Vienne, le meilleur de l’empire

La capitale de l’Autriche joue les discrètes, presque les austères. Quand on sait tous les trésors de cette étoile d’empire, c’est presque louche. A moins qu’elle ait décidé d’illustrer le sage précepte « pour vivre heureux… ». Gagné !

Miniature par sa géographie puisqu’on la traverse d’un pas tranquille dans la matinée, relativement peu peuplée (à peine 2 millions d’habitants) pour une cité qui se surprend parfois à jouer dan la cour des grands (séminaires internationaux, rendez-vous discret de ténors de la politique, conférences savantes, expositions prestigieuses…), Vienne est une trilogie. De pierres, de traditions et de rondeurs. Reprenons.
Ville de pierres. Elle en a tout à la fois l’esprit, la solidité et la rigidité. Succession impressionnante de façades rigoureuses qui racontent les siècles de gloire et les fortunes de la grande bourgeoisie de cour - pratiquement aucun immeuble moderne ne gâche l’élégance du centre -, et un sens de l’ordre, une maîtrise des lignes qui force le respect architectural. Voilà qui donne aussi à Vienne son sérieux, sa rigueur. Sûr que les soirées d’hiver ne doivent pas déclencher les fous rires…
Ville de traditions. Vienne les cultive comme pas deux. Il est vrai que sur ce territoire d’une éducation reçue des meilleurs savoirs, diplomatiques, musicaux, gestuels, picturaux, la belle n’a de leçon à recevoir d’aucune autre. Alors, voici que les façades qu’on jugeait un peu raides, s’égayent régulièrement de parades colorées ou de soirées uniques au monde : des concours équestres, des bals d’un autre temps, smoking et robe de gala exigés, des programmes d’opéra sans rivaux (le bâtiment est exceptionnel, du niveau palais Garnier à Paris ou Scala de Milan), sans parler de la magie des cafés viennois où le petit noir bien tassé accompagne les pâtisseries fines et la lecture attentive du journal, sans que personne trouve à y redire.

Vienne, le meilleur de l’empire
A faire, à ne pas faire…
* Ici, on oublie les facilités latines, accolades et à tu et à toi dans la minute. Rigueur germanique exigée accompagnée de salutations un peu raides. Mais c’est signe qu’ensuite, tout sera droit, sans triche, les yeux dans les yeux. On se donne du Monsieur, voir du Docteur (quand le titre est acquis, il intègre le nom), du Madame cérémonieux, du Mademoiselle à distance.
* Il n’empêche, contrairement à une idée reçue, les Autrichiens qui manifestent une politesse et une hospitalité exemplaire, sont bien moins formels que leurs voisins allemands ou suisses. Ils apprécient ce qu’ils appellent le « gemütlichkeit », le travail dans la bonne humeur. Mais ne confondez pas ambiance un peu détendue, avec laisser-aller.
* Parmi les sujets qui peuvent fâcher, la montée de l’extrême-droite parmi les électeurs. Elle valut, il y a quelques années, une mise au ban de l’Autriche de la part des autres pays européens. Les dernières élections l’ont consacrée comme force importante du paysage politique autrichien. Affaire intérieure.
* Pour vous déplacer dans Vienne, inutile de louer une voiture. Le taxi, les trams et les bus sont très efficaces et ne pénalisent en rien votre standing.
* Inutile de prolonger la réunion au-delà de 17 heures. Ici, l’excès de travail est jugé comme une carence en matière d’organisation.
* Côté vêtement, ne pas lésiner. Chic français avec cravate et costume griffé. Tailleur de marque pour les dames.
* A la table des négociations, l’esprit autrichien fait merveille. Ni stress, ni précipitation. Mais pas d’approximation non plus. On est ici pour travailler, alors le maximum d’efficacité est immédiatement exigé. Sinon, il faudra revenir plus tard…
* En soirée quand même, à côté des dîners un rien figés servis dans les grands hôtels, essayer la taverne et ses joyeuses tablées. Ce sont des institutions viennoises. Le vin blanc local (excellent) détend vite l’atmosphère. Et là, il sera possible d’évoquer le ski (attention, les Autrichiens sont souvent experts), la musique (idem), la famille, les voitures, la vie quoi…
Vienne, le meilleur de l’empire
Ville de rondeurs enfin. Le cœur de Vienne est prisonnier assumé d’un boulevard circulaire, ici, on dit le Ring, tout simplement dessiné sur les anciennes fortifications. Toute la vie viennoise, la vraie vie, est contenue à l’intérieur de ce cordon. Clairement, il faut se situer, à l’intérieur ou à l’extérieur (quasiment la campagne ou les quartiers du petit peuple), c’est une question de stratégie, voire d’honneur. Rondeur encore des voûtes de la Hofbourg ou des jardins de Schöenbrun, de cette valse emblématique dont on apprend les pas glissés dans les jardins de la ville, avant de s’essayer sur les parquets cirés des palais impériaux. Sans oublier évidemment la rondeur gourmande qui mène à l’irrésistible gâteau au chocolat que concocte la maison Sacher depuis plus d’un siècle. Voilà qui explique pourquoi Mozart, Strauss –Johann autant que Richard-, François-Joseph, Beethoven, Schubert, Brahms, Freud, Mahler et mille autres ont un jour craqué pour cette belle dont les émotions sont contenues dans la pierre. Vous venez de rejoindre une élégante compagnie.

