Le lion rugit à Singapour

Etre une ville modèle. Telle est l’ambition de Singapour, confetti (581 km² et environ 3 millions d’habitants) suspendu sur le fil de l’Equateur, qui rivalise désormais avec les grandes métropoles occidentales. On appelle cela un pari gagné.

Bienvenue sur la planète énergie. Ici, la formule « travailler plus pour gagner plus » va de soi et depuis toujours. Etre citoyen de cette cité-Etat exemplaire implique de ne se montrer comptable ni de son temps, encore moins de sa fidélité à sa famille, à son clan, à son chef. La ville a des allures architecturales de Manhattan, forêt de gratte-ciel de verre et d’acier, posés en bord d’avenues aussi larges que silencieuses tant le macadam y est lustré. Elle réserve aussi des recoins façon Saint-Germain des Prés à la mode asiatique, lorsque les échoppes fleurent bon les épices ou alignent les gris-gris à déposer au temple voisin. Shopping mall et bazar à l’ancienne, building tout numérique et cuisine au wok, jardin fleuri et trottoirs à la propreté impeccable. Ainsi va Singapour, enclave chinoise coincée entre Indonésie et Malaisie, au carrefour des cultures (chinoise donc, mais également bouddhiste, musulmane et occidentale dont elle revendique le mode de vie). Sa philosophie est de faire le lien entre les mondes. Certes, de loin, la méthode semble parfois musclée, voir austère. Mais, sur place, elle s’appuie sur une adhésion indéfectible des habitants qui privilégient l’intérêt collectif, celui de la Nation en particulier, sur les péripéties du quotidien. Les états d’âme, on verra plus tard. Ici, pas de drogue (les trafiquants sont tout simplement condamnés à mort), pas de graffitis, encore moins d’éloge de la différence. Et au passage, aucun chewing-gum ou mouchoir en papier dont on se débarrasse sur l’espace public, car c’est l’amende, lourde, assurée. C’est dit, et il faut faire avec. Résultat : une ville propre, sûre et toute dédiée à la réussite.

Tout cela devrait logiquement conduire à un réel manque de fantaisie. Point. Car Singapour, n’en déplaise aux grincheux, a du charme, beaucoup de charme, derrière ses rendez-vous pressés, ses galeries climatisées et ses façades vitrées. Au-delà de ses gardiens de tout, d’immeubles, de parking, d’entrée, de nuit, vigiles à oreillettes et en uniforme.

D’abord, les concepteurs de la ville n’ont pas construit au hasard. Ils ont très joliment composé entre percées rectilignes et jardins que l’Equateur rend somptueux, architecture audacieuse et charme de quais propices à la promenade romantique, îlots futuristes et quartiers chinois ou musulmans impeccablement restaurés selon les codes de la tradition, respect dû aux anciens avec plaisirs d’une station balnéaire où les beautés en maillot minimalistes jouent les sirènes du jour avant des soirées tout sourire.

La planète énergie n’est pas assagie pour autant. Elle s’accorde simplement le plaisir de vivre entre deux contrats, l’agrément d’une pause entre deux courses folles. Comme si, au fil des ans, Singapour avait acquis la puissance et la sagesse du lion, son animal fétiche.
A faire, à ne pas faire…

* Avoir en permanence à disposition des cartes de visites. C’est un rituel auquel il n’est pas question d’échapper. Sur place, des officines impriment les cartes, recto en anglais, verso en chinois
* La société chinoise de Singapour est pyramidale. Les négociations d’affaires doivent donc franchir les strates de la décision les unes après les autres. Inutile de s’impatienter et d’exiger la rencontre rapide avec les décideurs finaux. Ce serait un manquement grave aux coutumes locales
* Costume et cravate obligatoires
* Prévoir d’associer ses affaires avec un avocat. La législation locale l’exige
* Les négociations prennent un temps fou. D’autant qu’un oui ne signifie jamais que l’accord est acquis. Au contraire, c’est à ce moment que les vraies discussions commencent. Mais ne jamais oublier que les Chinois sont de redoutables compétiteurs
* Oublier les accolades chaleureuses façon méditerranéennes. Ici, on se tient à distance. La poignée de mains entre hommes se pratique. Avec les dames, on se contente d’un salut de la tête. L’émotion et l’affect n’ont aucune influence sur le business
* En revanche, ne pas oublier les cadeaux. Ils font partie du code de savoir-vivre au royaume des affaires. A chaque strate de la négociation, son présent, de plus en plus chic au fur et à mesure que l’on grimpe dans la hiérarchie. Les produits français griffés sont très appréciés. Pour l’alcool, préférer le cognac au champagne
* Inutile de louer une voiture (à moins que ce soit avec chauffeur). Les taxis sont nombreux, efficaces et peu chers
* Le restaurant est un passage obligé. Le dîner s’éternise souvent jusqu’à point d’heure. Alors, attention aux rendez-vous du lendemain matin.
A voir si vous avez….

