La créativité naît-elle du travail de l’agence ou du réceptif ?

Le Mice est manifestement un sujet en plein bouleversement. Après Serge Tapia et son questionnement sur la "désintermédiation", voici le questionnement adjacent sur la nécessité de faire appel, ou non, à un réceptif. Cette fois c'est Pascal Roulland, DMC à Paris, qui a la plume qui le démange. Réflexion : la créativité naît-elle du travail de l’agence ou du réceptif ?

La créativité naît-elle du travail de l’agence ou du réceptif ?
On ne peut pas être et avoir été ! À ceux qui pensaient secrètement sortir vainqueurs de la crise de 2008, en laissant les réceptifs exsangues, réalisent que c'est l'inverse qui s'est finalement produit. Alors que de plus en plus de grandes agences françaises évitent d'interroger les réceptifs à l'étranger, prétextant un manque de fiabilité, elles ouvrent des départements réceptifs dans leurs propres structures ! Comment peuvent-elles promouvoir pour elles-mêmes un modèle qu’elles ne cautionnent pas pour les autres ? Remettraient-elles en cause le modèle économique qui fait des agences et des réceptifs des intermédiaires aujourd’hui incontournables, à condition que chacun joue son propre rôle ?

S’agissant de la fiabilité du réceptif étranger, de nombreux pays demandent aux professionnels de s’acquitter de la licence ou de l’immatriculation pour exercer, garantissant l’exécution des prestations achetées. Les réceptifs étrangers sont donc aussi sérieux que le sont les français. Le problème n'est donc pas la fiabilité du réceptif à l'étranger. Ne nous cachons plus derrière ce prétexte. L’agence n’a d’ailleurs pas la connaissance des prestataires locaux comme peut l’avoir le réceptif. Et quand bien même une agence se ferait la spécialiste d’une destination, serait-elle plus crédible sur d’autres territoires ? Et surtout, pour quelle créativité ? Nous y voilà ! Qui est le plus créatif : l'agence ou le réceptif ? Est-ce celui qui est implanté dans une destination qu'il maîtrise depuis plusieurs années ou bien celui qui veut simplement s'exonérer du travail et du savoir-faire du réceptif pour accroitre ses profits ? Pour qu’un programme soit véritablement force de propositions créatives, il est impératif de maîtriser la destination dans laquelle il se déroule ! Si le programme n’a pas de lien particulier avec ce lieu, ses particularités et ses atouts en termes d’infrastructures, en quoi le choix de la destination est-il important ? Dans la mesure où celle-ci est un critère déterminant de l’événement, c’est bel et bien le réceptif qui détient la clé de la créativité.

S’agissant du modèle économique, enfin, j’imaginais un monde idéal où les agences permettaient d'offrir aux entreprises des suggestions de destinations grâce au réseau de réceptifs qu'elles se constituaient. De leur côté, les réceptifs, ne pouvant pas démarcher chaque entreprise une par une pour leur proposer leurs destinations, avaient tout intérêt à passer par des agences. Mais ça, c'était dans un monde idéal. Finalement, internet a fait son apparition et les différentes crises sont passées par là. Les entreprises et les modes de consommation du voyage se sont adaptés. Les chefs de projets, licenciés des agences en crise, sont allés chez les entreprises clientes, apportant ainsi la connaissance des réceptifs qu’ils n’avaient pas. Ces mêmes réceptifs ont augmenté leur visibilité grâce aux sites internet et autres portails spécialisés. Si le modèle économique doit être remis en cause, ce n’est pas dans le sens qu’on nous a laissé croire.

L’avenir des réceptifs est loin d’être sombre. Celui des agences, en revanche, n’est pas radieux. A moins que ces dernières soient enfin capables de jouer le rôle d’intermédiaires qui est le leur, avec, d’un côté la connaissance des besoins du client pour en informer les réceptifs et, de l’autre, un rôle de conseil efficace aux entreprises dans le choix du réceptif dont elles ne peuvent se passer.

Pascal Roulland
Branch Manager - DMC à Paris

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