Dimanche 25 Septembre 2011

Comment gouverner Air France ?


Il n’est question ces derniers temps que des rumeurs attachées à la nomination du nouveau Directeur Général d’Air France. Les candidats en lice sont de qualité et chacun a sa légitimité, sauf qu’aucun ne s’impose vraiment et qu’il sera nommé par un clan ou l’autre du conseil d’administration.



Comment  gouverner Air France ?
Mais de quoi s’agit-il vraiment ? J’avoue m’être un peu perdu dans les méandres de l’organisation de ce groupe complexe. En haut de la pyramide, il y a la holding Air France/KLM, la seule qui présente ses résultats, et ils ne sont pas très brillants. Elle est gouvernée par un conseil d’administration avec un Président : Jean Cyril Spinetta et un Directeur Général ou CEO : Pierre Henri Gourgeon qui cumule également le poste de Directeur Général d’Air France. Le Conseil d’Administration du groupe est composé de 15 administrateurs : 11 français dont 3 nommés par l’Etat français et 4 néerlandais. Autant dire tout d’abord que les hollandais ne pèseront que très peu dans la future nomination. Or pourtant le futur Directeur Général d’Air France aura un poids déterminant dans ce groupe car il représentera bon an, mal an les 2/3 de l’activité.

De quels pouvoirs réels jouira-t-il ? Là est la question. Il sera certainement coincé entre les contraintes de la compagnie Air France et celles du groupe. Est-on certain que Mr Hartmann le CEO de KLM s’entendra avec lui comme en son temps Jean Cyril Spinetta s’entendait avec Leo Van Wijk le patron de la compagnie batave au moment de leur rapprochement. Qui va diriger le Comex du groupe ? Cela revient à l’évidence à Mr Gourgeon. Mais alors quelle sera la mission du DG d’Air France ?

Ce n’est bien entendu pas à moi à répondre à cette délicate question, d’autant plus que l’on peine à identifier la « vision » de la compagnie, voire du groupe AF/KL. L’impression extérieure est que le but premier de cet ensemble est de durer. Pris en tenaille entre des forces puissantes : les mentalités très différentes des deux principales compagnies, la gestion sociale surtout prégnante du côté français, la fuite de clientèle vers des concurrents aussi variés que les « low costs » et les grands transporteurs du Golfe, la gestion des innombrables filiales parmi lesquelles 3 transporteurs aériens français dont un "simili low cost » et 1 compagnie hollandaise, et la participation active à une alliance mondiale, on ne voit pas les priorités se dégager.

Certes la réduction des coûts est un objectif récurrent, mais comment le réaliser de façon significative ? D’autant plus que l’exemple ne vient pas vraiment d’en haut. La rémunération de Mr Gourgeon est fixée à 750 000 € par an à laquelle s’est ajoutée une part variable de 562 500 € au titre du dernier exercice. Difficile dans ces conditions de prêcher de manière convaincante la nécessité de faire des sacrifices. Alors, comme il est particulièrement ardu de faire baisser les charges de structure, la politique suivie par la compagnie semble être de faire payer le client en lui fournissant un produit sans cesse moins onéreux et donc sans cesse plus dégradé. Sauf qu’à ce petit jeu on fait fuir encore un peu plus les clients exigeants ou ceux qui savent comparer le rapport qualité/prix avec les concurrents « low cost ».

Où est la grande ambition de ce grand groupe ? Force est d’avouer qu’on ne la voit pas. Comment alors le nouveau Directeur Général pourra-t-il mobiliser le personnel ? Quel langage devra-t-il tenir pour conduire ses troupes au travers de toutes les embuches qui vont se dresser devant lui ? Comment prêcher la modération des demandes, comment amener les pilotes, les agents au sol et les personnels commerciaux à donner un peu plus de leur énergie et de leur temps pour une entreprise dont le but n’est pas connu, si ce n’est de durer ?

Le temps des grandes synergies positives est passé très vite. Le rapprochement des deux exploitations a été très bénéfiques, mais une fois ceci réalisé, il reste des charges supplémentaires pour continuer à faire fonctionner le modèle.

