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Y a-t-il un avenir pour les petits hôteliers indépendants ?


Les récents commentaires et communiqués de presse parus autour de la plainte contre Booking sont révélateurs d’une mutation déjà largement engagée du monde l’hôtellerie. Trois univers cohabitent sans forcément se rejoindre, provoquant querelles et frottements.



Le premier univers de l'hôtellerie, constitué de grands groupes mondiaux, cherche à développer la vente directe via des tarifs négociés et en limitant les OTA’S. Le second groupe, constitué de structures intermédiaires, s’est engagé dans un modernisme avancé et ne peut exister sans la puissance du net. Le dernier ensemble d'hôtels, enfin, est celui qui est sans doute appelé à muter ou disparaître. Le nouveau classement hôtelier a montré les limites de l’offre hôtelière française. Il subsiste des établissements vieillots, inadaptés à l’accueil des jeunes voyageurs d’affaires qui, au final, préfèrent les hôtels économiques aux « hôtel de la gare » désuets. Il y a deux ans, Roland Héguy, Président de l’Umih (Union des Métiers et des Industries de l’Hotellerie) soulignait lors d'un voyage à Biarritz l’impératif besoin de faire évoluer l’offre de l’hôtellerie indépendante. «Tous ne sont pas des établissements plongés dans le passé, bien au contraire», expliquait-il, «Mais tous doivent faire évoluer leur commercialisation et s'appuyer sur leur originalité». Va-t-il être entendu ? J’en doute.

Car c’est dans leur capacité à vendre le produit que les indépendants sont peu compétents. Il ne faut pas généraliser mais, dans une large majorité, les sites internet «clés en main» ne reflètent pas la réalité des lieux. D’autant qu’à l’heure de la génération internet, on va plus vite sur Booking que sur le site de « l’Hôtel des 3 canards », respectable établissement que peu de voyageurs d’affaires connaissent. Et quoi qu’on en pense, la bataille marketing est d’ores et déjà perdue. Si la proximité de l’entreprise est un atout hôtelier, tous les établissements ne se prêtent pas à l’accueil des voyageurs d’affaires. D’autant que les acheteurs, à la recherche du meilleur prix formaté, limitent leurs acquisitions aux comparateurs qui garantissent les tarifs les plus bas, une relative disponibilité et une possibilité d’annulation largement favorable aux voyageurs.

Quelle solution ? Le regroupement. Inévitablement, l’union fait la force à condition de mettre en forme le produit proposé. Les chaînes volontaires seront la seule réponse structurée aux OTA’S… A condition que tout le monde, au sein du groupement, joue le jeu. Sur le terrain, les faits démontrent souvent le contraire.

Alors, à l’exception de textes législatifs précis et ultra contraignants (un peu comme pour les taxis et les VTC), l’avenir des OTA’S ressemble à une autoroute sans beaucoup d’obstacles. La preuve avec les hébergements alternatifs. BnB ne s’est jamais aussi bien porté que depuis les dernières attaques en justice. Les clients n’apprécient pas que le législateur décide à sa place.

Hélène Retout

Mardi 3 Juin 2014


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