Marche à Londres

La capitale britannique cultive depuis des siècles un indiscutable talent. Pour la différence, pour les turbulences, pour l’élégance aussi. A l’heure de la mondialisation qui aplanit toutes les nuances, Londres maintient le cap et revendique tout son tempérament. Résultat, la voici place forte de la finance internationale et phare de la culture européenne. Messieurs les Anglais, respect.

Londres est à deux pas. Juste le temps de consulter ses mails tombés dans la nuit, et la gare de Saint-Pancras pointe après 2h15 de voyage en Eurostar. Comme la Grande-Bretagne continue à superbement ignorer ce qui fait l’ordinaire du Vieux Continent (la conduite à droite, les autobus sans étage, l’euro, les langues étrangères, le foot en soirée…), elle vit à l’heure du méridien de Greenwich et c’est donc 60 minutes supplémentaires de gagnées. Vous voici donc à deux pas, d’accord, mais débarqué sur une autre planète. Welcome. Il serait toutefois dommage de cantonner son séjour à l’admiration des lambris victoriens ou à jouer les golden boys sur les quais de Canary Wharf. Londres impose sa vie et sur ce terrain-là, elle affiche un sacré bagage. Il est vrai qu’elle a quelques siècles d’histoire à faire valoir. Et qu’elle en profite, au moins sur deux registres.
Le premier, c’est celui de sa vocation internationale. Un coup d’œil sur les tables du restaurant ou bien sur le wagon du métro, et c’est l’évidence : Londres est une capitale multi, vraiment multiculturelle. Souvenir d’Empire, le nouveau millénaire fait cohabiter les visages dont les origines se trouvent au Pakistan, en Tanzanie, à la Barbade, aux Emirats, en Egypte, au Sri Lanka, en Inde ou à la Jamaïque.

Le second, c’est la scène, parfois hallucinante, qui se déroule sur les trottoirs de Londres. Ici, se croisent dans un joyeux choc des looks, d’élégantes ladies d’un âge certain, portant le renard argenté et le bottillon sur mesure, avec de jeunes punkettes en perfecto déchiré, dont les tatouages et les piercings évoquent un guerrier marquisien partant au combat. A moins que ce soit un cadre en costume à fines rayures grises, téléphone mobile vissé à l’oreille, avec un de ces solides gaillards en tartan (le kilt), capable de tenir le bar du pub voisin jusqu’à point d’heure. Jamais cocktail n’a été plus savoureux. D’autant qu’il est allongé d’une belle dose de tolérance, totale démocratie oblige, et pimenté par un zeste de provoc dont raffole cette ville qui célèbre autant le rock déjanté, les footballeurs milliardaires, les pelouses rectifiées au ciseau ou les soirées avec Kate Moss. C’est le miracle londonien. Et ici, chacun s’applique à démontrer, jour après jour, que pareille forteresse se doit de toujours éclairer le monde.


A faire, à ne pas faire…
* Anglais obligé, évidemment, pour traiter de ses affaires
* L’élégance britannique (« my taylor is rich ») n’est pas un mythe signé Assimil. Alors, au choix, jouer dans la même catégorie, ou bien préférer le style latin et les coupes françaises ou italiennes, mais toujours très soignées, cravate comprise
* Ponctualité exigée pour les rendez-vous
* La tradition, quand elle est respectée, voudrait qu’on se salue à distance. Mais aujourd’hui, la poignée de mains a franchi le Channel. Le contact demeure cordial et ne bascule jamais dans l’effusion. Ce serait « shocking » !
* A Londres, circuler en transports en commun ou bien en taxi. Attention, après 23 heures, ils sont de plus en plus rares
* Le repas n’est pas une circonstance de travail. Le déjeuner est vite expédié. Le dîner sert à faire connaissance mais pas à conclure un contrat
* Le coût de la vie est très élevé. Les tarifs hôteliers et ceux des restaurants dignes de ce nom, ou des clubs à la mode, donnent le tournis. Même les taxis finissent pas exiger une fortune. Et le pire, c’est que partout, la réservation est impérative, car tous les lieux où il faut être sont bondés
* L’accès au business britannique ouvre les portes du monde : Inde, Australie, pays du Golfe, Afrique de l’Est, etc
* Bonne surprise : si la langue des négociations est « of course » l’anglais, les gentlemen qui sortent des grandes écoles, manient volontiers le français. Tony Blair, Sa Majesté Elisabeth II, le prince Charles et bien d’autres en sont l’exemple
* L’exception britannique est valable sur le plan juridique. La signature avec un avocat britannique s’impose
* La journée de travail se termine tôt. A compter de 17 heures, chacun regagne ses pénates
* Ne jamais sourire de la monarchie. La famille royale reste sacrée malgré les péripéties de la vie privée de certains de ses membres. Des êtres humains, certes, mais au-dessus des autres.