Une heure
Shopping obligatoire dans l’un des shopping malls de la ville. Il y en a une bonne vingtaine. Au pire, arpenter Ochard road, les Chanps-Elysées locaux. Vêtements, gadgets, hi-fi, téléphonie, informatique dernier cri, tout est là. Attention quand même à la compatibilité des appareils électriques. Les tarifs ne font plus rêver comme jadis, mais le plaisir est toujours là. Marchandage obligatoire. Il en va de la dignité du vendeur comme de celle de l’acheteur.

Une journée
Profitez du petit matin pour arpenter les jardins fleuris où les Chinois pratiquent le tai-chi. Ensuite, direction le vieux quartier chinois pour visiter les pagodes toujours très fréquentées, ainsi que les marchés et leurs étals d’herboristes. Enfin, ne pas manquer le jardin botanique, le musée, avant de prendre l’apéritif au bar du Raffles, l’un des plus beaux hôtels du monde. Dîner dans un restaurant chinois, évidemment.

Un week-end
Pause soleil sur l’île de Sentosa, sorte d’immense resort balnéaire. C’est moderne, très organisé, mais plutôt bien fait. Pour trouver plus d’authenticité, filer en direction de la Malaisie voisine, du côté des plages de Kuantan. Ou carrément de l’autre côté, sur l’île de Penang, une perle sino-malaise pleine de charme.

Sortir le soir
Deux adresses à retenir selon l’humeur du soir. Si elle se veut détente et joli cadre, direction le Bar Opium by Indochine. Son nom est déjà tout un programme. Sur Boat Quay, il fait bon paresser sur cette vaste terrasse à la douceur de la nuit. Vue splendide sur le skyline de Singapour, jolies jeunes femmes, musique live… Pour demain, on verra plus tard.

Plus attendu mais tout aussi branché, quand l’esprit est encore connecté travail, le Harry’s Bar, également à Boat Quay. C’est le rendez-vous des traders et autres jeunes gens en pleine réussite. Nombreux expatriés installés au bar et dans les fauteuils de cuir.
Le lion rugit à Singapour
Pratique

* L’hôtel Mandarin Oriental : Quitte à séjourner à Singapour, autant choisir son étoile chinoise. Idéal pour recevoir et pour donner son adresse. Maison de grand luxe avec restaurant (au niveau de la piscine) tenu par un élève de Ducasse. De quoi rassurer ses partenaires et savourer son séjour. Compter environ 400 € la nuit. Tél. 00 65 63 38 00 66 et www.mandarinoriental.com/singapore
* Y aller. Vols quotidiens au départ de Paris assurés par Air France (36 54 et www.airfrance.fr) ainsi que par Singapore Airlines (0 821 230 380 et www.singaporeair.com). Le vol dure 12 heures. L’aéroport Changi, ultramoderne, est à 20 km du centre-ville. Le taxi s’y rend en 30 mn, moyennant 30 €
* Formalités. Passeport en cours de validité. Pas de visa exigé
* Heure. Quand il est midi en France, il est 19 heures en hiver et
18 heures en été à Singapour
* Langue. L’anglais pour les affaires. Mais on parle également le mandarin, le malais et le tamoul
* Argent. Le dollar de Singapour vaut environ 0,50 €.
Préfixe téléphonique 00 65
* Se renseigner. Il n’y a pas d’office de tourisme de Singapour en France (www.visitsingapore.com/fr/guide.htm).