Par Marc La Vaissière
Vienne, le meilleur de l’empire
A voir si vous avez….

Une heure
Direction le… café, n’importe quel café. C’est l’endroit le plus typique de Vienne. Boiseries patinées, rideaux de dentelle, tables lustrées, petit noir servi avec un rituel parfait, tasse de porcelaine fine pour quelques gouttes couleur d’encre, à savourer à très petites gorgées. Allez, craquer : une pâtisserie glorifiera la cérémonie. Au choix, pour viser l’excellence du genre : le Hawelka, le Bräunerhof ou l’hôtel Sacher. Ce sont des institutions, toutes trois situées à l’intérieur du Ring.

Une journée
Misez sur Vienne l’impériale. En commençant par la Hofbourg, les palais impériaux du centre ville qui furent habités pendant 1 000 ans. Puis, taxi pour sortir de la ville et rejoindre le château de Schöenbrun et ses 1 441 pièces, sorte de résidence au vert avec ses jardins immenses, ses musées. C’est magnifique. Le soir, tentez l’impossible : décrocher une place pour l’opéra et vivre une des dernières grandes soirées d’Europe. Attention, les cerbères à l’entrée sont impitoyables sur la tenue. Le négligé cool est exclu.

Un week-end
Ajoutez à ce qui précède la cathédrale Saint-Etienne. Sa flèche marque l’exact centre de la ville. Les messes dominicales y sont vraiment grandioses. Question de tradition au rayon musiques et chœurs. Ajoutez le manège de l’école espagnole d’équitation, c’est très spectaculaire de savoir-faire mais quand même très académique, puis une démonstration de valse. La majesté de cette danse a de quoi motiver n’importe quel débutant. Un jour, il faudra bien marier les enfants…

Vienne, le meilleur de l’empire
Pratique
* Y aller : Air France (www.airfrance.fr, Austrian Airlines (www.austrian.fr, Fly Niki (flyniki.com), Air Berlin (www.airberlin.com et Sky Europe (www.skyeurope.com relient plusieurs fois par jour Paris à Vienne. Compter 2 heures de vol. L’aéroport international est à 30 minutes en taxi du centre ville. La course coûte environ 30 €.
* Formalités. Pas de contrôle à la frontière (Espace Schengen oblige), ce qui ne dispense pas d’avoir une pièce d’identité avec soi, histoire de satisfaire à la moindre demande.
* Argent. L’Autriche a adopté l’euro.
* Heure. Pas de décalage entre France et Autriche.
*Se renseigner. www.austria.info

Notre hôtel
Sans hésitation, le Parkhötel Schönbrunn, l’ancienne maison d’hôtes de l’empereur. Un modèle de classe internationale et d’élégance autrichienne. Il est situé en face du palais du même nom. Environ 400 € la nuit.
Pour résider dans le centre de la ville, opter pour l’Intercontinental, une valeur sûre. Service millimétré, toutes facilités pour les voyages d’affaires (salles de réunion, service de secrétariat, de traducteurs, etc.). Aux mêmes tarifs que le précédent.