Air France, les acheteurs cherchent des alternatives pour leurs voyageurs

Les travel managers comme les acheteurs voyages sont des gens discrets qui cherchent avant tout l’efficacité. Ils n’apprécient pas l’incertitude et veulent que leurs voyageurs puissent partir et revenir avec un minimum de perturbations. L’inutile grève d’Air France de ces prochains jours est un peu la goutte qui fait déborder le vase.

"Je cherche désormais des alternatives à Air France", explique clairement ce spécialiste d’une grosse entreprise du CAC 40, pourtant habitué à gérer des voyages complexes, "Même mes voyageurs, pourtant accrocs aux miles, reconnaissent qu’un programme de fidélité ne sert à rien dans une entreprise où la grève est quasi permanente". Depuis quelques jours, l’entreprise invite ses grands voyageurs à privilégier les compagnies européennes ou du Golfe pour les déplacements à venir. "Comme nous avons une politique voyage qui autorise la business pour des trajets de 8 heures et plus, une escale confortable n’est pas pour déplaire", conclut notre homme de l’art qui ajoute, un brin ironique, "Certains ont déjà pris leurs habitudes avec des compagnies qui proposent une classe affaires au look de First".

Mais les gros clients d’AF ne sont pas les seuls à chercher des alternatives. En agences de proximité aussi, on réfléchit à des solutions de remplacement pour les entreprises qui partent de province. "Air France nous a vendu le hub de Charles de Gaulle comme la bonne réponse au long courrier mais on peut aussi choisir British Airways ou Lufthansa et préférer Londres ou Francfort pour des vols à l’international. Tant qu’à faire une escale !", explique une agence de voyages bordelaise.

Globalement, la crise qui s’installe est sans doute celle de trop. Quand Bruno Le Maire affirme que la compagnie peut disparaître, ses propos ne choquent plus. L’Etat, on le sait, veut vendre les 14 % qu’il possède dans la compagnie pour la laisser voguer sur le marché privé. La hausse des prix du pétrole, la concurrence qui s’aiguise et les demandes sociales formulées par les syndicats auront peut-être raison de la marque Air France. Et contrairement à ce que l’on pense, les pilotes souvent installés sous le soleil du Sud Est n’apprécieront pas de s’exiler en Asie ou de travailler plus pour gagner moins.

Aujourd’hui, les réservations chez Air France sont en baisse pour les 3 prochains mois. On évoque le chiffre de 12% de manque à gagner pour l’été. Les TO aussi craignent le pire et préfèrent reprotéger leurs clients sur des compagnies moins « fragiles ». Même KLM s’agace et les premières voix se font entendre pour réclamer le divorce entre les deux groupes. Seul un homme providentiel, capable de dialoguer d’égal à égal avec les pilotes et le personnel pourra sans doute redonner du lustre à la compagnie. Il n’y en a pas beaucoup. Au moins un, mais le voudra-t-il ?

Marcel Lévy