Classement hôtelier (2/4) – Comme les Rois mages en Galilée

A l’instar de celle du Berger pour les Rois mages, les étoiles hôtelières sont censées nous guider. On imagine mal Balthazar et ses pairs coincés à la frontière de leur Mésopotamie d’origine, dans l’impossibilité de trouver leur chemin jusqu’à Bethléem… C’est l’une des limites des étoiles hôtelières : leur manque d’harmonisation internationale.

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On en a tous fait au moins une fois l’expérience : ce petit 2 étoiles thaïlandais qui vaut bien des 4 étoiles de France ; ce 4 étoiles italien dont on se demande où il les a trouvées… En ce genre d’occurrences, non seulement les étoiles ne sont pas des guides, mais elles constituent des facteurs de confusion, quand la surprise est bonne, voire de tromperie, quand elle l’est moins.

Et que dire quand, dans certains pays, c’est le type d’établissement qui prévaut plutôt que le classement (existant, par ailleurs, pour ajouter à l’embrouillamini) : ces hostales, residencias ou paradores espagnols ; ce B&B dans la verdoyante campagne anglaise ; ce motel le long de la Highway 61 ; ou encore ce petit bijou de riad dans la médina de Marrakech… Que valent-ils donc au regard de mes critères ?

Cette situation est d’autant plus regrettable que le besoin de points de repère se fait ressentir à proportion qu’on s’éloigne des contrées qui nous sont familières. Pas moyen, faut-il croire, de s’entendre sur des standards partagés par-delà les frontières… Pourtant, dans un entretien à propos de la refonte du système de classement hôtelier, Guillaume Lemière, directeur des Affaires juridiques et réglementaires d’Atout France, nous déclarait : « (Il fallait) faire monter en gamme nos hôtels car ils étaient sous-classés au regard des critères internationaux ».

Les étoiles de l’Union

Au regard des critères internationaux ? Ah, ils existeraient donc bien ! Mais leur connaissance relève du savoir de l’alchimiste : seuls les initiés, les professionnels ayant la tête dans les étoiles, la posséderaient… En conséquence, si ces standards internationaux existent et qu’ils ne se traduisent pas en harmonisation internationale formalisée, c’est, peut-être, que les Etats privilégient leurs prérogatives propres, jalousement gardées, au détriment de l’information des consommateurs : on garde notre système car il nous appartient et que le client se débrouille ! A défaut de séduire, l’hypothèse se semble pas vraiment invraisemblable.

Pour l’étayer, un argument : c’est justement le Parlement européen, cette instance supra-nationale, qui prône une harmonisation des critères sur sa zone de compétence. Il en appelle la Commission européenne à collaborer avec les associations professionnelles pour « définir un système européen commun de classification des infrastructures de tourisme ». Dans ce même Article 55 de sa résolution du 29 octobre 2015,  il considère en conséquence que « l’initiative Hotelstars Union devrait être davantage encouragée, pour permettre de mieux comparer l’offre de logements (accomodation offer) en Europe et pour contribuer à des critères communs de qualité des services ».

A star is born ?

Car oui, il existe bien une initiative Hotelstars Union (HSU). Elle date de 2009 et regroupe aujourd’hui 22 pays européens : de l’Allemagne à la Suède, en passant par les Pays Baltes, la Grèce, les Pays-Bas ou la Hongrie. Détail qui n’en est pas un : la Suisse fait partie de la liste, preuve que HSU n’est pas la « chose » de l’UE, ce qui valorise d’autant les encouragements que lui prodigue son Parlement. La vocation de HSU : harmoniser progressivement les systèmes de classification des hôtels à l’échelle du continent. De fait, dans les 22 pays membres, elle a remplacé les systèmes nationaux.

Maria Dinboeck, la référente « Autriche » et membre du board de HSU, est intarissable sur l’intérêt qu’une harmonisation constitue pour le client mais elle ajoute : « Un grand nombre d’activités de marketing et de communication sont menées dans tous les pays de HSU afin de sensibiliser tous les acteurs du marché – hôteliers, clients, autorités, agents de voyage en ligne… De plus, il est également intéressant pour les pays d’être membres de HSU car nous parlons d’une seule voix aux grandes plateformes et la base de la négociation est plus avantageuse que lorsque chaque pays négocie seul. »

Juge et partie

Le discours est une parfaite charte d’organisation professionnelle. Et pour cause : HSU est une émanation de l’HOTREC, « the umbrella Association of Hotels, Restaurants, Pubs and Cafes and similar establishments in Europe ». Petit malaise : le client est en droit d’obtenir un classement plus indépendant, que les hôteliers ne soient pas, dans cette affaire, juges et parties. Le président de l’HOTREC, Christian de Barrin, lui-même, reconnaît à mi-mot que ça peut gêner aux entournures : « Intellectuellement, la critique est recevable, mais dans la pratique, nous n’avons aucun intérêt à surévaluer les hôtels ».

Soit. Mais on voit bien le problème : d’un côté, des Etats réticents à l’idée de laisser la main à des instances les surplombant, et, de l’autre, des professionnels désireux de sauter le pas mais en déficit de légitimité. Alors quelle solution ? Guillaume Lemière : « L’uniformisation est impossible et non souhaitable. La voie à suivre est celle de l’harmonisation; et si elle n’existe pas structurellement, elle existe de fait, par l’internationalisation croissante, depuis 10 ans, des flux touristiques. » Et d’ajouter, comme une forme de relativisation involontaire : « Mais bon, il faut continuer à discuter ».

A vrai dire, selon la légende, Melchior, Gaspard et Balthazar, lorsqu’ils sont arrivés en Galilée, ont dû faire une halte à Jérusalem pour être informés que le but de leur périple était en fait Bethléem. Comme quoi, même l’étoile du Berger a ses insuffisances…

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La question du classement des nouveaux types d’hébergement

Le classement hôtelier et la clientèle pro