Je souhaite bonne chance au futur Directeur Général d’Air France et je lui souhaite surtout beaucoup de courage et d’abnégation pour réussir dans ses futures fonctions. Et s’il amène une grande ambition pour la compagnie, qu’elle soit simplement la plus élevée, celle de redevenir l’une des meilleures si ce n’est la meilleure compagnie du monde. Et cela suffira largement à occuper tous les salariés.

Jean-Louis BAROUX





1.Posté par Marais-Hayer Paul le 27/09/2011 14:10
Bonjour,

Il est vrai que depuis le départ du Président Spinetta de la Direction Générale d'Air France, la compagnie danse dans le désert dans un ciel bleu mais sans aucun avion dans le ciel (en référence à la dernière campagne de publicité) mais comment voulez-vous "faire du ciel le plus bel endroit de la terre" s'il n'y a pas d'avions avec le célèbre "code barre tricolore" ?

Air France c'est un peu comme l'équipe de France en Afrique du sud, on croit toujours que l'on à Zidane en numéro 10, hélas pour trouver un "génie" il faut quelques décennies, et pendant cette période, c'est la galère...

Et il faut se dire qu'être numéro deux d'un Grand Monsieur, ne fait pas obligatoirement un bon numéro un par la suite, nous en avons tous la preuve par la présidence actuelle... et dans cette analyse, comment peut on prétendre à un siège au directoire du groupe alors que tout est dans le rouge dans l'entité Air France aussi bien dans les chiffres, que dans l'image… De plus Airfrance, c'est aussi KLM, comment peut on offrir finalement que peu de responsabilités et de postes à "l'épouse hollandaise", dans le groupe ?

Pour Air France...

A cela s'ajoute une identité qui s'est rapidement dégradée et surtout qui n'est plus dans l'esprit de notre nation, airfrance (tout collé depuis quelques temps) ne représente plus notre pays qui fait rêver, qui est le plus visiter au monde, qui garde son charme, son glamour et son luxe accessible, alors que durant des décennies "concordiennes", ces deux visions ne représentaient qu'une, quand chaque français participait financièrement au rayonnement de la compagnie, mais aussi à remplir ses avions…

Un proverbe dit "qu'il n'a pas de mauvais employés, mais bien un mauvais patron", chez Air France, cela aussi se vérifie, car il y a sincèrement sur ce point là, une amélioration très visible de la qualité du personnel de la compagnie nationale, tant dans les PNC, les PNT et le haut niveau de formation du personnel technique.. Sauf que voilà, depuis quelques mois, la direction s'oriente obstinément dans le "low cost" comme communication pour "attirer" les voyageurs… mais ne serait-ce pas ce choix qui n'est plus à l'image de la France qui fait plutôt fuir les clients ???? De plus, à quoi bon le faire aussi quand on dispose aussi de Transavia dans le groupe, et que son action est toujours maintenue sous "perfusion financière" ????

Vous avez évoqué l'histoire des modifications du calcul des miles, courant octobre, pour les fréquent flyers, ce n'est qu'un exemple parmi tant d'autres qui démontrent le malaise "bas de gamme" que transpire cette compagnie… Idem pour le partenariat historique avec American Express, nous arrivons à des signaux forts qui démontrent l'orientation vers le bas de la compagnie, ce qui est loin d'être l'image d'Amex...

S'il devait y avoir avoir une solution, il faudrait la rechercher plutôt vers le haut ! Que Air France redevienne cette grande compagnie aérienne de prestige, de qualité et que finalement quand nos visiteurs partent du Japon, des Etats-Unis ou d'ailleurs se disent qu'ils sont finalement déjà en France dans l'avion…

Il n'est plus à démontrer que ce n'est pas le billet "low-cost" qui dégage de la marge, mais bien le billet "haute contribution", il n'est pas non plus nécessaire de toujours se prendre en comparaison avec Ryanair, car même peu cher cette société dégage finalement une image qui continue de se dégrader…

Espérons que le nouveau Directeur Général, qui tarde déjà trop à venir, sera envouté par un esprit "spinettien", et que la logique, l'image, la communication et surtout la fierté de la France reviennent au sein d'Air France, pour qu'enfin le ciel redevienne le plus bel endroit de la terre, là-haut au niveau 350 puisque l'on ne peut plus atteindre le niveau 600…

Paul