Yves Weisselberger (KDS) : Cachez ce sein …

Bienvenue à Yves Weisselberger, le patron de KDS, qui ouvre cette nouvelle rubrique "Tribune Libre" qui donnera la parole aux professionnels du voyage d'affaires. Loin de toute approche commerciale, il nous livre ici une observation sur les GDS. Une vision réaliste des évolutions du marché et de la place que prennent de tels outils.

Yves Weisselberger (KDS) : Cachez ce sein …
Dirigeant d’une entreprise, je ne prétends pas m’occuper d’une association caritative. C’est pourquoi je ne suis nullement choqué du fait que tous les acteurs de l’industrie, et notamment les GDS, défendent leur business. C’est même la moindre des choses. Je ne fais pas non partie de ceux qui trouvent répréhensibles les profits élevés réalisés par les entreprises en question.

La jalousie n’est pas bonne conseillère.En revanche, j’observe avec un soupçon d’amusement les contorsions récentes de ces opérateurs. Les GDS se placent comme garants de la transparence en matière d’affichage tarifaire et affirment œuvrer avec pour seule considération l’intérêt des entreprises ayant à gérer leur programme voyages. A ce titre, ils ne demandent rien moins qu’une directive du « US Department of Transport » obligeant les compagnies aériennes à inclure tous les éléments de leurs grilles tarifaires, les fameux services annexes, dans les GDS.

Au nom de cette mission de défense des consommateurs, qui ne rejoint évidemment que par pure coïncidence leur intérêt propre - on a le droit d’avoir de la chance -, les GDS créent des associations destinées à défendre une tarification dite « ouverte » (Open Allies), ils ne cessent de mobiliser les groupements professionnels du secteur ou de s’exprimer dans les conférences « voyages ». On apprend incidemment - mais il faut savoir être ferme sur les principes quand l’intérêt supérieur des clients est en jeu - qu’US Airways a été menacé d’être banni entièrement du système Sabre si cette compagnie aérienne ne s’engageait pas à ne pas privilégier des liens directs avec certains de ces clients « agences de voyages ».

Come on ! Si le gouvernement américain donne suite à cette exigence de régulation, je mange mon chapeau ! Le monde a changé. Nous vivons dans un univers technologique ouvert et ultra compétitif. Impossible d’opérer sans les GDS dans les années 90. Aujourd’hui il est assez facile de créer des standards de connectivité et rien n’arrêtera l’inévitable. L’inévitable ce n’est pas la mort des GDS qui ont tous les atouts, notamment l’expérience incomparable des solutions électroniques de distribution … et aussi le cash flow, pour continuer d’être des entreprises remarquables et profitables. L’inévitable c’est le libre choix des acteurs de leurs modes de distribution, c’est la créativité infinie en matière de systèmes technologiques offerts aux entreprises.

Le feu au poudre a été mis, on s’en souvient, par American Airlines qui après avoir échoué quelques années plus tôt, semble fermement décidé cette fois à favoriser un programme de liens directs. Les principes de ce programme ne sont pas tous publics et de plus ils ne consistent pas nécessairement à shunter les GDS, mais pour faire simple, il y a à la fois des intérêts financiers et un accès plus complet à leur offre tarifaire pour ceux qui y souscrivent. Ils ne sont pas les premiers à aller dans cette direction. Il y a deux ans que KDS est connecté de cette façon par exemple à Air Canada qui depuis fort longtemps a adopté une politique de distribution favorisant les liens directs. Soyons clairs : ces compagnies n’œuvrent pas davantage pour le bonheur de l’humanité. Il n’y a donc aucun jugement éthique ou moral à porter. En réalité ce qu’on peut moquer gentiment, ce sont les Tartuffe qui au lieu de dire la vérité - nous défendons nos intérêts économiques et c’est bien ça qu’attendent nos actionnaires -, essaient de nous convaincre qu’ils sont porteurs de valeurs ; quelque chose qui ressemblerait à la défense des pauvres gestionnaires voyages démunis devant la brutalité des pratiques prédatrices des dites compagnies aériennes.

Il y a un deuxième - et dernier pour aujourd’hui - paradoxe tout aussi délectable. Dans cette affaire, l’œil du cyclone est d’abord aux Etats-Unis. J’avais récemment l’occasion de m’exprimer lors de la Conférence Phocuswright à l’ITB Berlin. Un des intervenants américains s’est moqué de loi française qui fixe le prix du livre, l’assimilant à une pratique qui ne serait même pas en vigueur en Corée du Nord ; j’exagère mais c’était le message. Je précise que je ne suis pas en faveur d’une révolution marxiste immédiate dans notre pays ; cependant j’apprécie plutôt la survivance des petites librairies. Inutile d’expliquer, je suis sûr que vous voyez le rapport.

A propos d'Yves Weisselberger, l'auteur de cette tribune libre.

Président Directeur Général, fondateur et actionnaire de KDS, Yves Weisselberger dirige la société depuis sa création en 1994. Après avoir axé la première phase de croissance de l’entreprise sur la conception et le développement d’une technologie de rupture, il a défini la stratégie de développement commercial de KDS et le positionnement actuel de ses offres en tant que solutions de gestion unifiée du voyage d’affaires. Aujourd’hui, son objectif principal est d’élever KDS au rang de leader mondial des solutions de gestion du voyage d’affaires et des frais de déplacement (T&E).

Avant de créer et de diriger KDS, Yves Weisselberger a été créateur et directeur commercial de Klee, SSII spécialisée dans l’intégration de systèmes et le développement d’applications e-business pour les grandes entreprises.

Yves Weisselberger a débuté sa carrière chez le constructeur informatique Bull, d’abord en tant qu’ingénieur puis à différents postes de responsabilités. Il a notamment animé une équipe de développement système et conduit de nombreux projets en ce domaine.

Yves Weisselberger est diplômé de l’Ecole polytechnique (promo 1979) et de l’Ecole nationale supérieure des télécommunications (promo 1984).