services à bord des avions reste élevé. Mais, au risque de me répéter, cette hausse des redevances pèse et pèsera sur le prix des billets d'avion. C'est ce que nous regrettons aujourd'hui.

Propos recueillis par Marcel Lévy.