A voir si vous avez….
Une heure
Franchement, une heure, c’est le temps qu’exige la pause made in London. Elle se fait dans un pub typique. Il y en a partout. Poussez la porte, habituez-vous au peu de lumière, accoudez-vous au bar, demander « a pint please » en indiquant du menton la bière dont l’étiquette vous séduit et laissez l’ambiance vous gagner. Les habitués qui refont le monde, les soiffards qui refont leur vie, les dames patronnesses qui refont leur quête, les jeunes du quartier qui refont leur plan d’avenir… Tout Londres tient dans un pub.
Une journée
Impossible d’échapper aux adresses cultivées de la capitale. National Gallery (l’équivalent de notre Louvre) ou Tate Modern (Beaubourg), c’est au choix. Ensuite, shopping dans les boutiques chics de Regent street et de Oxford street. Conclure autour de Covent Garden (l’opéra) qui fourmille d’animations de rue et de tables avenantes.
Un week-end
Au programme qui précède, ajouter la promenade dans le quartier piéton de Carnaby street, joliment réaménagé. Le dimanche matin, cap sur Hyde Park pour assister aux discours publics de tous ceux qui ont quelque chose à dire. Poursuivre avec la promenade dans le parc, toujours très fréquenté. Enfin, flâner dans les quartiers adjacents. Soho d’un côté, Kensington de l’autre, voici Londres paisible, avec ses bow windows et ses ruelles tranquilles. La City et ses urgences, on verra plus tard.
Sortir le soir
Difficile d’éviter Momo. Le restaurant de ce franco-marocain de Mayfair fait un malheur. Toujours bondé, malgré des tarifs indécents. On peut aussi se rabattre sur son annexe de Piccadilly, Mo tea room, sur Heddon street. Décor marocain du plus bel exotisme.
Mais pour faire 100% local, direction Covent Garden où pullulent les pubs typiques. Pour n’en citer qu’un : Lamb & Flag, sur Rose street. Ici, l’Angleterre assure. Pint, please !


Pratique
* L’hôtel Four Seasons Canary Wharf (00 44 20 75 10 19 99 et www.fourseasons.com/canarywharf). 142 chambres qui donnent sur la Tamise. L’agrément de cette maison est d’être posée en plein cœur du nouveau quartier des affaires de Londres. Une pépite. Compter environ 600 € la chambre double
· Y aller. Privilégier Eurostar (36 35 et www.sncf.com) et ses 2h15 de voyage entre Paris et Londres
· Formalités. Pas de visa exigé. La Grande-Bretagne fait partie de l’espace Schenguen, le passage est donc libre pour les Français. Des papiers d’identité sont toutefois nécessaires, afin de satisfaire à tout contrôle
· Heure. Quand il est midi en France, il est 11 heures à Londres
· Argent. La livre sterling vaut actuellement 0,75 €
· Préfixe téléphonique 00 44
· Se renseigner. L’office britannique du tourisme installé en France n’est pas accessible au grand public. www.visitbritain.com/fr