Jean-Pierre Sauvage, BAR France: «Les nouvelles organisations commerciales du transport aérien sont favorables au travel management»

L’intégration de plus en plus importante des frais ancillaires dans le coût du transport aérien conduit bon nombre d’acheteurs de voyages à s’interroger sur l’évolution du prix des billets d’avion. Auu-delà de la seule NDC (New Distribution Capability) dont les premiers tests grandeur nature débuteront en 2015, les compagnies aériennes sont à la recherche de nouvelles sources de rentabilité pour lutter contre l’érosion régulière de leurs tarifs.

«Le transport aérien ne peut se satisfaire d’une baisse régulière du prix des billets d’avion alors que le volume de passagers transportés augmente», souligne Jean-Pierre Sauvage, le patron du BAR France (Board of Airlines Representatives) qui regroupe l’ensemble des compagnies aériennes qui opèrent sur le territoire français, y compris Air France. Pour ce spécialiste de l’aérien, ancien d’Iberia, il faut regarder plus loin l’organisation du transport aérien et s’imprégner des recommandations de IATA pour bien comprendre le besoin de rentabilité indispensable au maintien d’un transport aérien sûr, et de qualité. «Il y a toujours eu beaucoup de suspicions et d’interrogations autour des évolutions tarifaires du transport aérien. Mais la réalité est bien différente», reconnait Jean-Pierre Sauvage qui veut aujourd’hui repréciser la finalité des nouveaux moyens mis en œuvre par les compagnies pour optimiser leurs revenus.

DeplacementsPros.com : On assiste aujourd’hui à une réflexion des compagnies aériennes sur l’évolution des tarifs. Alors, hausse ou baisse des tarifs?

Jean-Pierre Sauvage : On ne peut pas reprocher aux compagnies aériennes de chercher à optimiser leur rentabilité et à offrir de nouveaux produits qui, pour certains, étaient déjà intégrés de manière automatique au prix du transport. On voit arriver de nouveaux besoins, exprimés par les clients, et dont la mise en œuvre est parfois coûteuse pour les compagnies qui ne peuvent pas les proposer gratuitement dans leur offre globale.

Il faut bien voir qu’aujourd’hui le transport aérien est constitué de plusieurs éléments, tous dissociables. Tout le monde ne veut pas forcément le même repas, le même accès à bord, la même place au sein de l’avion ou, plus prosaïquement, le même service que son voisin. Le modèle low cost a démontré que l’on pouvait constituer un produit à partir d’un tarif de base, le transport de point à point, mais également d’attentes complémentaires du passager. De plus, et c’est un constat quotidien, 80 % des décisions d’achat se font via une consultation Internet. Cela veut dire que le client, qu’il soit dans l’univers du loisir ou du déplacement professionnel, possède une parfaite maîtrise de son transport aérien. Il a en tout cas la possibilité de s’informer en temps réel et de constituer, selon ses envies, un déplacement qui correspondra à ses attentes. C’est la nouvelle vision du transport aérien qu’il faut désormais prendre en compte et que la plupart des compagnies vont développer ces prochaines années.

DeplacementsPros.com : Revenons à ce fameux NDC, on dit souvent que le tarif se fera la tête du client. Qu’en pensez-vous?

