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Mercredi 16 Janvier 2019

Mon aéroport de proximité, je l’aime !



Pour qu’une région vive, soit attractive et autorise le développement des affaires il faut qu’elle soit connectée au monde. Tous nos voisins Européens l’ont compris et ont développé des systèmes de transport multimodaux qui ont permis à des opérateurs historiques et à de nouveaux venus de proposer des services attendus et même de prospérer. Malheureusement, le pays le plus aéronautique d’Europe (La France), reste à la traîne loin derrière ses voisins.



Yann Le Goff - DR J. Houlière
Yann Le Goff - DR J. Houlière
La France est une nation aéronautique. Nous construisons et assemblons des avions réputés (Airbus, ATR, Dassault…) et un lanceur spatial (Ariane 5) qui a une fiabilité reconnue dans le monde entier. Nous avons une quantité impressionnante d’aérodromes et d’aéroports qui ferait rêver plus d’un pays et pourtant, nous ne permettons pas suffisamment à nos citoyens de « bouger ». Même le train en prend pour son grade et voit des fermetures de ligne ou pire, des réductions de rotation sur des lignes pourtant vitales.

L’Irlandaise Ryanair vient d’être qualifiée de compagnie la plus haïe d’Europe et pourtant elle a transporté 139 millions de passagers, ses avions sont remplis à 96% et sa croissance continue. La raison est simple : elle répond à des besoins de mobilité ! La croissance fulgurante de l’aéroport de Caen est un exemple que nos politiques devraient copier car le transport aérien n’est pas réservé aux nantis. Ils répondent à tous ceux qui se bougent et veulent bouger. Ils sont également faits pour permettre la mobilité des chefs d’entreprise qui génèrent des emplois. Les aéroports de proximité apportent de la vie, des taxes et une excellente image de marque à la ville, au département et à la région. Que demander de plus ?

Combien de sociétés prennent des compagnies qui offre des lignes improbables desservant des plateformes aéroportuaires de second voir de troisième niveau ? et bien beaucoup plus que vous ne pourriez le croire ! En France, Hop a le mérite de se battre pour développer les lignes transversales et offre des tarifs parfois intéressants. Mais a-t-elle réellement le support attendu de son actionnaire (je ne parle pas d’Air France mais de l’Etat…) ? Ne pourrait-elle pas faire encore mieux ? La réponse est affirmative et ce ne sont pas ses collaborateurs qui viendront me contredire.

Sur le plan achat, être dans une ville non reliée au monde condamne cette dernière à des activités artisanales locales. Prenons l’exemple du Havre, 170.000 habitants sans compter sa banlieue ; pour rejoindre Grenoble, Bordeaux ou Marseille, il faut que le voyageur prenne un VTC, une voiture de location ou bien un train pour aller attraper un avion à Paris (voir à Caen). Moralité, un A/R vers la plateforme Parisienne vous coûte près de 150€ (véhicule, péages, carburant…) plus une perte de productivité de 3 à 5 heures ! Bonjour la réactivité dans les affaires… Même le fameux  "one day trip"  est souvent illusoire et l’ajout d’un hôtel et des frais de vie associés devient nécessaire. De la cité océane, quoi que vous fassiez (tunnel, avion, ferry), Londres sera à 7 heures de trajet alors que la ville n’est séparée que de 225 km (de centre à centre) soit une moyenne de déplacement de 32 Km/h !

Pire, si à votre arrivée, vous devez également prendre un moyen de transport pour rejoindre le lieu de rendez-vous professionnel, vous pouvez rajouter 100 à 200€ plus la perte de productivité. Bien entendu, je ne parle pas du temps d’attente aux aéroports parisiens et de la congestion du trafic routier (voir aéroportuaire).

Cet empilement de coûts explique pourquoi la France voyage deux fois moins que l’Allemagne ou bien que l’Angleterre qui ont des centres industriels interconnectés reliés à des hubs leur permettant de rayonner à l’international.

Alors oui, il faut que nos gouvernements comprennent la mine d’or que représente notre tissu aéronautique et le bénéfice de nos aéroports de proximité. Oui, il faut permettre à Hop, Chalair, Twinjet et tous les autres de se développer pour offrir de nouvelles lignes et des tarifs attractifs et oui, il vaut mieux avoir un aéroport avec une dizaine de rotations par jour qu’un parc éolien qui bousille le paysage, coûte une fortune à la communauté, condamne les sols pour l’éternité (souvent plus de 1000T de béton pour tenir la bête) et ne produit de l’énergie que de façon aléatoire (dépendance des conditions météorologiques).

Sur le plan de l’emploi, ces plateformes aéroportuaires n’apportent que du positif, valorisent les territoires et font vivre une kyrielle de sous-traitants. Elles permettent également de faciliter les affaires en accueillant des avions privés. Elles permettent les évacuations sanitaires, les événements, rendent accessible le tourisme pour beaucoup de personnes ayant souvent des moyens limités.
Développer le transport aérien de proximité contribue à réduire la pollution automobile. Les nouveaux appareils émettent jusqu’à 40% de CO2 en moins et joue un rôle fondamental dans la réduction de l’impact de l’aviation sur l’environnement. Les consommations par passagers n’ont jamais été aussi basses et les progrès continuent. Mieux, avions ont maintenant une faible empreinte sonore qui les rends compatibles avec des plateformes proches de zones urbaines.

Reste le problème du contrôle aérien mais là aussi, les choses changent grâce à la technologie qui permet des tours de contrôle déportées (cas de London City Airport par exemple).

Alors oui, il faut des aéroports de proximité, oui il faut des codes shares permettant la continuité via des hubs internationaux et oui il faut des prix non élitistes en phase avec les attentes des consommateurs. L’aérien avait peut-être une mauvaise image mais en vingt ans, les choses ont changé et la France doit relever le défi de l’internationalisation pour continuer de s’affirmer comme une grande nation ouverte sur le monde.