Openbooking, Door to Door, Webfares… l’agence de voyage affaires est elle vraiment morte ?

Les récents salons professionnels et conférences dont Déplacements Pros s’est régulièrement et fidèlement fait l’écho pourraient conduire les acteurs de notre industrie à s’interroger sur la pérennité des agences de voyages Affaires dans un futur proche. Un questionnement auquel s'intéresse notre chroniqueur, Régis Chambert.

L’évolution des technologies de l’information a permis de multiplier les offres, les sites et autres applications mobiles destinés aux voyageurs. Ces services, orientés à l’origine vers le grand public, sont appréciés par la génération Y qui trouve normal de les utiliser pour ses déplacements professionnels. Facilité, rapidité, originalité de certaines prestations, prix, les arguments sont nombreux pour séduire.

La mobilité n’est pourtant pas un loisir pour l’entreprise et ses collaborateurs. Le dernier Observatoire d’Avexia Voyages, présenté au Market Place, a même confirmé que le déplacement professionnel était un investissement (pour 50% des entreprises interrogées), une dépense obligatoire (pour les autres) dont l’objectif était la pérennité de l’entreprise à travers une recherche de leviers de croissance. L’organisation de cette mobilité n’est pas aussi simple que certains aimeraient le faire croire et nécessite des procédures qui concourent à protéger le salarié et le dirigeant dans leur mobilité.

La dérégulation du transport aérien, le développement des offres «best buy» incluant les compagnies à bas coûts, la compétition acharnée dans de nombreux secteurs (de l’hôtellerie à la location de voiture, sous oublier taxi, navettes et autres éditeurs de logiciels de réservation ou de gestion de note de frais) sont autant de raisons qui me rendent très confiant pour l’avenir des agences de voyages affaires.

Aider le client à prendre connaissance des offres disponibles pour son voyage, transports, hébergements, transferts, le documenter sur les usages du pays, les risques sanitaires, aider l’entreprise à mettre en place sa politique voyage, des procédures afin de gérer et optimiser au mieux ces dépenses tout en respectant les obligations et contraintes légales de sont client… réserver, tarifer, émettre, facturer les prestations utiles à ce déplacement, gérer l’après vente, les remboursements et le suivi du voyageur en cas d’incident ou de difficulté plus grave, le métier de l’agence de voyage constitue une réelle valeur ajoutée pour l’entreprise et ses voyageurs et sera, à mon sens, de plus en plus reconnu.

Alors, assistons nous au choc des «modernes» contre les «traditionnels-conservateurs» dont je prendrais la défense en tant qu’ancien agent de voyages ? Non, je ne le pense pas et je suis convaincu du contraire. Ces nouvelles offres et applications permettent aux bons communiquants de se mettre en valeur. Mais ne laissons pas croire aux consommateurs que la page est tournée et que ces offres répondent ou répondront à la totalité des besoins des entreprises. Bien sûr, ces nouvelles facilités devront être accessibles à l’entreprise et à ses voyageurs. D’ici 2021, la génération Y aura remplacé les Baby Boomer à la tête des entreprises. Ceux-ci trouveront peut-être normal de séjourner chez l’habitant pour leur déplacement professionnel, et ainsi, mieux communiquer avec l’autochtone, mieux comprendre le pays où ils sont venus commercer. Ceux-ci chercheront toujours le meilleur prix… à moins qu’ils changent d’avis d’ici là et préfèrent bénéficier d’une chambre au calme et à proximité de leur rendez-vous professionnel pour lequel ils devront être « au top » le lendemain matin.

Nouvelles offres, nouveaux besoins, les agences de voyages devront donc sans délai s’adapter et intégrer ces applications dans leurs lignes de produits et solutions destinées à l’entreprise et à ses voyageurs en fonction de leurs attentes, moyens, besoins…
Cette intégration a dès à présent un autre objectif : être capable de « tracer » le collaborateur de l’entreprise et savoir où il se trouve en cas d’événement grave. Car l’entreprise en est responsable pendant son déplacement et si partager l’appartement d’un New Yorkais peut avoir du charme pendant son déplacement professionnel, lorsqu’il s’agira de le localiser en cas d’événement climatique grave, que dira la famille si l’entreprise indique qu’elle ne sait pas joindre le collaborateur qui « s’arrangeait pour son hébergement et réalisait ainsi des économies à démontrer, car non mesurées »…

L’enjeu pour les professionnel est de vérifier le sérieux et la fiabilité de ces nouveaux acteurs et de travailler avec eux pour enrichir l’offre à l’entreprise tout en consolidant les datas afin de permettre au payeur de gérer son budget en assumant ses responsabilités qui relèvent du pénal.

Les systèmes professionnels «Door to Door» sont un progrès pour atteindre cet objectif. Il faudra que les agents de voyages ne se limitent pas à ceux-ci et soient capables d’offrir les services de ces spécialistes de l’hébergement partagé, de la réservation rail en Europe, des frais de bouche et de tous ceux dont on ne parle pas encore aujourd’hui et qui proposeront des prestations intéressantes pour le voyageur d’affaires.

Une industrie qui se repense d’années en années, (les agences de voyages ont beaucoup à dire sur le sujet depuis 30 ans), une multiplication de services et un véritable professionnalisme pour expliquer, guider l’entreprise dans ses arbitrages et ses choix face à cette jungle d’offres et de tarifs ; une industrie qui innove et investit pour mieux accomplir sa mission au service de ses clients est une industrie prometteuse d’un avenir passionnant auquel je crois et qui me rend confiant. Alors si l’agence de voyage Affaires est morte aux yeux de certains, c’est qu’elle s’est transformée et se transformera encore pour accompagner ses clients, entreprises et administrations, dans leur mobilité.

Régis Chambert
RC2