Rome, l’éternelle

La belle italienne aligne les siècles d’histoire sans prendre une seule ride. Certes, elle n’est plus la capitale du monde connu, ses légions se contentent de conquérir à coup de pizzerias et ses empereurs ne possèdent guère qu’un terrain de foot ou un studio télé. Qu’importe. Rome garde la tête haute. Elle a bien raison. Tant que son pays fera rimer Ferrari, Chianti et Bellucci, il ne peut rien lui arriver.

L’une des marques du tempérament de Rome (3 millions d’habitants), c’est sa capacité à faire le grand écart. A conjuguer les extrêmes pour générer de joyeuses confusions, des rencontres improbables, des chocs réjouissants. Illustration avec le diable et le bon dieu, c'est-à-dire le Vatican, enclave papale dessinée en plein centre-ville, bénédiction dominicale (midi) comprise, tout proche du parlement qui accueille au gré des législatures des stars du porno, des ministres corrompus et des parrains au regard d’acier. Autre démonstration avec avant-hier et après-demain, d’un côté des monuments plus de deux fois millénaires comme le Colisée, les arcs de triomphe ou la via Appia, de l’autre, toutes les extravagances vestimentaires qui rendent si belles les filles du sud, et les délires cinématographiques de Cinecitta où se trouvent les plus grands studios d’Europe. Ultime preuve, avec le pur génie capable de jouxter le total indigeste : des banlieues tristes à mourir s’étalent à dix minutes de la fontaine de Trevi, du plafond peint de la chapelle Sixtine et du palais Farnese.
Rome, l’éternelle
Bref, Rome ne s’accommode jamais du banal, de l’anodin, de l’insipide. C’est tant mieux. Ce trait raconte une ville de caractère, belle d’aujourd’hui, émouvante d’hier, jamais en retard d’une fête ou d’une mode. Même si elle semble se figer lorsque les 800 clochers de la ville battent l’angélus ou qu’elle s’étourdit de concerts de klaxons cinq tons. Parce que, encore une manière de jouer avec les contraires, l’âme latine éprouve le besoin de regarder vers le ciel, pendant que le sang latin ne fait qu’un tour au passage d’une ragazza en cabriolet ou d’un bello en Vespa. Il en va de l’honneur de Gino, de Sofia ou de Donatella. Tut, tut, avanti, presto !!! Dans ces conditions, une seule solution, celle que suggère l’adage « à Rome, vis comme les Romains ». C’est d’accord, cap sur le Trastevere, le quartier des terrasses animées et des soirées entre amis. Chin chin. Et si votre voisin(e) vous demande « Quoi de neuf sous le soleil ?», répondez-lui « Rome, éternellement ».