Jean-Pierre Sauvage : C’est une affirmation sans fondement. Le NDC a pour but d’optimiser le transport en associant justement ces services au prix du billet. On a dit beaucoup de choses sur cette nouvelle technologie. Sa finalité, je le rappelle, est une accessibilité à l’information et une meilleure gestion par les compagnies aériennes des profils clients. Un peu comme le font les entreprises avec leurs grands voyageurs. La récolte des informations est devenue essentielle à l’adaptation du transport aérien. On voit bien comment les GDS se sont imposés dans cet univers et on comprend mieux pourquoi la course à la réduction des coûts va conduire les compagnies aériennes à une réelle optimisation de leurs connaissances des passagers.
Le principe même du NDC est loin d’être aussi obscur que ne veulent bien le dire ses opposants. Je rappelle que la résolution 787 de IATA, approuvée par le département US du transport, permet le déploiement de cette nouvelle technologie. Ce qui veut dire que les autorités américaines ont étudié le principe et conclu qu’il n’y avait pas d’atteinte à la libre concurrence avec le NDC. D’autant plus, il est important de le souligner pour les acheteurs de voyages, que la plupart des outils d’information dont ils disposent vont intégrer ou intègrent déjà ces frais ancillaires pour permettre une parfaite visibilité du coût global du transport aérien. On constatera également que dans les SBT, les éléments de validation comme de choix seront offerts aux voyageurs en fonction de la politique voyages qui aura été adoptée par l’entreprise. Tout cela est donc parfaitement transparent et mérite simplement que chaque compagnie puisse apporter aux détenteurs de contrats Corporate l’information dont elle a besoin.

DeplacementsPros.com : L’évolution des frais ancillaires ne risque-t-elle pas de faire augmenter le prix du billet d’avion?

Jean-Pierre Sauvage : Pas du tout. Ce prix moyen baisse d’année en année. Pour le premier trimestre 2014, il a diminué de 4 %. Aujourd’hui, les frais ancillaires représentent 7 % des revenus des compagnies aériennes soit environ 42 ou 43 milliards de dollars. Très vite, on devrait atteindre les 100 milliards de dollars. Je rappelle que globalement le transport aérien aujourd’hui pèse 580 milliards de dollars.

Il ne serait pas surprenant que ces frais ancillaires représentent à terme 20 à 25 % du revenu des compagnies aériennes. Mais pour que la boucle soit complète, il faut revenir à ce que je vous affirmais il y a quelques instants : la baisse constante du prix des billets d’avion est illogique alors que le volume de voyageurs augmente. De plus, il n’est pas certain que la montée en puissance des frais ancillaires vienne compenser les baisses vécues par les compagnies aériennes depuis quelques années. Il y a encore une fragilité économique dans le transport aérien. La moindre hausse du prix des carburants pourrait être dangereuse. Les pressions climatologiques ou les décisions politiques sont un risque. C’est cette situation-là qu’il faut bien prendre en compte pour analyser les évolutions tarifaires du transport aérien.

DeplacementsPros.com : On constate aujourd’hui un retour des entreprises vers les classes arrière mais aussi une optimisation très sensible des business class. Comment l’expliquer?

Jean-Pierre Sauvage : Il faut toujours se méfier des constats rapides qui s’appuient sur des situations économiques dont on ne connaît pas l’issue. Il est vrai qu’aujourd’hui beaucoup de compagnies aériennes se sont attachées à développer des business class conformes aux attentes des passagers, tant par la qualité que par les services aux sols qui sont associés. L’une des prochaines étapes du développement du transport aérien se jouera au sol et c’est sans doute la vision globale du voyage qui devra être pris en compte au moment de l’achat. Il est naturel que le prix du billet d’avion le plus élevé donne accès à des services eux aussi de qualité.
Mais au-delà, on se doit également de constater que l’évolution de la qualité globale de la classe économiques s’est poursuivie ces dernières années avec l’arrivée de sièges plus confortables, plus légers - ce qui en termes d’écologie est un atout - mais aussi de ces fameux services ancillaires qui permettent à chacun d’entre nous d’adapter ses attentes en matière de voyages.
Enfin, on assiste à un déploiement technologique important de la part de toutes les compagnies, ce qui permet une rapidité d’acquisition du billet, de sa modification et une parfaite adaptation aux déplacements. Ce sont autant d’éléments d’analyse qui permettent de penser que toutes les évolutions engagées aujourd’hui dans le monde du transport aérien se font aussi, et même avant tout, dans l’intérêt premier du client.

Entretien réalisé par Marcel Lévy.