Air France dans le viseur du BEA pour ses décollages critiques à Bogotá

Air France fait l'objet d'une enquête du BEA après trois décollages critiques à Bogotá, en 2017. L'inspection du travail, insatisfaite par les choix faits par la direction pour éviter ces problèmes à l'avenir, a saisi la justice.

La piste de Bogotá est réputée difficile. Située à 2.546m, les moteurs des avions ont ici moins de puissance. Les appareils ont alors plus de difficultés à prendre leur envol, notamment les A340 d'Air France. Le BEA avait déjà ouvert une enquête sur des décollages tardifs survenus les 11 mars et 6 avril dernier, et se penche aussi sur un autre incident similaire, enregistré le 19 août 2017.

La compagnie a d'ores et déjà pris des mesures. Afin de faciliter le départ de son avion, elle réduit son poids de 9 tonnes, en limitant le nombre de passagers embarqués à environ 220. Selon l'AFP, le syndicat des pilotes Spaf estime que cette mesure n'est pas adaptée. Il affirme d'ailleurs que "des avions ont décollé avec plus de 250 passagers cet été" et déplore une "gestion probabiliste et comptable des incidents".

La solution mise en place n'est pas du goût non plus du CHSCT et de l'Inspection du travail. Les deux organisations préféreraient que l'appareil décolle avec moins de kérosène. L'entreprise a rejeté cette alternative car elle l'obligerait à faire une escale pour faire le plein.

L'administration a finalement assigné Air France en référé pour l'obliger à "programmer systématiquement" une escale. Mais pour le moment, pas de décision : le juge des référés a préféré nommer un médiateur. Une audience d'étape est prévue le 18 décembre.

Par ailleurs, Air France qui a connu des problèmes de décollages critiques également à Madagascar, pointe du doigt l'Airbus. Luc Berthier, directeur de la sécurité des vols de l'entreprise a confié à l'AFP que le problème, "n'est pas Air France, pas Lufthansa, pas Bogotá, pas Tananarive", mais plutôt "les performances au décollage de l'Airbus A340".

La vitesse à laquelle se lève le nez de l'appareil lors du décollage serait trop faible. L'autorité européenne de sécurité aérienne (EASA) a d’ailleurs publié récemment une note pour "attirer l'attention" des compagnies sur le sujet. Interrogé par l'AFP, le constructeur européen n'a pas voulu s'exprimer.