SNCF, des prix complexes? Pat réagit !

Notre chroniqueur ferroviaire aux « Coup de Pat » bien nommés réagit à l’édito de Pierre Barre de ce 13 janvier évoquant des prix jugés souvent trop élevés par les PME-PMI. Et autant dire qu’il met les points sur les I.

«Incompréhension, inadaptation, inadéquation… Peu de jeunes entrepreneurs comprennent la grille tarifaire de la Sncf». Mais bon sang, qu’y a-t-il de si difficile à comprendre ? Pour Sncf (on ne dit plus « la » Sncf mon cher Pierre), un bon voyageur d’affaires, c’est un voyageur plein tarif. Point barre ! (très mauvais jeu de mots, pardon).

Pour justifier cette différence de prix (6 € actuellement – ça avait commencé par 3 € puis par 5 € - par rapport au tarif Loisir standard, autrement dit le plein tarif homologué par les pouvoirs publics et jusqu’à plusieurs dizaines d’euros par rapport aux paliers successifs de réductions commerciales), seul un titre de transport acheté dans la gamme Pro permet d’accéder à certains services supplémentaires. Des bonus surtout sur le registre de la souplesse d’organisation et de modification éventuelle du déplacement : échange ou remboursement gratuit jusqu’à 2 heures après le départ, bornes d’échange dédiées, guichets réservés, services mobiles, souplesse d’accès à un autre train même complet à la réservation…

Qui ne voit que le service (public si on veut) a été recadré ou dégradé pour les occasionnels afin de justifier la différence de prix demandée aux Pros ? «Un avantage profite d’abord à celui qui l’accorde», adage personnel.

Il est loin le temps ou tout client de la Sncf, touriste, en visite d’agrément ou voyageur d’affaires, pouvait se faire rembourser son billet sans contrainte et à peu de frais (sans frais parfois) jusqu’à deux mois après la date de voyage et que, hormis le choix entre la 1ère classe et la 2ème classe, tout le monde payait pareil, à quelques suppléments près déjà. Et c’était assurément compréhensible pour tous !

Si Sncf cherche à capter davantage de voyageurs afin de maximiser son revenu par un meilleur remplissage de ses trains, elle entend bien évidemment le faire en stimulant une demande complémentaire non commercialisable autrement. Et surtout ne pas organiser, ni favoriser de quelque façon que ce soit, un transfert de certains client – ceux d’affaires précisément – vers un tarif plus avantageux pour eux mais moins rémunérateur pour elle.

Au-delà des Prem’s (un tarif qualifié de « découverte), si la gamme tarifaire Loisirs a été nommée comme ça, c’est bien pour mieux montrer qu’elle n’est pas faite pour les déplacements professionnels. Or, il apparait quand même que les entrepreneurs picorent dans cette offre Loisirs.

De longue date, les services mercatiques de Sncf se creusent les méninges et font tourner leurs ordinateurs pour cerner et modéliser cette «dilution tarifaire». Leur objectif est de trouver la formule (en jouant sur la différenciation de l’offre, sur les services, en organisant au besoin la pénurie…) pour contrer ce phénomène afin que les voyageurs d’affaires restent ou reviennent au prix auquel ils sont a priori prêts ou en capacité supposée de payer pour avoir le service dont ils ont besoin.

Par exemple, rien n’irrite le plus les services Sncf en charge du «pricing» que les nombreux professionnels qui voyagent au tarif commercial Senior (ou 12-25 à l’autre bout de la pyramide des âges dans les entreprises) ou encore aux conditions du tarif social «Familles Nombreuses», compensé celui-là (fort mal et pas à l’euro près) par l’Etat. C’est vrai, bon sang ! La politique familiale, c’est censé être fait pour aider les familles… pas alléger les frais de transport des entreprises, même s’agissant de PME ou PMI.

Les marronniers seront bientôt en fleurs et d’ici l’été on entendra de nouveau parler de l’opacité des prix Sncf. Relire ici et et encore là ou enfin ici.

Les jeunes entrepreneurs (sic) ne sont pas seuls à ne pas comprendre… ou peut-être plus exactement, ne pas vouloir comprendre.

Allez, « grogne » année !

PAT

P.S : le sujet est loin d'être neuf, je l'évoquais déjà en septembre 2012.