Covid-19 : De sérieuses questions pour l’aérien

On pensait passer un peu au travers des gouttes, mais l’intervention brutale de Donald Trump a ramené l’ensemble du transport aérien devant de dures réalités. Tout le monde est touché : les compagnies aériennes, mais aussi les aéroports, les constructeurs et toutes les sociétés de service qui font tourner ce secteur d’activité.

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Les compagnies aériennes

C’est pour l’instant la partie la plus directement impactée et pour laquelle les conséquences risquent d’être tout simplement dramatiques. En début de la semaine dernière, IATA chiffrait la perte à 113 millions de dollars. Mais c’était avant l’annonce du Président des USA qui ferme ses frontières aux européens. Or ces derniers représentent la moitié du trafic transatlantique et cet axe est de loin de plus profitable de tout le transport aérien mondial. Alors les pertes sont positivement incalculables. Tous les transporteurs vont souffrir. Chacun, par contre va apporter sa propre réponse sans que pour le moment on ne voie une coordination entre les acteurs.

Le Directeur Général de IATA, Alexandre de Juniac demande bien avec insistance l’aide des gouvernements sans proposer un plan concret. La diminution ou le moratoire complet sur certaines taxes ne pourront suffire à compenser les pertes. Les licenciements seront incontournables, mais les législations des pays européens sont, en la matière, très disparates.

Pendant quelques semaines, pour garder leurs slots, les compagnies faisaient voler des appareils peu ou pas remplis. Fort heureusement la Commission Européenne a décidé de protéger les droits dits « du grand-père » sans obliger les transporteurs à les exploiter.

Il est fort probable que certaines compagnies déjà fragiles, ne puissent pas traverser cette époque troublée. On pense, bien évidemment, à Alitalia voire même à Norwegian, mais d’autres mauvaises surprises peuvent se produire avec des transporteurs de plus petite taille.

Une seule bonne nouvelle dans cette accumulation de difficultés : le cours du pétrole s’est effondré pour atteindre les 30 dollars par baril, contre 60 à 70 dollars précédemment. Seulement beaucoup de transporteurs ne pourront pas profiter de l’aubaine car, soit ils ont déjà acheté le carburant pour l’année à un prix de l’ordre de 60 à 70 dollars le baril, soit ils ne disposent pas de la trésorerie suffisante pour acheter massivement à 30 dollars leur consommation des années suivantes, sans d’ailleurs qu’ils puissent estimer ce que deviendra leur exploitation.

Les aéroports

Par voie de conséquence, ils sont eux aussi dans la détresse. Non seulement les recettes purement aéronautiques s’effondrent, suivant en cela l’exploitation des compagnies aériennes, mais les revenus tirés des commerces diminuent dans les mêmes proportions. Or les grandes plateformes ont de considérables charges liées au maintien et au développement de leurs infrastructures. Rappelons que l’on se dirigeait allègrement vers un doublement du trafic d’ici à 2032, avant l’apparition de la pandémie. Or les aéroports doivent impérativement anticiper d’au moins 10 ans pour suivre l’évolution prévue. Les plus petites plateformes seront, bien entendu, les premières à souffrir car elles étaient déjà sur le fil du rasoir.

Les constructeurs

Ils ne peuvent pas régler du jour au lendemain la cadence de production des appareils. Donc ils continuent à livrer les machines prévues. Sauf que leurs clients finaux, les compagnies, ont pour premier souci de garder leurs liquidités. Ils vont donc demander avec grande insistance le report des livraisons afin de diminuer la ponction sur leur cash. Paradoxalement, cela risque de faire les affaires de Boeing. Les retards de livraison du 737 Max ne seront plus considérés avec la même importance qu’auparavant par les clients de ce modèle.

Les grands opérateurs mettent une grande partie de leurs appareils sur les parkings. C’est la première réponse à apporter au frein du trafic. Il est bien compréhensible que lorsque la demande s’effondre brutalement, la première réponse soit de diminuer l’outil de production dans les mêmes proportions.

On peut facilement pronostiquer que toutes les compagnies aériennes demandent un report de leurs commandes voire qu’ils procèdent à des annulations massives.

L’avenir proche n’est pas rose. La seule vraie question que tout le monde se pose est : combien de temps cela va-t-il durer ? Comment prendre les bonnes mesures sans connaître la date de fin de cette horrible période ? Plus vite les gouvernants pourront de manière fiable informer leurs administrés et mieux ce sera.