Marc La Vaissière
Rome, l’éternelle
A faire, à ne pas faire…
* La convivialité italienne n’est pas un vain mot. Chaleureuses accolades, bises généralisées, tutoiement immédiat… Inutile d’insister : sitôt vu, on est amis pour la vie
* Rome est, en terme de superficie, une toute petite ville. On y marche donc beaucoup. D’autant que malgré les restrictions de circulation automobile destinées à protéger les monuments, les embouteillages sont aussi fréquents que gigantesques et dissuadent vite de rouler en taxi
* Ici, on se juge vite sur les apparences. Donc, soigner sa mise. Après tout, l’élégance française vaut bien la classe italienne
* Les horaires sont ceux du sud. Peu de rendez-vous avant 9 heures, un déjeuner qui s’éternise volontiers et des journées de travail qui se concluent souvent en terrasse puis à table. Il faut dire que la température locale est tellement douce…
* Même si le respect des horaires n’est pas un dogme, éviter de prendre modèle sur ceux qui ont toujours une bonne excuse pour arriver en retard
* Côté négociations, c’est vite animé car on déborde sans souci des cadres et du formalisme pour trouver les petits arrangements entre amis qui signent les grandes réussites
* Gros avantage pour les Français, nombreux sont les Italiens qui maîtrisent parfaitement notre langue
* Eviter de la ramener sur les vins français, qui seraient incomparables. C’est vrai, mais tous les Italiens sont convaincus que leurs cuvées sont les meilleures de la planète. La tenue de l’assiette est moins conflictuelle car dans ses spécialités, la gastronomie italienne fait vraiment des merveilles
* Ne pas hésiter à confier son admiration pour les gloires d’Italie, les voitures, le cinéma, le football, la haute couture, Rome et Venise, les chanteurs d’opéra, les spaghetti… Faites quand même observer que Monica Bellucci a choisi d’épouser un Français
* Ne jamais tourner la religion en dérision. Dans tout le pays, ce socle social et culturel est inattaquable car dans la mémoire de tout Italien, il y a une mama en noir qui veille
* Les entreprises italiennes (comme le monde politique) sont souvent quadrillées par les liens affinitaires de leurs dirigeants (origine géographique, famille, amis d’amis, etc.). Il peut y avoir des luttes de clans, il y a rarement des trahisons. Eviter de jouer sur plusieurs tableaux.
Rome, l’éternelle
A voir si vous avez….
Une heure
Direction le Vatican pour y admirer le plafond de la chapelle Sixtine qui a retrouvé depuis quelques années les couleurs que Michel-Ange lui avait données. Autre possibilité, plus païenne, se rendre au Colisée. Remarquablement conservé. Aucune difficulté à imaginer les gladiateurs, les lions, la foule, l’arrivée de César…

Une journée
Impossible de passer à côté de Rome historique. Le Colisée donc, mais aussi les quartiers de ruines sans cesse mises à jour qui retrouvent la ville antique. Arcs de triomphe, statues de marbre blanc… Ajouter le Vatican, pour son immense basilique, sa chapelle et son musée, il est exceptionnel. Enfin, ne pas manquer les fontaines de Rome, en particulier la plus célèbre de toutes, la fontaine de Trevi devant laquelle se pressent les amoureux avant d’y jeter la piécette qui assurera leur bonheur. Une autre place mérite le détour, celle de Navona, blottie dans une boucle du Tibre, et décorée de trois petites fontaines. Romantiques à souhait. Le soir, dîner dans le quartier de Trastevere.

Un week-end
Deux jours ne sont pas de trop pour épuiser les trésors de la ville aux sept collines qui, très officiellement, abrite 56 monuments. La place d’Espagne, le palais Farnese, le forum, la villa Medicis, les jardins en escalier, la messe dominicale de la basilique Saint-Pierre… sont autant de noms qui disent la beauté autant que l’éternité de Rome. Ceux qui militent pour le grand air peuvent pousser vers le bord de Méditerranée (une soixantaine de kilomètres) et, en particulier, le charmant village de Civitavecchia, considéré comme le port excentré de Rome. Plages alentour, boutiques, terrasses ensoleillées, cabriolets rouges pour frimer un peu… Il sera bien temps de retrouver Rome lundi matin.
Notre hôtel
A la Villa San Pio, un petit bijou, tout de charme et d’élégance, dont les chambres sont dispersées entre trois villas qui occupent un vaste jardin. Tant qu’à faire, demander l’une de celles qui bénéficient d’une terrasse. Service exemplaire. Via di Santa Melania. (06 57 00 57 et www.aventinohotels.com.

Pratique
* Y aller. Vols plusieurs fois par jour assurés par Air France (36 54 et www.airfrance.fr, Alitalia (0 820 31 53 15 et www.alitalia.fr) et la compagnie low-cost Vueling (01 44 26 12 00 et www.vueling.com.
L’aéroport de Fiumicino est à 35 kilomètres du centre. Compter 60 € la course en taxi
* Formalités. La France et l’Italie faisant partie de l’Espace Schengen, la circulation est libre entre les deux pays. Cette facilité ne dispense pas d’avoir une carte nationale d’identité en poche afin de satisfaire à d’éventuels contrôles
* Heure. Pas de décalage horaire
* Argent. L’euro
* Se renseigner. Agence nationale italienne pour le tourisme
(01 42 66 82 21).